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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, January 19, 1878, Image 1

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Se ioDISUNAIS,
JOTJR.IT-A.L OFFICIE!
— I>K LA—
l'aroiwte Ht. JwqiM.
l'I'UMK CHAilL'K HAMKllI DANS U
Paroisse St. Jacques,
Convent P. 0.,
jr. a- eis. Tir.,
EDITE VU ET REDACTEUR.
Abonnement s
05, OO PAR ANNEE.
PAYAULK D'AVANCE.
PRIX DES AWlfOHCES.
Par carré île 10 lignes, ou uioins, pre
mière insertion |1»00.
I'ar carré de cliaqne publication sub
séquente *5.
Lüh communiqués de nature personnelle
et les avis a l'année se régleront de gré À
gré avec l'éditeur.
AUEXTH DU LOriMIAXAIS.
Nouvelle-Orléans:—A. G. Koniain.Tcliiiii
]iiton1aN 8t., Ko. 1*>.
St.-Jacques, 8t.-Jcan-BaptiHta, Iberville,
Assomption et AitceiiHiou: —Just Comes,
DomiMsnnville.
I.afsiyuttr, At tak-ipa«— Edouard K. Mou
ton.
Nouvelle-lbérie: — August« Girod.
Vacherie: — Morris ï'aitel.
FEMME ET ENFANTS.
— Pour élever ton Ame
Dans les cieux triomphants,
Tu n'aura» point «le tVnitiH»,
T ii n'auras point d'enfants!
Tu vivra» solitaire,
Chair morte, cœur fermé,
N'aimant rien sur la terre
Et n'étant point aimé.
Car la femme est mensonge.
Ou mieux fragilité;
Car la famille, un songe,
Kst une absurdité.
Dion seul est adorable,
Dieu seul est radieux ;
Le reste est misérable,
Le reste est odieux.
— Cependant, homme austère,
Terrible et décevant.
Je suis fils de la terre, "
Kt mon cœur est vivant.
Kntre la femme aimée,
l'n doux rayonnement,
Lue Ame parfumée,
l'n front pur et charmant,
Kt l'enfant, tète blonde,
Innocence, eandeur
Admirable et profonde
Ignorant la pudeur,—
Car Dieu nous veut ensemble,
Dans un divin milieu, —
L'on peut, bien, ee me semble,
Aimer et servir Dieu.
j. G.
REPUBLICAINE OU
COSAQUE.
1.
Est-ce que le vieux Napoléoti, r&
lui qui tut trop grand parmi les em
pereurs tic lit terre, aurait «lit vrai
sur sou rocher tie Sainte-Hélène!
L'Europe sera t elle républicain*
ou cosaque ilans cinquante ans ?
Certes, si l'Europe n'est pas cnco
re russe ou cosaque, n'ayant pou*
républiques que la Suisse et la Fran
ce, en est elle absolument loin, et I»
menace contenue dans la prédiction
napoléonienne serait elle autre clio
se que le rêve tl'uii esprit inquiet el
tourmenté f
La Russie grossit, grandit et s'é
tend d'une façon vraiment formida
ble.
Le colosse russe devient alarmant
Ce n'est plus un simple monstre. 1
est doué d'une singulière et puissan
te volonté, et ses deux bras énor
mes sont mus par une redoutabl«
pensée d'ambition et de domination
Il est également jeune.
