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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, August 31, 1878, Image 1

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Ce CotMsiattaia
.TOURNAI.. POLITIQUE» LITTERAIRE ET CAMPAGNARD
VOL. XIV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, S AM EI) I 31 AOUT, 18/8.
NO. 44.
Iß ÜOUISIANAIS.
3 OURNAL OFFICIEL
„— l»K LA —
I'uruissc SU J*o«|H<»s.
TI HI.IK CIIAqCK SAMUflI HANS I.A
Paroisse St. Jacques,
Couvent 1'. 0.,
Louiaianc.
J- GENTIL,
kmte-vb ici • m: da cïï:) a.
AlioiiiieniPiit:
$5,00 PAR ANNEE.
l'A V A 111.10 D'A VA NC E.
PBIX DES ANNONCES;
f :ir rnrré «le W Hßin**, ou moins, pre
mière insert ion $1,00.
ï'ar carré <1<; cliiujno publication suli
fléqticntc 75.
Les communiqués «le natûrc personnelle
et les avis ii l'année se régleront <le gré à
uré avec l'éilitevir.
AGENTS hl LOUSIAXAIS.
Nom e.lle-Orlénns: — A. Ci. Iîomàin,Telion
5»itoulas »St., Yo. 15.
.St.-Jae<|uos, 8t.-#Tean-Haptiste, Iberville,
Assomption et Ascension: —.lust ('onvcs,
l)ouaUlson ville.
Lafityntto, Attalvapas: — Kilouflrtl K. Mou
ton.
Xou velle-îb^rie : —
Vacherie :— Morris l'eitrl.
I.'ATIIF.NEE I.Ol'ISI A NAIS
— KT I.A —
i.wtu'F ru.v\< vis»;.
i.
L'autre, jour, avcc une certaine
mélancolie fort naturelle et une no
te d'amertume assez pardonnable,
nous parlions «lu sort de la langue
française eu Louisiane.
Il nous semblait qu'il y avait do
l'injustice et «le l'ingratitude à re
pousser, voire même à dédaigner ce
magnifique instrument «le parole, de
pensée et «le morale.
Ajoutons aussi, pour être dans le
Vrai: de progrès.
Mlle est eu plus la langue du sou
venir, de lu golilte «1«' lait et «lu soin
maternel.
Nos pères, dont il ne faut point
rougir, n'en parlaient «pas d'autre,
et nos mères, qui furent bonnes et
braves, eu nous berçant sur leurs
genoux, H: sourire aux lèvres, nous
l'ont chantée comme le chant de l'es
pérance cl du ciel, ("était la voix
suave «le leur tendresse et «le leur
cœur. Ft notre première prière à
Dieu, celle qui est vraie, sincère et
naïve, et que nous retrouvons à la
dernière heure, après l'avoir soin eut
oubliée et perdue dans la \ ie, a été
doucement murmurée dans les ado
rabies grâces et les admirables sin
cérités île cette langue maternelle et
éternelle.
lin est-il une plus douce, plus ten
dre, plus harmonieuse, disant mieux
les sentiments «lu cuuir, les délica
tesses de l'esprit et les aspirations
«le l'âme ? Lui manquerait -il une no
te, ou une corde? Les poètes qui
l'ont chantée et la «•hantent, nom
breux et variés, pieux élus de l'ima
gination et «lu génie, l'auraiont-ils
trouvée incomplète, impuissante, ou
insensible? N'u-t elle point la nuan
ce, la limpidité, la profondeur et la
lumière? Son caloris, connue celui
des grands peintres, ne possède t il
pas ttiutesles merveilles de la beau
té et «le l'harmonie ; et si ses (leurs
terrestres sont parfumées, n'a t elle
point sur «'Ile tout l'azur des eieux
induis? l'ouvez-vous lui trouver un
coin sombre et un côté ténébreux ?
