OCR Interpretation


Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, April 20, 1878, Image 1

Image and text provided by Louisiana State University; Baton Rouge, LA

Persistent link: https://chroniclingamerica.loc.gov/lccn/sn82015038/1878-04-20/ed-1/seq-1/

What is OCR?


Thumbnail for

£c Cottisianaig,^
JOURNAL POLITIQUE, Tl T T E It A I It K FT CA M P A G N A RI) . ~~
VOL. XIV. PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI 20 AVIUL, 1878. ~ ^ yo. 25.
I k ioUISIANAIS,
3 OXJBNAL OFFICIEL
—HE I.A—
Parvlme St. Jacques.
IT III.11; CIIAIJI'K 8AJIKIU llAXS I.A
Paroisne St. Jacques, 1
Coim-nt P. 0.,
Loniii&ne.
J- OENTIL,
KUITEUK KV UKOAVTEVR.
Aboiini-mciit:
S»r»,00 PAH ANNEE.
I'AVAlil.K Il'A VANCE.
PBIX BBS AHH0HCE8:
Par r^rrtf <lc 10 tigiu*fl, on mniiis, jvro
infer* insertion
Par cnrr<$ «l« rliaqiK* publication mhIh
w<*qn<Mit«* 7f>.
Les eonitniiiii <|ii6M «!«• nature p?r*uiitielle
«*t Ion avis & r »niuta n « rdgleroiit dv gr<S h
gr6 av«: r&titeuf.
AGENTS DU LOUISIAXAIS.
Xoit v el If-Orleans:—A. G. Koinaiii/IYIiou
pitonhts St., Ko. 15.
St.-.Tacqin**, St.-.Tcau-Hitptisto, IUcrvillt%
AMMOToption ct AtwrPiiHion:—Junt Com™,
Donaldson \i lie.
Lafajcttt, AttakapaH*.—Kdouaitl I'.Mou
ton.
XonveUc-lb^rie:—August** Giroil.
Varliorie:—Morris Fi'itvl.
C E N T E X A I 11 E
—1)K—
VOLTAIRE.
I.
L'antiquito out ses demi-dieux,
dont Irs temps inoilemes out ii.
mais ii tort.
Los deniidioux do. 1'anliqnite pa
Tenne lie .sunt | kis prcciscinent risi
bles, et la pousec de quasi-tlcillcii
t ion des homines, qui ro.moutc nux
temps les plus rccules delallrece,
<1 ni ii'i'st pas memo ubaiidoiiuoc an
jonnl'liui, n'est pus ahsolumeiit. risi
ct jjrossii-ii'. II uo fiiut pas la
couduuiiior irouiq uemctif ctsommni- [
roiucnt. Cost ineine hi line coneep
tion pk'ino de grandeur et d'uue
haute portee moialo. Kile tilt inspi
re!; par uu esprit. vraiiueut superiour
t-t soiivcraineiuont religieux. On au
rait tort tie n'y voir qii'uno iulbriiie
et miserable superstition. Kite ilit
piutot. la reconnaissance ties hom
incs )k >ur ecux qui s'illust.rerent par
do. nobles actions, ile glorieux poe
Dies Ct dc puissniites vertus. Kt la
reconnaissance ties peuples et due ii
de tels ]>crsominges, commc aussi
radiuiration. Car ils out etc des le
gislateui's, des iuventeurs, des lid
ros, iles poi-tes, des liouinies divius,
des niortels aimes des dicux. Lour
taille avait quelqiie chose de surua
turel. l«i civilisation est en partic
lour cciivre. Sans eux, sans leur pas
sage sur la terre, saus leur devoue
meiit, sans la lumiere et l'lit'-nri'sino
qui se sunt degnges de. leur vie et
de leur tiiclie, I'lmmaiiitc, station ]
naire dans les tenebres, u'aurait.
point fait uu pas dans la voie du
Mai, du bien et du beau, qui est la '
route intinie. l'ar raccomplissciiicut
du devoir, manifestation de la cous-1
cience et de la liberie, ils out tlecou
vert le travail, qui est le vrai, la
justice, qui est le bien, et Dieu, qui
est hi morale et le beau, lis out ••ti
des revelateurs et des creatcurs. Co
sout eux qui nous out donne latirc
ce antique et illustre, uou encore
surpasscc dans bcaueoup de ses
chefs d'teuvres, etcriielleineut poi'-ti
que et elassique, qui vivra autant
que les generations et les siecles
dans la mciuoircet I'ctoiiucincut des
generations et des siecles.