11 ne traîne plus, comme nu:
temps de Napoléon et d'Alexandre]
le lourd et honteux boulet du sei 1
vage et de l'esclavage. U a marché
depuis 1815, et marché à grandi
pas. Jusqu'À un certain point, dam
due certaine mesure, sous l'actioi:
d( siècle et du progrès, il s'est mit
à la hauteur de l'esprit moderne c
de la civilisation européenne. Il n'
plus rien «l'asiatique,et ses Cosaque*
dont l'hetman est un capitaine rt
gulier, ne sont plus fauves et fért
ces que sur les champs de batailh
La Russie, en vérité, n'a pas l'ai
bien sauvage aujourd'hui, et son al
lure a même quelque chose de plus
fier, de plus héroïque et de plus che
valeresque que l'Allemagne de Bis
mark. Il faut lui reconnaître une
certaine distinction de bonne faihil
le et «le haute race. Avec une mer
veilleuse aptitude et un rare talent
«l'imitation et «l'appropriation, com
muns du reste aux races naïves, jeu
nes et fortes, elle s'est promptement
mo«lernisée et européanisée. Ce n'est
plus un ours avec un bonnet «l'as
trakan sur la tête. Elle n'ignore
rien de ce que connaissent ses voi
sins et ses voisines, qui ont dix fois
son âge et vingt fois son orgueil.
Elle a appris vite et créé de même.
Ses flottes, ses armées et ses géné
raux, qui nous étonnent, émerveil
leraient Picrrc-Ie-Grand et Catheri
ne. Ses villes, hier bourgades, sont
aujourd'hui nombreuses, industrieu
ses et vivantes. Ses vastes champs,
cultivés par des hommes presque
libres, la mettent à l'abri de la mi
sère et permettent à sa population
de se doubler «ît «le se multiplier
sans crainte. Son empereur, plus
éclairé que Guillaume, réformateur
et grau«l Kusse, esprit généreux et
courageux, n fait une œuvre pour
laquelle les hommes et Dieu le bé
niront, s'ils no l'ont déjà béni. Ses
ex-serfs, penchés sur la glèbe, mais
qu'une main brutale ne ]H >usse plus,
travaillent, remercier, t et pensent.
Ils sont dans l'aube, et leurs enfants
seront dans la pleine lumière. Quant
aux loups, ces innombrables bandits
de la steppe, affamés, hurlants, au
dacieux jusqu'il l'impudence, ils «lis
paraissent comme le servage. On
chante l'opéra à St. Pétersbonrg
comme à Paris, et les salons «le la
ville impériale, transport «'-s à Paris,
la ville universelle, seraient «le bon
goût, de bon ton et presque d'un at
ticisme français. Les femmes russes,
soit dit en passant, — et la femme
faitriiomme — sont remarqiiabl«>s par
la beauté. Elles ont un caractère «le
distinction et «le noblesse qui an
nonce la iaee supérieure. Elles sa
vent aimer, et on peut, les aimer.
Don Juan, le cynique héros «lu plus
grand des débauchés de la poésie
anglaise, serait tout honteux de la
«léceucc et de la moralité qui régnent
au l'alais d'Eté et au Palais d'IIi
ver, et s'enfuirait au plus vite aux
somptueuses demeures «le Londres
et «le Picadilly.
Le czar de Kusisie est paj»c «le sou
empire.
Et c'est là une idée comme une
autre, pas plus originale, après tout,
que l'idée anglaise et la papesse bri
tannique.
II.
Oui, la Russie a grossi et grandi.
Il est vrai que la France, l'Angle
terre, l'Italie et la Turquie, il y a
bientôt uu quart de siècle, l'ont rap
pelée aux sentiments des convenan
ces et lui ont infligé une leçon occi
dental«?.
On connaît la guerre de Crimée
et le traité qui en fut la conclusion.
L'Allemagne,àeette époque, n'ex
istait pas encore, et le vieil équili
bre européen était un dogme.
Mais la Russie vaincue, ou plutôt
blessée au pied, subit bravement et
philosophiquement l'opération. Sa
défaite n'était ni une honte ni uu
abaissement. Elle était seule, et ils
étaient quatre. Ses pertes n'avaient
rieu de sérieux et d'irréparable. Il
lui suffisait, comme elle l'a dit elle
même, de ne recueillir.
En effet, elle s'est recueillie.