Elle sait murmurer, causer, prier,
chanter, s'indigner, s'attendrir, vi
brer et pleurer. Et ses pleurs, de
puis celles qu'un baiser essuie aux
joues «le l'entant, et qui sont la rosée
«l'un petit chagrin, jusqu'à celles «lu
père et «le lanière, «pii sont une
douleur pofonde et la douleur «le
l'inconsolable Rachel, parcourent
toute la gamme des sentiments hu
mains et divins. Elle sait aussi sou
rire et rire. Et comme elle sait ai
mer!
Oui, elle aime.
Et c'est là sa grande vertu parmi
les hommes et son grand mérite aux
yeux «le l)ieu. Aimer est tout.
Aussi, Lonisianais, «pie vous a-t
clle «loue fait ?
Elle ne vous a, certes, ni trahis
ni trompés. Ce n'est point une lan
gue perfide et inent.en.se, comme cel
le d'Ulysse. Elle est franche, enne
mie «lu mensonge et lumineuse en
sa clarté. Ainsi «pie l'honneur, elle
va «lroit an but. Si le latin, facile
ment grossier dans ses mots, brave
iinépnuémeiit l'honnêteté et la mora
le, la langue française, eu devenant
Impure, cesse immédiatement d'être
française. Ne le voyez-vous pas à la
rougeur (le votre Iront et à la confu
sion île votre conscience 1 Vous ne
pouvez la souiller sans qu'elle pro
teste, et si vous lui faites injure,
comme écrivain et, comme poëté, el
le vous châtie par le mépris et par
l'oubli. Il n'y a pas tie gloire vraie
et <1 il l'alite pour les auteurs qui
manquent «le chasteté. Ecoute-ton
les orateurs qui sont vulgaires, gros
siers et cyniques?
Nous n'avons «loue pas tort «le
«lire que la langue française est la
langue morale par excellence. Car
si vous vous permettez «le la souil
ler, la livrant sans respect aux ob
scénités îles «lieux païens et aux
caresses «les bacchantes folles, c'est
dans l'ombre et le mystère qu'il
vous faut la lire. Ht vos livres,
alors, sont-ils des livres? Les con
lieriez-vous a ceux ou a celles que
vous aimez et respectez? Il ne
faut point jeter «le fange sur la blan
clieur «les robes «le vierge.
Mais, Lonisianais, nous vous l«(
demandons une fois encore, que vous
a donc fait la langue «le vos pères et
«le vos mères?
Quand l«^s Américains, des An
glais par le sänget l'origine, sc sont
violemment détachés de Unière-pa
trio, trouvant I«! lien trop lourd et
a liberté très lionne, ils ont natu
relleinent conservé la langue «li
leurs pères et de leurs mères,qui était
la langue de leur génie.. Les colonies
grecques, près «le .'10(1 ans aupara
vant, avaient fait, la même chose.
Mais les villes d'Ionie, en continu
ant à parle! la langue d'Athènes et
d'Homère, se sont-elles amoindri«:
on déshonoréés devant la civilisa
et devant l'avenir? Car c'est parmi
elles, en grec, au milieu di's (.lentils
île I Evangile, «pie Paul prêcha tout
d'abord le christianisme «le la ré-1
deinjition et «lu salut.
Lonisianais, tronverioz-vous cette
langue trop difficile, et ne pouvez
vous point la parler correctement
et convenablement '
II.
Mais cette langue moderne-, plus
précieuse «pie les langues mortes,
n'est pas aussi «liflioilo qu'on se plait
;1 le crciic. Ceux «pii la (lisent, telle,
hérissée de difficultés et. inaccessi
ble à la foule, sont communément
les niait res d'école et les gens qui
élèvent leur valeur intellectuelle
et leur savoir pédagogique jusqu'à
la hauteur d'un participe passe ou
d'un imparfait du subjonctif.
Foin d'eux !
La pédagogie n'a. rien de commun
avec le génie «les langues.