E ii verite, les dcuii-dicux de I'an
tiquitc ne furont pas exacteinent de
la pticutille ordinaire. II out ete glo
rifies et quasi-deities pour quelque
chose. Leur iioiii est le syuoiiynie
d'uue. giaiideur ou d'uue puissance.
Si llercule, par exeuiple, eiit passe
sii vie aux geiioux d'Ouiphale, tilant,
souriaut, s'umollissaut dans line oi
sivete iudigne et lache, la (irece lie
roi'quc et tiere de 1'aurait point ho
liore. Mais les doiiise travaux de
rjtereule grec coiuiuandcut 1'adnii
ration et le respect de riiinuanitv.
Le dit llercule, dout le iioiii est jeu
lie encore, en separaut les inonta
gnes de Cat {Mi et d'Abylu, qui for
niaieut anterieurcineut une smile
inoutagiie, a ci*e line nier, la Mi di
terranee, et une forteresse iiuprena
ble, (iilualtar. Ce qui n'etait point
facile. Le preinier-venu ne fait pas
de ces clioses-hi, et si lefran^-uis (»e
rani a tue des lious ii coups de ca
rabine, llercule, le h<5ros grec ilont
la carabine tut une inassue, a etouf
fe le lion de Nemee dans ses bras,
l'aites en autant. Ktcoiiuaisse/.-vous
quelqu'nn qui so soit plus gloriense
ment suicide quo le flla d'Alcmene!
Car I'ininieiiBc bfieherdu mont CEta,
apres une lougue vie de prouesncs,
de limits faits et d'incroyables tra
vaux, est quelque chose de splcudi
de. Une telle inort, apri-s une telle
vie, votis inerite I'i in mortal it e. On
doit votis inettre mi rang des dieux,
des inimortels, des atlimwtoi , coin
me disaient les Orecs eux-iiH"mes.
Votre, mdmoire est dans le co-nr des
hninmes, dans la gratitude des
temps, dans la beaute et l'utilit(5 de
ec qui ne passe point. En vous lio
uor.uit, cequi est uu devoir, on vous
imite, ce qui est une vcrtn. Vous
faites partie de la grande histoire
de ceux qui ne mcureut pas, que
I'ou glorille sur des preuves, qui
sout In foi, la grandeur et Pexemple
de Phuiniinite recouiiaissaute. Vos
statues, vos autels et vos temples,
souvenirs de vos u-uvres et de vos
biOufaits, ne sout ui uu feticliisme
burlesque, ni uu pantlieisine glos
sier, ni une coupable idohitrie. Kn
iiiclinaut la tcte devant ces autels,
ces stsftues ct ces temples, com
me oil le doit,ou lie fait iiiicuueineut
acte de servilite et de superstition,
et ce n'est |>oint ilevaut uu menson
ge epie vous vous incline/., mais bien
devaut une verite. .Car ils sont
des enseiguements ct des temoigna
ges. lis instmisent, ils eclairent
et ils guident. C'est par cnx que
la. tradition se continue et que le
progics |ioursuit sa inarclie dans les
siecles. Oil s'elevc en s'ulcvant com
iiio eux. Est it ineine defendu de
les surpasserf Nou pas, vraimeut,
et la chose est possible. Mais on au
rait tort de les adorer, puisque,
bien que grands, ils sont mortcls.
II.
IiC christianisine, lui aussi, a ses
demi-dieux, ses elus, e'est-ii-dire
ses saints. Do plus, ses saintcs.
Le mot Hiint, de par IVtyinologie
latine Mincto , signifie sanctionne, at
tache, voue et consncre. II est vieux
et Ikiii.
I'ii saint est celui qui sc con forme ii
In loi de Dieu, qui erit hi loi de veri
te, de beaute et de justice, e'est-ii
dire la /<<»(. Le saint, liomuie pieux,
vertueux et courageux, est tout le
eontniire du pecheur, du pir\iiriea
teur « t du blasptieurnteur. On n'est
jamais saint en iiiiirchant eontre In
loi et piir les cliemius oliseurs du
tneusoiigc et de rii.vpoerisie. Les
I'hiirisieus tourneut ledosii lit sain
tete. La siiiutete n'est pus une vertu
negative. Kile vent des actes, des
aflivniiitious, des teinoignuges, tyx
ni. Kile ne se eontentc point de vni
nes ]iiiroles, do vaines prieres et
d'iippiirences vaines. C'est aux mains
plutot qu'aux genoux qu'on la re
connait, au cteur plutot qu'au visa
ge. Les visages sunt nicntcurs, et
leur beatitude est souvent uu mas
que. La snintete exige 1'neeom plis
sement serieux des multiples devoirs
dout la vie huniitinc est tnite, et la
plus hemique sineerite. Loin de
iiousdetacherdii[monde,sous pre tes
te qu it est mediant, mauvais et
fiiux, etle nous lie—xaiwhit—par les
puissuuts liens de In fainille, de In
patrie et de riiumauite. C'est coin
me tils, coinmc iiere, eoinine cito.ven
et eoinme hoinine que nous la me
ritous. ltieu de tout cela, et nous
lie soinmes ricn. A defaut d'une de.