Et pendant que l'Allemagne, l'Au
triche, l'Italie et la France se por
taient des coups retentissants et oc
cupaient l'attention du monde, elle
se préparait pour la lutte et l'œuvre
qu'elle vient d'entreprendre.
Œuvre formidable et moscovite!
Œuvre pour laquelle elle a mer
veilleusement clitiisi sou heure!
Car son audacieuse tentative, jus
qu'à présent couronnée de succès,
n'a pas encore rencontré une oppo
sition et une protestation en Euro
lie. Les quatre alliés de la guerre
«le Crimée, pour une raison ou |M »ur
une autre, sont restés muets. Sont
ils encore alliés? Quant à l'Allema
gne, «levenue formidable, et recon
naissante du silence de la Russie
pendant la guerre franco prussien
ne, elle est bien certainement l'amie
du czar. 11 y a quelque sombre eu
tente entre les deux puissants em
pereurs. Le pangermanisme donne
la main au pauslavisme. Le vieil
équilibre «létruit doit être recons
truit à la fantaisie et selon la volon
té de deux maitres absolus.
Qui ne le sent et ne le comprend !
Et c'est pour cela que la Turquie
est seule, isolée, abandonnée dans
sa résistance héroïque. Nul ne fait
entendre un mot pour elle. lia Fran
ce ne le peut, l'Angleterre ne l'ose.
L'Autriche, «lirectement intéressée
au démembrement de la Turquie,
peut-elle l'oser davantage f Quant à
l'Italie, elle n'a pas besoin de com
promettre (tour les mitres la gran
deur de pou unité récente.
La Russie peut «loue, ayant l'Al
lemagne peur elle, poursuivre sAn
œuvre hardiment et sans crainte.
La Turquie «loifc être une victime.
Rien ne peut la sauver. Si cette
guerre ne l'emporte pas tout entiè
re, c'est que la Russie lie le voudra
pas; mais les débris ouïes restes
seront si peu «le chose que* la guerre
d'Orient sera virtuellement termi
née. Après tout, il est bon d'en finir
avec une nation qui n'est plus une
nation, avec un peuple qui n'est plus
un |ienple, avec des Turcs qui ne
sont ni catholiques, ni protestants,
ni grecs, ni européens, et dont la
présence est une honte pour la civi
lisation et pour l'Europe. Coustan
tinopje, ville du premier empereur
chrétien, ne peut rester une ville
musulmane. Chassons-eu le barbare,
l'étranger, l'asiatique et le Turc.
Elle est au vainqueur, au littérateur
«les Slaves et des Grecs, au glorieux
czar de toutes les Russics. 11 faut y
transporter la statue équestre de
I'ierre le Grand et la statue non
équestre de Catherine. C'est là jus
tice.
Qui «lit non quand la Russie dit
oui, et quand l'Allemagne, prête en
core à s'agrandir à l'occident, ap
prouve parson silence?
Aussi la Russie, avec une fierté
superbe et une désinvolture admi
rable, répond-elle aux notes et aux
tiinùles observations «les cabinets:
Je concilierai l'armistice à ma guise,
je signerai la paix selon ma volonté,
j'accorderai au vaincu ce qu'il ine
plaira de lui accorder, et je ne per
mettrai à aucun intermédiaire de
négocier pour moi au traité de mou
omnipotence. N'ayant rien dit liier,
vous n'avez rien à «lire aujourd'hui.
Quant à signer, si vous y tenez ab
solument, signez comme témoins.
Mais vous n'avez pas la parole.
N'est-ce pas logique?
III.
Et l'Angleterre?
En voilà une qui doit se mordre
les bras jusqu'aux coudes.
Cupide, avide et égoïste, d'une
politique sans générosité, n'ayant
d'alliés et d'amis que ceux «le l'inté
rêt personnel, comme l'Angleterre
est. cruellement punie à l'heure pré
sente!
Car elle ne peut dire à la France,
comme hier: Allez vous faire tuer
pour moi sur les murs de Sébasto
pol.