An reste, une langue facile serait
une langue pauvre, primitive et suf
fisant aux besoins d'une civilisation
à peine ébauchée. Mais si vous êtes
une civilisation véritable et supé
ricure, si vous avez parcouru le cer
cle «les découvertes et «les connais
sauces humaines, si, connue lettres,
comme sciences et connue arts, vous
été:; à la tête «le la colonne et du
mouvement, vous «levez nécessai
rement posséder une langue cou for
me aux temps écoulés, aux (ou
vres faites et aux progrès accom
plis. Et cette langue est à la hau
tour «lr. vos destinées. Elle a mar
eil«; et grandi parallèlement à votre
civilisation. Dans la richesse de I'll
ne vous voyez la i ichesse de l'autre,
et. leur magnificence éclate on un
doiible rayonnement. Aussi, les dit'
tieultes vaincues, s'il y en a, sont
elles des ilitlicultés glorieuses. Mu
les .soumettant, vous faites acte «le
puissance et vous gravissez le soin
met supérieur. En bas, dans la con
fusion «le la foule, quelle langue
parlez-vous, et si vous avez le cri du
cieur, car le co'iir «>st partout, pos
sédez-vous le Iii il
qilendour «les va
e do l'idée et la
s horizons? Le
verbe «les conceptions étendues vous
innuque, ("est donc nux sommets
qu'il faut atteindre, eu liant, à la!
région des lointains lumineux et «les!
perspectives sublimes. S'il eu coûte
pour monter là.on se réjouit d'y être,
La pensée ne peut plus en doscen
die, « t c'est on vain que vous ohocho
riez lu révélation au-dessous «loin ré
gion supérieure «»t «'■datante. Ce qui
«•st vrai pour Moïse gravissant le
mont Sinuï, voyant l.i face «le l'Eter
nel et comprenant l'infini, est vrai
pour la langue. Le génie est en
haut.
Ne parlez «loue point de difficulté.
Ce serait là pitoyable raison d'in
souciant ou «le paresseux. Ne pas
pouvoir aiguille ne pas vouloir.
Et les Loiisianais craindraient ils
«le ne pouvoir parler correctement
et convenablement la langue de
leurs aïeux et «le leur pères?
Mais c'est là une crainte qu'il ne
leur est point permis d'avoir.
Nous ne savons pas si les Lonisia
nais sont orguenilleux, vaniteux 011
modestes, ou plutôt, comme les au
tres hommes, ils peuvent être tout
cela avec plus ou moins «le raison.
Il y n «les vertus et «les vices dans
tous les hommes et dans tous les
peuples. Mais le Louisiauàis, sans
lliitteric et eu toute vérité, parle gé
I nérulement le français avec une cor
rectiou parfaite et une élégance ra
re. il n'a point «l'accent. Ou le di
rait de Paris, ou mieux, de la Ton
raine. Ceux qui sont éclairés et let
très, et il y en a beaucoup, ont^té
élevés à bonne école. La France,
«laits ces cinquante dernières années,
a envoyé plus d'un savant profes
seur en ce pays. Le journalisme, le
théâtre, la tribune, ia chaire et le
salon ont si longtemps parlé le fran
çais à la Nouvelle-Orléans! Et,Ils
fe parlaient bien, avec pureté, « mis
accent,.assurément mieux que ceux
qui viennent des environs de Lour
des. Disons aussi que nombre de
Lonisianais, avocats et nmdecftis,
curieux et voyageurs, esprits élev« s
que lit science attire et que la beau
té séduit, ont été respirer l'air, le
j souffle et le génie «le la France elle
; même. Leur cceur, peu<laiit «les
j mois et «les années, a battu à l'unis
son de la ville éternelle. Nous «li
sons Paris. Kt n'auraient ils qu'une
i minute, une seule, senti sur eux
l'esprit «le cette merveilleuse cité
«les esprits, qu'ils en auraient gar
dé le vivant souvenir «'t l'ineffaea
ble trace. Il est «les baptêmes, ceux
auxquels prennent part la raison et
'a conscience, qui sont une initia
! tion dont le signe est indélébile.