ires elioses, nous souunes iucomplets.
Dans risolement, dims I'inutilite
pour les mitres, dans l'oulili d'un
seul de nos devoirs, nous ne la pos
seilons juts. Kn nous eloitrant, en
nous eloignnnt de uosseinbhibles, en
lie vivant que pour nous, en nous
complaisant dans des prieres et des
pratiques personnelles, nous soin
mes tout autrcs que des saints.
Nous ne soinmes pas ineine iles tle
ini .saints. Si la foi (pii n'agit, pas,
conime on l'a fort bien dit, n'est pas
une foi sincere et ne merite uucuiic
reeonipense et reconnaissance, la
siiintete qui n'iiurait pour olijeetif
que votre imlividualite, votre siilut
particulier et speciid, ressemblerait
quelque pen ii de I'egoisine. Car le
devouemeut, qui est line saintete,
peut-etre memela siiintete, commau
de le sacrifice de soi-meme. Kt ce
devoiienient s'littinue toujours par
des devoirs rcmplis, par des actes
genereux et par des vertus positi
ves. Kiiire est la condition requise
et absolue. l'rier sersiit insutlisant.
Tout merite est fait il'ueuvres, et il'
icuvres utiles aux iintres: n vos seni
blables, ii votre famille, ii votre pa
trie ct ii riiumanite. Cur le plus pe
tit des homines, duns le sens du ge
nie, de la richesse ou du pouvoir,
pent et doit etre utile ii ses freres.
II est au mondc pour cela. Inutile,
est il encore un lionimef Separe des
mitres, misanthropes religieux ou ir
religienx, que vaut-ilf N'a-t il pas
etc cree pour vivre en socii-te,
pour se conformer u In loi, pour ut
se soustraire ii aiteun ties devoirs et
A aiicuue des obligations tpii sont le
I veritableaeeoinplisseineiit.de la vie!
La perfection est-elle possible ail
ilenrsf Kt lions n'admiivrons que
j sous benefice il'inventairo, avce la
plus grande reserve, les mendiant.
jet leo oisifh comtuc Labre, dit It
Bieiilicurenx. Salute Alacoque ne 1
nous inspirera qti'nnc veneration
sccondaire, et nous lui prtffererons
Tht5reso de Ceiietle,—There se qui
priait i>oiir Satan lui ineine et von
lait faire deseendre Tamonr aux En
fers, )H>nr les illnminer. Mais, sans
reserve alors, au 110m de la sainte
pite que Dieu mit mi co-nr des
iiomfiies ct des i'eimncs, nous nY-co
nomiserons point notre veneration
pour Vincent de Paul,—Vincent tie
Paul qui, se souveuant que sou tli
vin Maitre avait aime les petits en
fants, allaifc par les rues et les clie
mius, recneiliait les enfant nbandous
ni's et leur servait de pere. Vincent
reeucillait aussi les vieillants, ces
eufiints de la faiblesse. Levons 110
tre chapciiu ou notre bonnet, mes
sieurs, (levant la Sti-ur lie Charite
(pii passe, et saluons la fille de saint
Vincent. Ix?s ouivres sont la, sim
ples et sublimes. II fait adiiiirer ct
et honorer. Cette saintett-d'en lias,
du patre ties Lantles, de In tille du
peiiple, est line grande let;on et 1111 i
exeinple supieine. C'est commc 1111
rayouneincnt de rEvmigile. Vous
pouvez I'opposer ii romiiipotence
des rois, a riusoleuce ties puissuuts
et ii la vauite des gloires humilities.
C'est la continuation iles miracles
(le Jesus, qui trnmieit benefaciendol
Mais il taut le bcitefacieiulo.
Oranrlo ne snttirait pas, 111 memc
laeryuMndo.
III.