La France n'a plus «le sang à ver
ser pour les intérêts anglais. Que
lui a jamais valu l'alliance anglaise
«le Louis Philippe ,-t «1«: Napoléon
III! Hier, au douloureux jour «le
l'épreuve, quanil la France était
frappée, écrasée, menacée dans sa
vie «le nation et «le peuple, est-ce
que l'Angleterre s'est quelque peu
émue? N'a t elle pas été silencieuse
jusqu'à l'infamie? X'est-il même pas
permis de croire qu'elle s'est inté
rieurement réjouie? Si on lui eût
dit,conimeà Pierre et pour ledirist:
Vous étiez l'un «l'eux— elle aurait
certainement répondu: Je lie cou
uais pas cet homme!
En vérité, il importait peuà l'An
gleterre que la France, son alliée
d'hier, l'héroïque alliée de Scbasto
pol, fût souffletée, condamnée, cru
cifiée et «lépouillée par des larrons
d'Allemagne. C'était un puissant
voisin de moins. On n'avait plus
besoin «le lui, ou tout au moins on
croyait n'en avoir plus besoin.
Car il serait bon, n'est-ce pas, que
la France fût bien vivante aujourd'
liui? Si elle était forte, armée et
prête, avec la nature qu'on lui con
naît et l'héroïsme «pii est sa foi, elle
ne permettrait point aux forts «l'é
craser les faibles. La Russie parle
lerait moins haut. Ce n'est pas une
douteuse civilisation ou une barba
rie à moitié civilisée qui ferait la
loi a l'Europe, l'n empereur, pour
haut qu'il soit, ne remanierait pas
la carte à sa fantaisie et pour la plus
grande gloire «les empereurs et «les
despotisme». Les principes «le liber
té, de justice et d'honneur pèserai
ent plus dans la balance que tous
les mensonges de la diplomatie et
toutes les épées primant le droit. Il
y aurait en Europe une épée pour
le droit, une épée pour la justice,
une épée primant la force de Pis
mark ou «l'Alexandre. Ce ne serait
peut-être pas le salut de la Turquie,
car la Turquie a des comptes à ren
dre à la civilisation ; mais ce ne se
rait assurément point l'omnipotence
«le l'Allemagne militaire et «le la
liuss'.e despotique. La Hollande lie
serait point menacée, ni la Belgique,
ni le Danemark, ni la Suisse, ni
d'autres. On respirerait plus à l'ai
se. et nn air plus sain. On se senti
rait dans la voie du progrès et «le la
démocratie. L'Angleterre elle-même,
tranquille, rassurée, trafiquant à sa
mode, libérale à l'intérieur, presque
république, ne passerait point par
toutes les transes et tous les fris
sons de l'inquiétude, de ht peur, «le
la terreur et peut-être de la lutte.
Il y aurait équilibre matériel et mo
ral partout. Les rois seraient sans
audace. Ils n'entreprendraient rien
d'iufiime. Car il faut certaines morts
ou certains sommeils, cioyez-le bien,
pour certaines tci^atives. Et qui
donc, je vous prie, s'oppose présen
tement à ce que la Russie et l'Aile
magne, avec leurs forces immenses
et combinées, n'ayant point de ré
volutions intérieures à craindre,
étant le pangermanisme national et
le panslavisme non moins national,
se partagent l'Europe à leurs sou
haits? Où sont les résistants, les
opiwsants, les canons à faire taire
leurs canons, les armées à écraser
leurs armées, les peuples à imposer
silence à leurs peuples? Car la Rus
sie et l'Allemagne, lie l'oublions
l'oint, sont Tune et l'autre deux for
midables unités «le race, «le langue
et d'étendue qni peuvent rêver le
partage du monde. Il n'y a qu'une
chose à leur opposer, puissante,
il est vrai, car elle a pour elle
l'avenir, mais presque désarmée «le
puis le désarmement de la France,
et qui se nomme la Démocratie ou
la Révolution.