Enfin, en dehors des lettrés, des
savants, «les professeurs, des jour
nalistes, «les médecins, des avocats
j et des prédicateurs, c'est-à-dire dans
le monde des bourgeois, des bouti -
quiers, des ouvriers, des paysans,
et de campagnards, la langue frail;
«•aise est communément parlée «l'une
façon convenable, indubitablement
! mieux qu'en Picardie, on liasse-lire
tagne, eu Auveigneon en Gascogne,
Alors, comment expliquer une an
tipathie contre laquelle protestent
le bon sens et l'intelligence?
"I.
Mais 1
ilairc suivante, que
nous venons «le recevoir, met. tout
naturellement lin à notre mélancolie
et condamne à propos notre amer
tume «le la semaine dernière.
Nous nous frappons la poitrine.
Miii culpa, maxima culpa!
Et nous nous réjouissons de tout
notre cieur — c.r iiuo pcclorc.
Dans un moment «le sombre hu
mour, alors qu'on voit tout on noir,
nous nous étions trompé.
La oiieulaireost de l'Athénée loui
sinnais. Mlle est signé«», par un co
mité composé de M .M. Sabin Martin,
A. Dupaquier et F. Tujagne, et
contresignée par Alfred Mercier, le
savant secrétaire perpétuel de l'A
thénée.
La voici :
en Louisian«
S'occuper de
ques, littéraires.
protégée.
Cette pensée,
de et qui répondait aux .sentiments
de nos populations franco-louisia
nuises, trouva, dès le début, dans
leur soin des échos sympathiques,
Los adhésions ne se liront point at
tondre. L'institution nouvelle vit
''L'Athénée, dans sa séance du
L'-l juillet, a, sur le rapport d'un co
mité nommé à cet effet, adopté l'ex
pose suivant comme résumant la
situation actuelle et les vues futures
«le l'institution.
L'Athénée Lonisianais entre dans
la troisième année de son existen
ce. La pensée «pu présida à sa fon
dation est exprimée par ces mots qti!
figurent en tète «le sa constitution:
Perpétuer la Langue Française
travaux strient i fi
artistiques, et les
qui comblait un vi
bien tût s'ajouter à ses douze fonda
teurs un groupe assez considérable
d'il. minies studieux et réfléchis, tous
animés du môme esprit, tous appor
tant, avec leurs diverses aptitudes,
un môme dévouement et une même
idée: —celled«! contribuer à mainte
nir «Inns ce pays, autrefois français,
l'usage de la langue française.
Tandis qu'autour de nous le pré
eieux concours do nos concitoyens
d'élite venait augmenter nos moyens
d'action, en France et dans d'autres
parties de l'Europe, des esprits dis
tiugués, dont quelques uns portent
ides noms connus dans les sciences
et la littérature, applaudissaient à
notre «envie et nous offraient leur
cooperation.
Nous avons en outre ouvert avec,
l'Egypte «les relations utiles, qui
nous ont permis d'introduire en
Louisiane une plante nouvelle qui
semble être appelée à un grand
avenir.
Enfin, notre agrégation à la socié
té d'Acclimatation de Paris, suive
nue «lès les premiers temps de no
tre fondation, fut une. flatteuse ap
préciation de nos efforts.
L'Athénée doit au dévouement «le
ses membres des travaux «h'-jà con
sidérables, embrassant dans leur en
semble une grande variété «le sujets
littéraires et scientifiques. Nos comp
tes rendus, publiés tons les deux
mois, forment, 1111 recueil «le seize
pages, grand format. Ils devraient
être plus volumineux! ils le devien
dront, dès que notre situation éco
nomique le permettra.
Pour donner à notre but princi
pal,—celui du maintien de la langue
française, — une forme pratique, nous
avons institué un concours littérai
re annuel, et la sélie de manuscrits
déjà, reçus, bien que la proclama
tion des lauréats n'ait lieu, cette an
née, qu'en «léc,ombre, prouve com
bien cette création a provoqué, par
mi nos concitoyens, d'émulation et
«l'empressement.
En résunlé, l'Athénée poursuit ré
solument et laborieusement son «eu
vre. Pénétré de l'utilité de ses tra
vaux, il avance d'un pas énergique
«laus la voie qu'il s'est tracée. D'ail
leurs, bien qu'encore au début de sa
carrière, notre Institution compte
(b'jà dans ses rangs «les éléments
«le force qui sont, à la fois, une ga
rantie «le vitalité et une promesse
de succès futur.