La pensi'-e de venerer et d'honorcr
eoinine xithit* des homines qui furcnt
lions, charitables, niinauts, gi-nt'-
reux, vertueux, couragcitx ft hero'i
ques, quand il y en a taut qui tie
sout ricn de tout cela, est une pen
sce piettsc, haute, chreticnnc et plii
losopliique.
Xe la raillons pas.
S'il est des saints pen eclatants,
(loutcux memo, dout laciinouisation
semble une favour, et si beiiucoup
out ete mcconnus, oublies ou re
pousses, In peuscc n'en est pas
moins une ailmiralile pensec. Le
monde chretieu, du reste, ne |iou
vait pas |irecisement sanctitier les
homilies vertueux et les philosoplies
du monde pa'ien. II etait oblige de
s'en tenir ii ses iinnales, ii ses archi
ves, ii ses ii|iot res, ii ses eonlessciirs.
ii Ses iiuirtyrs et ii son pf-rsonilt -r.
Les religions, ineine les meilleiires,
out luiturellemeiit un faible pour
ceux de leur t'-glise. l'nut-il ineine
dim, pour etre dans le vrai, qu'il est
poriiiis tl'avoir parlbis des preferen
ces de race, tie patrie et de nationa
litef Les papes, bien qu'iuliiillibles,
sont hoinmesiiilecertiiiiis monieiits.
(Jintiiilo ilarmitat Homcrux.
V»ani ii ui croyance, ae.cepree par
beiiucoup, que le canonist'-, le saint,
I'elll, celui qui occlipe line place
dans le ciel, est un puissant intcr
cesscur nupres du Dieu ile miseri
ctirik- et de justice, c'est une croyiin
ce naive et tonrliante. Kile, ne (ait,
pas de mill. Si elle. ne change point
lit loi, si elle n'intlueucc psis le .Mai
tre, si ell(! lie dcterinine pas des mira
cles en favour de ceux qui interee
ilciit—Point que nous ne voulons
pas toucher, n'etant pas docteur en
theologie—elle a tout iiu moins l'of
ficacite tie In priori-. Coniine toute
(;roya-nce,elovee, commc toute mora
le superieure, eoinine toute spiritua
lite, elle est bonne ii Pespril, au
co-ur et ii hi conscience. On ne sup
plie pas un siiiut sans rendre lipin
mage a sa siiintete, commc aussi
sans faire un effort pour meritcr ses
bonnes graces. Kt cot effort est un
engiigenicnt iiu bien, une intention
d'imiter, parfois memo un triomphe.
II faut inio.ux, dans sii pensee et ses
sympathies, frequenter les homines
ile bien, de vertu et d'heioisine, que
les iiutres. C'est une frequcntation
noble. Vous avez dans IVunc 1111 ide
al superbc. <Jue si votre l-<V< lltk' (III
n'r est 1111 poll inerveilleuse, singu
liore et naive, d'ordinaire ccrite et
tenioigia'-e par iles homines simples
et dans ties temps etranges, elle est
toujours cliarmante. Cello, de Pa
trick, par exeinple, adorable p-ir
ccrtains cotes irlundais, est splendi
de par d'autros. Kt les heros ou
saints de cette lA'tjeiuie tloree, qui
tin-lit. des miracles, que les homines
out aimes et bonis pour lours bon
nes (onvros, sout nioilleure compa
giiie que eelle qu'on trouve mix con
tes du jour et aux romaus niodernes,
Si lour est single, leur foi est
grande. Si le miracle est ilouteiix,
le miriicle est religieux. Au reste.
iiomhre tie ces saints, au moyuungi
de I'iguorauce et des tenebres, fu
rent des savants. Nous leur disyons
pout etre la conservation des lot'tret
latinos ct ties lettres grecqnes. St,
lieruiird fut uu snvnnt. II n'apecln
que par execs de zelc eontre Abe
lard, Arnaiul de Brescia et plusietirs
autrcs.
Le culte de tliilie, au point de viu
philosophique coniiito au )>oint dt
vile religieux, n'est done pas 1111 cul
te absurdc, et l'Eglise, en hono^ant
les saints, en les fetuut ii certains
jours, en les offraut conime inodi-le.'