Voyons, Angleterre, que dis-tu ?
IV.
L'Angleterre ne le voudra pas.
Ce n'est pas une question de prin
cipe et d'honneur pour elle, mais
d'intérêt et d'existence.
11 faut «loue qu'elle agisse.
U ne lui est plus possible «le dire:
Cela ne me regarde pas — Je n'ai rien
à voir dans vos affaires — Arrangez
vous comme vous pourrez — Je vous
vendrai à l'une comme l'autre des
munitions et «les armes — Vous êtes
du «-ontinent, et je n'en suis pas.
Car l'Angleterre l'île apparem
ment isolée du continent européen,
a Gibraltar, a Malte, a des actions
«le Suez, a Aden, a l'Inde et le di
zièine de l'Asie véritable. Une nou
velle puissance méditerranéenne, qui
la confronterait en Asie et «lansl'lii
«le,pouvant déjà la contourner par la
Baltique et la Mer du Nord, serait
sa mort ou son effacement.
C'est donc une question «l'exis
tence. Les intérêts majeurs sont en
gagés. La menace est sérieuse et
formidable. Le temps est passé des
indifférences, des ça-ne-ine regarde
pas et «le la polique traditionnelle.
Il faut, parler, protester, faire va
loir ses droit* , se battre. Dura lex,
seil lex.
L'Angleterre, après tout, est-elle
faible, humiliée et soumise? Paree
qu'elle a été l'égoïsme, a-t-elle cessé
d'être la force? Ne compte-t elle
plus? Si elle est lente à la résolu
tion, n'est-elle pas, une fois résolue,
d'une ténacité, d'une persévérance
et d'une énergie admirables? Voy
ez-la dans sa lutte avec le premier
empire. A-t-elle hésité, douté et fai
bli? Les armées, les Hottes, les al
liés, les millions et les hommes d'E
tat lui ont-ils manqué? C'est uu de
ses amiraux qui blessa la Franco à
Aboukir et à Trafalgar, et un de
ses généraux qui la tua à Waterloo.
Est-elle moins redoutable aujourd'
liui qu'hier,et pensez-vousquelewliig
Gladstone ait moins souci «le l'inté
rêt national que le tory d'Israeli?
Son peuple et son aristocratie n'ont
pas deux volontés, et John Bull est
un bull dog. Ne vous y fiez pas.
L'Angleterre n'est point entrée dans
la voie des iléenilenees, et la couron
ne d'impératrice des Indes est soli
dement fixée sur la tête «1e sa sou
veraine et «le ses souverains. Si vous
l'avez crue énervée, endormie «lu
sommeil des indifférents, sans éner
gie, sans vouloir, sans force, sans
moyens redoutables et nombreux,
vous vous êtes trompés. Ses côtes
sont à l'abri de vos tentatives, ses
possessions sont bien gardées et ses
Hottes commandent les mers. Ce
que Napoléon 1er. n'a pu faire, il y
a plus «l'un demi siècle, la Russie «'t
l'Allemagne réunies ne le feront pas.
L'Angleterre sait également que
si elle est obligée «l'entrer dans la
mêlée, seule «l'abord, elle y sera bien
tôt suivie par d'autres. Sa diploma
tie ralliera les mécontents, ceux qui
ont «les griefs, ceux qui pensent aux
revendications, ceux qui ue disent
pas tout hautleursespérances. L'Eu
rope à l'image de Guillaume et du
czar, absolue et despotique, est une
Europe inacceptable à beaucoup.
Est elle même acceptable à tout au
tre qu'au czar et à Guillaume ? L'Au
triche, momentanément forcée au
rôle de satellite impérial, mais se
souvenant «le Sadowa, n'a point dit
le fond «le sa pensée. C'est avec bon
heur qu'elle prendrait sa revanche.