Mais sa mission ne saurait être
complète, ni son but, réel atteint, si
son action se bornait aux étroites
limites de la Louisiane, l'un (les
petits Etats «le l'Union-Américnine.
; Nous n'ignorons pas que cette an
cienne colonie française n'est pas la
seule contrée, dans le nouveau con
tinent, où la souche gauloise ait «les
rejetons, et où soit parlée la langue
de nos pères.
Le Canada, à lui seul, possède
quinze cent mille âmes «l'origine
française. Dans chaque grande vil
le «les Etats-Unis, cet clément est
représenté par un nombre plus ou
moins important. En supputant les
données statistiques, nous arrivons
au chiffre respectable de plus «le
deux millions de nos frères de race,
dispersés, par groupes pluson moins
considérables, sur le vaste territoire
do l'Amérique «lu Nord.
Mais, disséminés au loin et sans
cohésion entre eux, ces groupes dis
paraissent dans la masse des popu
lations américaines, marquent peu
dans la vie nationale, — excepté au
Canada, — et restent sans inHuence,
même dans les questions qui affec
tent leurs intérêts les plus eliers.
Notre, but serait «le suggérer une
entente, de créer an lien, de jeter un '
trait-d'union patriotique, entre tous !
ceux qui, ayant notre origine, par
tagent nos aspirations et nos ten
dances.
Comme moyen d'atteindre ce but,
noils proposons de relier par des
| rapports d'amitié, «les échanges de
journaux et. de productions scien
tifiques nu littéraires, les différents
centres de l'Amérique du Nord où
l'élément français, ou d'origine f'ran
cuise, présente un effectif de quel
. «pie importance.
Nous proposons,par Ml Jillhnu'e «1 o .
nos forces et une eonlisnîion de nos .
volontés, de combiner nos efforts et
de leur donner un objectif unique:—
la vulgarisation de la langue fran
çaise sur ce conti lient,en remployant
à lu diffusion des Connaissances
utiles.
Nous convions à cette tâche ceux
ipii, sur cette terre lointaine, ont I
; gardé «luns leur âme, avec le culte t
(le la mère-patrie, les légitimes fief
tés de leur oiigino; nous y convions ;
ceux qui se sentent au cn-nr celte j
virilité qui porte les peuples a re
sister à l'absorption de leur race; i
nous y convions, enfin, tous les es
prits éclairés qui, recherchant avant !
I tout le bien sous toutes ses formes, |
comprendront qu'à tous les points |
«le \ ne, notre entreprise est une !
' o'u vre de progrès et- d'intérêt gé
lierai. '
Nous mettons, dès ce jour, à l'étu- 1
nie cet important sujet, et nous j
. faisons appel aux lumières de tous. 1
E11 réclamant au soleil de la libre <
Amérique, une place pour notre j
l ingue, pour nos nuours, pour
l'esprit généreux et civilisateur de i
. la France, nous avons eu vue un
sujet sacré, devant lequel tout iioin
me de cieur s'incline: — perpétuer ;
dans nos foyers nos traditions ;
1 de famille et offrir il la mémoire de nos
j ancêtres lin témoignage de véné-j
I ration.
j C'est, un terrain sur lequel nous
pouvons tous nous rencontrer et
nous tondre la main, sans craindre i
des conflits d'opinion, ou de sérieu
ses divergences d'idées. '
D'ailleurs, pour éviter tout frois- 1
: soinent, les questions religieuses et i
politiques restent étrangères à j
nos débats. Nos règlements éear ;
teiit avec soin «le nos deliberations i
I tout sujet denature à passionnel ■'
nos collègues, sans profit pour no-1
tre mission, foute de concorde et de 1
patriotisme."
IV.
En proscrivant des débals les
questions religieuses et politiques,
«pii sont toujours brûlantes, l'A thé
née a fait prouve de sagesse.