;i hi veneration et ii l'iinitatiou des
homines, est emiiioinmout sage el
morale. L'liomuic a besoiu d'uu ty
pe devant lni. Et que ce type soit
pris dans la cite, dans la patrie on
dans la religion, etnnt uu type de
pi^te, de patriotisme oil d'honneur,
il est necessaire. Saintete, mi reste,
signifie graudeur. Et la grandeur
lieut se trouver partout, dans ton
tes les classes, ilanstout.es les con
ditions, dans toutes les races, avec
le soldat, le citoyen, le pi-etre, le sa
vant ct k patre. C'est memece prin
cipe de veritable noblesse, de meri
te personnel et de vertn eclatante
qui donne ii la deinocratie son affir
mation la plus haute et la plus posi
tive. Vincent de Paul, qui vecut
mix temps dc Louis XIIF et de Ki
chelien, fut plus grantl que ce 101 et
ce cardinal.
Mais s'il faut honorer les saints,
les vtfncrer et les imiter, parcequ'ils
furent lions, parcequc ce culte est
nbsolumcnt moral, il serait peut-etre
imprudent d'allcr jnsqu'n l'adora
tion. II ne fnudrait pas pour eux re
tablir le cirfte des images. C'ars'ils
out tlroit il nos respects et ii nos of
frandes, il serait pai'en de les inettre
au premier plan du ciel et d'oublier
que Dieu est plus grand qu'enx. La
mariolatrie et In josepholatrie sont
de l'idoliitrie. (jiiant ii "ceux qui
deerochent les offrandes des saints.
011 sait leur nom.
IV.
Voltaire, certes, 11c fut point un
saint.
II n'en a, du reste, jamais reclame
le titre et I'honncur, et les Jesuites,
ses premiers maitres, 11'ont jamais
songe a lui donuer line place au ca
londrier, ii cotti de St. Ignacc dc
Loyola.
Car Voltaire fut l'oleve des Jesui
tes, et il rcsta toute sa vie l'a mi du
lion pi-re Por^-e. Amitie qui liouore
le pere Poroe. Par eontre, Xonotte
fut son ennemi constant, acliarne et
inutile. Xonotte, grace A Voltaire,
a rimmortalite dc ceux qui ne pos
sodent ni gi'-nie, ni esprit, ni talent,
mais licaiiconp d'ignoraiice etil'iiii
| pudenec.
mais si > oitairc n est point 1111:
siiiut, s'il out dans le monde des!
amis et des admiratem-s, ilcomiite!
aussi des enneinis achiirues et nom-1
breiix. Jamais hoinme, dans sa vie
qui tilt, lougue, apres sa mnrt qui !
date do cent, 11ns, n'n ete nssailli j
eomme lui. I,ii furenr, la rage et la i
(lenience ne I'ont point epargne. Vi-1
vant, il fut proscrit; inort, il lutje-j
to dans de la eliaux vivo par (piel
(pies pieux royalistesde ISM, Quant!
aux livres, aux diatribes et aux ser- j
mons qui I'ont aboinine, ils sont in
nombrables. Louis Veuillot,(le temps
en temps, le soufflote encore de sa i
inniu apostoliijue et romaiuc. Ill
pretend uienic que Voltaire n'avait!
pas d'esprit, n'ayant que celui (les |
autrcs, et qu'il ne savait point ecri
re sa lauguo. C'est juste. Venillotl
continue Xonotte, et Veuillot aspire I
aux honueurs du calendrier. Zoi'le!
est eternel, eoinme aussi Hazile. !
Mais pourquoi ce dechaiueiuent j
do colercs, de fnreurs et d'iinproca-1
tions eontre le plus grund hominc :
du XVlIIenie. siecle? Que lui veu-1
lent encore, niaintenant qu'il est
inort, un tas de petits roquets stu- i
pides et do dniles sans esprit, sans !
talent et sans cteur • Qu'n done fait
Voltaire pour que la Inline s'aehar- i
ne a son nom,insultea sa renominee
ot le poursuivc eomme un daume.
un exfoinniunie et un luundit? Kst
il I'uii tie ceux qui out persecute les
homines, massacre les feinmes, egor
gi; les enfants, ou cree le tribunal
ile l'liiquisition et le Saint-Ofliee?
! I.ui doit on hi Sr. ISmtheleniy ou
i quelque inonstruosite de ce genre 1
Kst-ce bien un Voltaire reel 011 1111
Voltaire imaginaire qu'on livre a
rexeeration des peuples f Knten
; (Ions-nous.
; (-.'"est que les enneinis orilinaires
| de Voltaire le couiiaissent pen 011 ne.
veulent point le connaitre. Caloni
nier est. facile. O11 briilait iiutrtfois.