Au reste, ne se sent-elle point sé
rieusement menacée? Croyez aussi
qu'elle est prête, qu'elle s'est refaite,
que ses armées ont le nombre, le
poids et la valeur. L'Italie, de son
côté, n'ira jamais se perdre on s'a
néantir dans le groupe germanique
ou le goupe slave. Elle ne verrait
point «l'un bon œil, toute «lésireuse
qu'elle soit d'une part «lu gâteau
tur«;, l'apparition d'une nouvelle
puissance et «l'une puissance de pre
mier ordre dans la Méditerranée.
L'avenir «le l'Italie, avenir démocra
tique et républicain, est celui des
races latines. Au-delà des Alpes,
qui sont sa frontière et sa couronne,
«ïans la direction «les empereurs
d'Allemagne et d'Autriche, il n'y
a que des ennemis ou des étran
gers pour l'Italie «le Humbert oti
; de la République.
1
L'Angleterre va donc demander
sa pluce.au conseil ou la prendre
au combat. Les prétentions hautai
nes «1e la Russie lie sauraient lui
convenir, et elle n'entend aucune
ment s'y soumettre.
Au demeurant, elle est prête
pour les deux termes du dilemne.
Elle n'a point attendu ces derniers
jours pour s'armer. Quand les Kus
ses tombaient sur les champs «le ba
taille «le Plevna, elle augmentait le
nombre de ses soldats et de ses ma
rins. Ses _ navires sont échelonnés,
ses fils diplomatiques tendus, ses
hommes «l'Etat d'accord malgré une
apparence de division. L'Angleterre
n'est pas de celles qu'«in prend sans
vert. Elle a uu pied dans la Grèce,
un pied à Constantinople, une main
invisible à Vienne.
Oui, elle est prête pour les deux
termes de l'alternative, que voici:
Ou la Russie, moins hautaine,
priKlente et plus sage, tenant comp
te des observations et «les conseils
de l'Europe, se conformera au pro
gramme antérieurement annoncé
par elle — et alors le traité «le paix
ne sera point le bon plaisir «l'un
vainqueur contre uu vaincu. Dans
ce cas, possible sinon nécessaire, la
Turquie serait amoindrie, mais 11011
supprimée. Les Bosniaq nestles Sla
ves et les Valaques, peut-être aussi
les Grecs, seraient dégagés de ton
te allégeance à l'endroit «le la Porte.
La justice et la civilisation le veu
lent. Il faut que les asservis soient
affranchis. Es]>érons que l'affran
chissement sera véritable par un
protectorat russe ou une absorption
imperiale. Mais Constantinople, à
aucun prix, ne saurait devenir nue
conquête et une possession russe.
De quel droit? Les Turcs, à Cons
tantinople, sont chez eux. Mahomet
Il prit cette ville eu 145.}, et les
droits des Pnléologucssont prescrits
depuis longtemps.
Ou la Hussie, exaltée par son tri
omphe, enivrée par ses victoires,
croyant le moment convenable pour
réaliser 1 audacieux rêve «le Pierre
le-Graml, s'étant peut-être, avec
l'Allemagne «le Guillaume, partagé
l'Europe en pensée, «lira à l'Angle
terre et aux autres: Je ne vous con
nais pas, je n'ai rien à faire avec
vous; j'ai vaincu, j'ai conquis et je
prends — et alors, je vous l'assure,
les canons anglais partiront d'eux
mêmes. Les signaux de Portsmouth,
ayant la réponse immédiate «le Gi
braltar et «le Malte, ébranleront à la
minute la Hotte de Bésika. Et si les
Russes, les Balkans franchis, victo
rieux en Romnélie, s'approchent de
Constantinople, ils y trouveront des
soldats ronges, des artilleurs qui
pointent et des canons disant: Hal
te-là! La flotte russe rentera hâti
vement dans ses ports, n'osant plus
mettre une voile au vent. Une puis
sante diversion se fera de tous les
côtés. Si l'Allemagne se fâche, trou
vant mauvais qu'on inquiète sou al
liée et sa voisine, et tire son épée
de combat, l'Europe aura conscien
ce «lu danger. L'alliance «les trois
empereurs, en ce qui regarde l'Au
clic Hongrie, est un mensonge.