Il s'en trouve bien, paroit-iL
Est-ce à dire qu'il 11e pens« point
! librement ?— E11 aucune façon. La
! science ne marche pas seule, «'t la
liberté de pensée raccompagne par
tout. Si vous n'aviez point cotte li
lierté «le conscience et la liberté d'ex
pression, vous resteriez immobiles
i et stationnaires. Mais il est bon.
j quand Fou veut constituer un groll
pe sérieux et durable, ayant une
mission de paix et de science, d'é
loigncr les questions «1e basse poli
tique et les absurdes problèmes qui
font la joie des théologastres. Se
noyer dans cette lie ou cette fange
serait ridicule. Et 'puis, comme cet
te patrie est celle du culte libre, de
l'autel volontaire et de là tolérance
précieuse, il ne faut point se livrer
aux «liscussious oiseuses ou dange
reuses «l'une politiipie sans grandeur
ou d'uiie boutique sans Dieu. S'il ne
convient guère an prêtre, qui doit
prier et prêcher l'évangile, «le faire
«le mauvaise prose en l'honneur «le
petits personnages, il ne sied point
an savant, qui poursuit son œuvre
et son but, «1e perdre son temps aux
sornettes et aux billevesées d'une
théologie Crelise et vide. La science
se contente «le dire, et les hommes
concilient. Je ne dois pas même
me donner la peilie, quand Galilée
a parlé et prouvé, de constater que
Josué n'a fait aucun miracle en arrê
tant le soleil sur Gabaon et la lune
sur la vallée d'Ajalou, le tout pour
tailler en pièces cinq rôitclets amor
rhéens, dont l'un se nommait Hé
gloii. Et que me fait, je vous prie,
votre prétention à l'infaillibilé, et
n'ai je point la certitude que vous
mangez, buvez, dormez, souffrez,
péchez et mourez comme le commun
des hommes? Ai-je donc besoin, irri
té ou railleur, «le protester contre la
singularité «le vos croyances et «le
vos dogmes? Il vaut mieux, si cela
vous fait plaisir, que je vous admire
et «jue j'aie l'air «le vous trouver
raisonnables. Au reste, comme nous
avons tous plus ou moins les habi
tudes de nos mères, nous nous de
vons bien ce respect mutuel. Mais,
pas d'intolérance, pas de violence et
par de persécution! Pursaader est
bon, persécuter est atroce. Ignorons
nous que lu croyance politique et
la croyance religieuse d'un hom
me tiennent à bien peu de cho
se? C'est avec la plus bienveillante
des philosophies qu'il faut examiner
questions. Car le hasard «le la
' naissance, et du lieu n'est pas toii
! jours corrigé par l'intelligence «le
l'éducation; et si mon père est un
aristocrate, ma patiie un despotis
me, il est presque certain quej'att
rai leurs vices ou leurs vertus. Je
dois le plus communément mes sen
timents politiques à Un accident d'ori
gine et de milieu. Ayant rt -çu le jour
en Angleterre, pus très loin du pa
lais de Westminster, il y a gros à
parier que j'aimerai la reine Victo
ria et la monarchie constitutionnel
le. Mais si ma mère ont été une
. Kcossaise du sièolo dernier, ji' n'.-iu*
. rais point, selon toute probabilité,
porté les longues culottes du dix
neuvième siècle. A Limerick, ville
des hameçons (1e première qualité,
je suis Paddy et m'en honore. En
Gascogne, si j'abjure Henri IVjifmr
Vempcrure , je me confonds. Mais il
serait fort ridicule à un Américain
I de 11e point aimer la liberté, la «léiuo
t cratie et lu république, onde leur
préférer le despotisme du sabre, ta
; théocratie du prêtre et l'avilissement
j des servitudes. Ne soyons pas, non
plus, trop fiers de nos titres de in
i ce et de classe. 11 on est de même en
religion. Notre foi est rarement ilé
! terminé pur notre volonté et notre
| choix, il y a plus d'un siècle «pie
| Voltaire a mis cette vérité dans la
! bouche d'une «le ses héroïnes les
plus intéressantes: "Musulmaneen
' «es lietix, chrétienne dans Paris." Et
1 pour continuer: "Protestante à Bos
j ton." La latitude est pour quelque
1 chose dans la croyance des gens et
< des peuples, «-t tel est catholique à
j Homo, bon catholique, «pii aurait
Certainement adoré d'autres dieux
i sur la bords du Gange 011 derrière
les murailles de la Chine. Felicitous
nous de n'être point nés «»ti Afrique,
; au Gabon et sur les bonis du Zaïre.