Mais si, par ignorance ou par mali
1 eo, vous accnsez ire grand liomuie
d'avoir ete 1111 athee, irn blasphoma
teur, un profanateur, 1111 ennemi de
la religion et de I'Kglise, l'on vous
repondra, lettres, livres et faits en
main, que Voltaire n'n jamais etc
; rien tie semblable. II n'n point iitta
que les oterneis prineipes sur les
i quels repose la uioralo des soeietes.
Los alius, les mensonges et les su
porstitionsont souls iittire ses coups.
II 11'cut (le railleries que pour les
iibsurdites, tie coli-ros (pie pom* les
I mochaneetes, il'liorronr que pour les
crimes. Sillier Xonotte est un pi'-clu
veniol. L'lufanie qu'il vonlait <5era
ser, scion sirs propres ]>aroles, n'e
tait pits I'Kglise, celle-ci plutot que
eelle-lii. mais bien hi Superstition.
L'injustice et I'eri-eur le revoltaient.
II aimnit la liberte. Les esprits su
perieurs, croyez-lo, ct Voltaire en
i etait certiiinemont un, ainient ce qui
j est vrai, ce qui est juste, ce qui est
I grand ot ce qui est bean. Lour ciour
n'est point ferine aux splendours et
aux magnificences. Ils confossent
toutes les verites, s'iuclinent (levant
tons les prineipes necessaire et pro
cliimeut intelligomnient Dieu. Ce ne
i sont point des negutours, mais iles
aWrmatenre. Ijenr raison, plus sou-1
veraine que la ndtre, editie. Kenver
ser le prejiigo, le ineusonge, 1'erreur
et la supei-stition, c'est 6dificr. C'est
1A, aussi I'ceuvre ile tons ceux si qui
furent accordes le genie et la supe
riority de 1'intelligeiice. De tels hom
ines sout dans le progrtis et la lu
inifere. 11 faut les admirer commc
bienfaitenrs de I'lininanitl. II y an
rait crime, liieheto on folie ii leur je
ter des pierres. On ne lapide point,
sans etre imbecile ou mi-chant, les
revelateurs, les propbetes et les
saints. Car nous lour devons l'oeu
x're aiiguste, le livre lumiuenx ct
I'affratichissement. lis sont les ineil
lenrs temoins de In philosophic et
tie la religion, qui sont stenrs. On
lour ouvre le Pantheon,—le Pan
theon dc la reconnaissance, sans
leur tlemandcr s'ils out absoliimeut
ou Ic memc credo, s'ils out adore
dans lc ineine temple, s'ils out en
ou 11'ont pas en certaines faiblossos
et certaines petitoSses, si leur genie
ou leur courage, ii tie ccrtaius mo
ments, n'a pas en son quart d'heure
d'omlire 011 tie ilcfaillaucc, mais ]>ar
cequ'ils out etc lions, utiles, graiuls
savants,amis tie riiumauite et saints.
An-dessiis des petites cont'reries du
cloeher, qui 11'ont pas toujours tie
vastes horizons devant clles, il y a
In lnajestuousc fratcrnite de 1'esprit
ct du genie, qui rayon ne aux som
mets tie tout le faiscemi des intelli
gences, ties vertus et des superiori
tes, et qui coufond dans une meme
splendcnr, pour une admiration com
mune, an lioin de Injustice supreme,
tons ceux qui out pense, parle, eerit
et agi pour la verite, hi liberte et I'af
fraiichissemeiit des homines. Socra
te en est, Voltaire aussi; mais Xo
notte n'en est pas, et Louis Veuillot
protestc.
II y a ties veuillotards parfout.
v.
I
Certes, conime ecrivain, .eomme
hoinme et commc caractere, Voltai
rt; n'est pas irreproeliable. 11 a ties
tactics, i'lioinnic fut part'ois faible,
ot le genie qu'on s'est plu ii uoiumer
universel, parcequ'it cut de grantles
ailes et une imissante enverguro,
n'a pas toujours brille d'un lucrveil
loux eelat.
On connait Ic poi : te, I'histotien et
le savant,—Ic savant ijui oublie par
fois de I'etre. Quant ii sa philoso
phic, elle a, eomme lui, trop d'es
prit pour etre profondo.