L'Autriche hait la Russie et l'Alle
magne, ilont «'lie sent le poids.
L Italie, neutre d'abord, ne voulant
point encourir l'inimitié de l'Angle
terre, latine après tout et soucieuse
île son avenir dans la Méditerranée,
se prononcera à son tour. L'Espa
gne elle-même se mettra de la partie.
Car la lutte aura pris «les propor
tions effrayantes. Ce sera le Sud
menacé par le Nord, par le despotis
me, par quelque chose qui n'est point
la civilisation. L'Alleinangne et la
Russie, malgré leur grandeur, mai
gre leur puissante organisation mi
litaire, malgré les merveilles et les
miracles ilt- leur vigoureuse jeunes
se, ne sont pas la civilisation. Leur
grandeur n'est pas une lumière. Il
y aile l'injustice et de l'iniquité dans
leur ombre. Elles sont la force pri
mant le droit. Par leur esprit
«l'agrandissement et de conquê
te, par leur militarisme formidable,
en forçant l'Europe moderne à
s'armer jusqu'aux dents, elles men
tent au siècle, au progrès, aux
grands principes de la liberté et de
la démocratie. L'Angleterre, malgré
son égoïsme et sa politique «l'inté
rêt personnel, est plus littérale «pi'
elles. Si l'Angleterre est conquéran
te, elle l'est pacifiquement, par l'in
dustrie, sausla boucherie des champs
de bataille. Et son industrie est une
des splendeurs du monde moderne.
VI.
Kt la France !
Restera-elle impassible et nentre,
indifférente à la lutte, à l'écart de
la conflagration générale?
Personne ne le croit.
Ce n'est pas à la légère, au pre
mier coup de canon «le l'Angleterre,
bien entendu, qu'elle entrera dans
la mêlée. Tout en voulant faire l'œu
vre îles autres, elle n'entend pas né
gliger la sienne. Le malheur l'a ren
due prudente. On lui à appris ln
sagesse, et l'héroïsme ne reçusse
pas le calcul. Mais comme elle est
1 plus que jamais la France, c'cst-à
dire la démocratie et la république,
le principe vivant et moderne, elle
connaît son droit et son devoir. Elle
ne permettra |>oint l'iniquité. L'Eu
roj>e, déjà trop arbitrairement et
trop despotiqnement modifiée, ne
sera plus modifiée dans le même
sens et par sa participation. Le si
lence de la France ne consacrera
point la doctrine russe et la doctrine
allemande. Et si la France, comme
démocratie et comme république,
par tradition comme par nature,
est bian plus que l'Angleterre la
porte-«lra|>eau de la civilisation et
de la liberté dans le inonde, car ello
est l'esprit des liants sommets et la
pensée «le l'avenir, la France n'est
plus aujourd'hui la vaincue de 1870.
Elle s'est recueillie, elle aussi. L'œu
vre de réparation s'est faite d'une
façon merveilleuse, au moral comme
an physique, à l'âme comme au
corps. Encore un jour, et les partis
désarmés, soumis et confessant le
patriotisme le plus élevé dans une
foi commune, seront tons du présent
et de l'aveuir. L'esprit de conserva
tion et de mo«lératioii sera tout en
tier dans la république et pour la
république. Mais on [»eut dire qu'A
l'heure actuelle, grâce à un prodi
gieux travail intérieur, la France
est redevenne une puissance mili
taire tie premier ordre. Entrant au
jourd'hui dans la mêlée, elle n'y en
trerait |K)int avec cent cinquante ou
deux cent, mille homines, et son ar
mée, expression du i>euple et sortie
de toutes les classes, n'est plus une
armée de prétorieus. L'Allemagne
le sait bieu, et Bismark n'est point
tranquille.
Certes, la France n'entend pas
provoquer, menacer et se lancer
«lans «les aventures inconnues. L'O
rient même ne l'intéresse qu'indirec
tement. Elle permettra à la Russie
et à la Turquie «le vider leur diffé
rend comme elles le pourront. Elle
désire qu'on la croie indifférente,
insouciante et faible. N'a-t-elle pas
dit avec la plus grande modestie
qu'elle donnerait son opinion, si on
1st lui demandait? Car elle est sur la
réserve et peu soucieuse de montrer
ses forces. A quoi bon? Attendons.
11 ne faudra peut-être pas attendre
bien longtemps. Mais si la Russie
et la Turquie ne réussissent point à
s'entendre, si la paix n'est pas si
gnée au printemps prochain, si l'An
gleterre, impuissante par la diplo
matie, a recours à l'éloquence «les
canons et entraîne l'Allemagne dans
le conflit, qui sera très probable
ment une conflagration général«',
comme Bismark l'a dit lui-même, la
France paraîtra au moment voulu
et sera tout naturellement le JJevtt
ex machina «le la tragédie antique.
Et c'est alors, au dernier acte de la
tragédie «l'orient et (l'occident, après
batailles, revanches et bouleverse
ments, que la France, par justice
personnelle, recti liera ses frontières
un instant méconnues, et assurera
à l'Europe, par justice générale, la
paix, l'ordre, la liberté et la démo
cratie, qui sont la donnée «les temps,
la somme des progrès acquis et la
résultante obligée de ce grand siè
cle révolutionnaire.
Car l'Europe, à la fin «le ce siècle,
et nous y touchons, ne sera ni cosa
que, ni allemande, ni anglaise, ni
italienne, ni même française, mais
tout simplement républicaine. Et
ceux-là ont «lit vrai, «lisant que nos
fils verraient cette magnifique pon
dération «le deux continents nom
mées Etats-Unis d'Europe et Etats
Uni» d'Amérique.
VICTOll-EMMANUEL.
Aux deux derniers siècles, le
XVIIème. et le XVIlIème., qui fu
rent les siècles «les parallèles selon
PIntarque, ou aurait «wrtaincuient
écrit le parallèle «1e Victor-Emma
nuel et de Henri IV.
Car ces deux rois se sont ressem
blés par pius d'un trait.
Ils furent tous les deux bons com
pagnons, malins compères, verts
galants, galants hommes et profonds
politiques.
Le Savoyard du pays «les mar
mottes n'est pas l'inférieur «lu Béar
nais de Pau.
Si l'un a «lit que Paris valait une
messe, l'autre a pensé «pie Rome va
lait bien une excommunication, mê
me une excommunication majeure.
Et ils ont tous les deux, par leur
courage, leur constance, leur fines
se, leur esprit et leur patriotisme,
créé les deux grandes patries qui
se nomment l'Italie et la France.
Car la France était faite avant
Louis XI \ , et si la Fronde fut une
plaisanterie, c'est que le Béarnais
«le l'édit «le Nantes avait écrasé la
Ligue.
Quant, à l'Italie «le Vietor-Einmii
imel, créée eu moins de vingt ans,
et malgré le plus puissant «les sou
verains du monde, elle est. irrévoca
blemeut faite. Rien ne saurait dé
sormais prévaloir contre e!!e. L'imi
té italienne est nu bronze que le
temps ne rongera point. Les Pié
uiontais, les Lombards, les Véui-

Ce iouisianais,
JOURNAL POLI TIQUE, LITTERAIRE ET C ÂmT p A G N A R r>
VOL. XIV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE , SAMEDI 19 JANVIER, 18Î8.

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