L'on a roproelte ii Voltaire, nou
sans raison, d'avoir ete l'nduliiteur
des rois, des grands, des courtisans
et des courtistines,—de Frederic, do
Catherine, de Louis XV, de Kiehe
lien, de la Pompadour ct de plusiours
initios. II ne nnuingon point les I011
anges iiu cardinal ile J'.ernis, qu'il
uoiuuiiiit Haliet In liunquctierc. Mais
il faut etre indulgent pour le pen
se.ur et I'ecrivain. 11 vivait au temps
iles lettres de cachet, il avait coiinu
lii Bastille de bonne houro, il lut
tait eontre tout 1111 monde influent,
puissant et ilomiiiateur. Seul, sans
appni, sans amis limit places, sans
protecteurs couroniies, sans rois,
reines et conrtisaiies dans son jeu,
il u'aurait pas vecu 84 aiis. D11 res
te, il avait etc l'oleve do. ceux qui
justifient les moyens par la fin. Qu'
on lui pardanno. Ses lettres intimes
out dit, plus tard qu'il n'y avait
point- do liieheto et, (le servilite dans
son caractere. Kst ce. bien lui qu'on
pout nomnicr un courtisau, ot les
lonanges qu'il donne, 11011 sans ma
lice, 110 fu rent-el les piis sollieitees
(les ulis et mendiees ties autrosf La
royauto du genie faisait l'anmono ii
la royauto. du liasard, ct te gentjl
tionime ordinaire, do la chambre du
loi etait un jiersoiinage plus oxtr.i
orilinaire (pie le roi liii-iueme. Kt
si le philosophe de Forney out des
graeieusetes et des tnadriganx pour
Cotillon II, l'aigle de Meaux, avant
lui, n'avait pas t'-te trop inexorable
pour la Montespan. Los foinines sont
un nioyen, et lours graces sont un
triomphe. Iiu outre, Voltaire aurait
prouve de fiugratitndo en oubliant
que Xinon lui avait souri ii son bor
coau ot donne (les livres. Zaire,
Charles XII, l'Kssai sur les Mteurs,
Pnngloss, soixante volume de poe
sio, de philosophic, d'histoire, de
sciences, tie contes, de romaus et
d'une correspondence, aussi variee
que spirituelle, lo tout dims une lau
gne iidniirable do clarti'-, (kr limpi
dity, de bon sens.de niison,(le fines
se ct tie force, commc aussi ti es sou
vent do noble et genereu.se eloquen
ce, l-achetent tout cela.
Cependant, disons le, eomme ocri
vain et conime liomuie, Voltaire fit
un ties mauvais livre et une ties
inauvaise action. L'esprit, en ce eas,
lie justifie ni le li vre ni riioinme.
Voltaire a dii en rougir plus d'uue
tois. C'est une taelie ii son 110111 et ii
sa gloire, et de somblables tkibau
clies d'iuinginatioii, avec tout le
charnie de leur style, sont double
mont colli tables. Car s'il est <lans
1'histoire tie France une plivsiono
mie pure, hero'ique et belle,—purt
conime celle il'une vierge, belle com
; nie cello d'une sainte, hero'ique i
n'en point trouver une iiutre qui tu
soit comparable, c'est assuronieiit 1;
;
I pliysioiiomie dc Jeanne d'Art;.
L'liuinble lllle qui, aima la France,
y erut et moiirut |ionr elle, est lino
veritable sainte. L'aureole de son
front d'heroTne et de nmrtyre sv quel
que chose de divin. Estil vrai men t
possible que cette admirable vierge,
qui ]>orta I'amoiir de la France ct la
foi en Dieu jusqu'si l']i6roTsme dii
buclier, ait pii devenir le tliC-me d'o
dienseset d'indccentes plaisanteries;
et Voltaire n'aurait-il pas lift s'agc
nouiller eonmie les mitres devant I'u
ne des gloires les plus chastes tlesti
patrie et ilevaut I'line des inartyres
les plus toiicliautes dc riiumauite?
Michelet, I'liistorien du ]ieuplo, l'a
eompris, lui. C'est avec tendresse,
respect ct veneration, avec line
grande piete, une sensibility exqui
se et mi patriotisme de fils, qu'il
''crit I'histoire tie la paysannc de
Doiiirciny. La" fille dn liameau, uu
instant la France, et la France du
peiiple et de Dien, est tout a la fois
une naive et resplendissanfe figure.
Jamais legonde ne fut plus splen
ditle et plus religieusc. La patrie
est sublime dans cette ft une, plus
sublime que la Jiulec dans Judith. II
faut atlmirer ot s'ageuouiller. Les
bourreaux, soldats ou pretres, sont
ii inmtdire. Quant aux ecrivainfe,
I'iiilleurs et tletrissenrs, impies ct
impiirs, (tussent-its s'appeller Vol
taire, ils sont coupables, niiscrabies
ct criniinels.
Que lie peut-ou decliirer cette pa
ge souillee, inique et cynit|iiei
VI.
jMais si Voltaire fut vraiinent
grantl, d'une grandeur serieqse et
durable, e'est -ii -dire inattaquable, ct
s'il a merite hi reconnaissance et
l'ailmiration des hommcs et des
temps, c'est commc apotre do la li
berty et tic la tolerance. Et c'est IA,
du reste, son caractere veritable ct
son caractere universe!. Xul plus
que lui et niieux quo lni n'a defen
du les droits de Injustice et de I'liu
niaiiite. Car s'il est un Voltaire ina
lin, railleur, spiritnel, vindicatif et
memo cynique, eomme nous le sa
vons, il est uu Voltaire d'une Elo
quence entrainanto et generense,
d'un cceur liardi ot d'lufe raison'sou
veraine, d'une Amotion et d'une ih
dignation snperbes, qui reelauiitPaf -
francliisscinciit des serfs, plaida hi
cause de Calas, disputa courageuse
nient et liobleinent les victiines mix
bourreaux. Les factum* pour Sir veu,
pour Lally et pour Calas sont plus
beaux que toutes les harangues de
Demosthenes et tie Ciceron. On y
lit, en paroles puissanteset oclatan
tes, ranioiir de la justice, l'liorreur
du fanatisme ot le dogmc si hi fois si
hiimain et si divin de la tolerance
rcligieiise. On sent tpie lc philoso
phe, qui est egalenient uu chretien,
(|uoiqu'il en disc et quoi(|ii'on en
dise, parle avec toute In snialion
dance tin cceur et tie In verite. La
passion y est soleunollc. L'liomuie
s'iulrosso ii hi posterity et au mondc.
Ce n'est plus l'ami de Frederic, tie
Catherine, tie liichelieu et do In
Pompadour. Lc gentilhonune ordi
naire a tlisparu. II 11'y a plus rien
de petit dans I'ecrivain et dans lo
patriarehe do Forney. L'iraseibitite
de, riioinme s'est effacee dans hi
grandeur et la majeste de la Ciinse.
Voltaire no sou lit plus dans ce role
auguste. 11 a Calas ii del'endre, ii
sail vor et ii rehabiliter. Ce Calas
est le protestautisine persecute; dra
goniie, brfile vif, n'ayant pas le droit
de penser, do prior et d'aimor,—de
vivre,—qui rontre dans lii vie, dans
le droit et dans I'lionm-tir, 11011 pas
; eoinine soete, lion pas eomme eglise,
; 11011 pas conime liitherianisinc 011
calviiiistne, mais eomme pensee,
eomme liberte et commc conscience,
j La conscience est inviolable. On n'y
; touctie pas sans crime. Kile est dans
le domaiiie do Dieu. Kt tlemaiu,
j apres les perseeiitions, les tortures
et les bncliers, grace au dogmc de.
la tolerance, qui est le premier ties
; dognies Chretiens et pkilosophiqucs,
les gjierres les plus atl'rousos, les
j plus sanglantes, les moins justifieos,
! seront impossibles. Si les homines
j s'egorgent encore,' fous et stupides,
; jior.r 1111 mom-aii de terre 011 uu
lamboau de pouvoir, le 110111 tie Dien,
qui est lc nom de hi misei icortle iu
1 i tinie et tie la bonte etornelle, ne se
1111 plus prononce dans ces egorge
•1 incuts feroees, conime ii la Saint -
P.artheleiny d'exocrable. niemoire.
; I n pape, hoinme do paix, n'approu
j v !' ra 1">. S «S forfaits. L'Kglise, hono
ree et libre dans les eglises liouoroes
et libres, sera desorntais triompban
te par la verite, par hi foi et par lo
; | christianisine. Son exeinple sera
I'exomple iles temps priuiitifs. Vous
entrou-z dans une civilisation siipe
i j l'iouro. La 1'ranee, clue thins ses
t penseurs, ses in ophetes ot ses heros,
aura sa UV-volntion. Kt cette Kevo
' | lution, universelk- par sa genenisiiti
et son esprit, cvuugeliquc thins ses
<: eonsetpioneus ot ses progres, sera
- | I'iiiVranehissemeiit general. Kile pro
-1 chimera les droits do. l'lioinnie a cA
- to des devoirs dc I'lioinnic.. Le plus
I miserable ties fils do la terre, liier
i esclave, sort' 011 inautlif, aura ssi part
II tic verite, tie justice et dc lumioie.

xml | txt