; Noirs comme de la suie, quelles
drôles «le bêtes n'ailiions-iious point
adorées, et n'aurions nous paso.on
un les festins de chair humaine ? L
pensée seule fait frémir. Loyola. 11;
tif de Tombouetou", au lieu de l'être
i «le Lovola, n'aurait jamais écrit ses 1
au profit de la papau
' té. I-Itsi les lieux sont «quelque clio
1 se, les temps ne seraient ils rien?
i Nous avons toujours pensé, sauf or
j reur excusable, que si Alexandre
; lîorgia fut né avant fore olirétien
i ne, en Propontiile ou dans la Clier
■' sonèse cimbriqne, il n'aurait point
porté la tiare pontificale, niais n'en
1 aurait pas moins été l'un des plus
j odieux scélérats de son pays etile
son temps. Platon, Venant an lie.
i siècle, aurait sans doute été pape,
mais sans revendiquer la couronne
i «lu pouvoir temporel.
Soyons donc tolérants et philoso
phes.
Si votre Dienest meilleur «pie le
mien, prouvez-le autrement que par
la persecution et le bûcher.
Et....
I
i
^
!
1
'
j
\
■ «le parler de langue fracaise, d'A
fhénée, de religion ei «le plusieurs
[ autres choses, pourquoi ne nous
I
Et puisque nous sommes on train
permettrions-nous pas la citatioa
suivante!
Carie morceau est écrit en fran
çais, et en fort bon fratloflis.
Il est frappant «l'actualité et beail
«le vérité.
En le reproduisant par droit et
par devoir, nous répondons aux sot
tes calomnies et aux injurieuses ac
cusations que certains cuistres se
plaisent trop souvent à diriger con
tre noits.
E11 pins, s'il est quelques malheu
reux dégobillant Ieùrs phrases la
tines et leur grossièretés cléricales
dans un journalisme île bas étage
et, «le bas français, oubliant qu'on
descend point «les hauteurs
de la chaire évailg«'Iiqite pour
s'engueuler daiis la rite et faire
le cou/» de poing dans ie ruisseau,
il est aussi «te nobles prêtres qui
parlent une belle langue chrétienne
et rappellent à l'ordre, à lit décence
et à l'apostolat ceux qui seraient;
tentés de s'en éloigner;
La lettre pastorale est signée Ji
M. Millet, V. G., et datée «le la
Nouvelle-Orléans.
V. G. signifie vicaire géiiéfat.
Car l'archevêqile Perché, préseii»
tement 011 tournée pastorale, est
éloigné «le son siège diocésàiii.
En voici «lonc une partie:
"Les hommes honorables «lui sont
aujourd'hui à la tête «le la noble so
ciété Howard, témoignent qu'elle
n'est pas déchue de ses vieilles tra
ditions.
Kien n'est plus aisé qiie «le criti
quer les hommes «le bien qui se char
gent des offices «le la charité publi
«pie. On peut les accuser, sîrion do
malversation, du moiiis de partiali
té; On périt letii' reprocher «l'avoir,
contrairement à leur programmé,
des préférences pour leurs amis, et
un dédain volontaire à l'égard «les
plus nécessiteux. Mais il n'est attén
ue institution,si parfaite qu'elle soit,
qui échappe nux plaintes et, aux ac
cusations. Les âecnsatioils et les
plaintes sont presque toujours in
justesj ét encore qu 'elles fussent
accidentellement vraies, faudrait-il
décrier et détruire l'institution, à
cause «les imperfections humaines
qui lui sont inhérentes? On devrait
alors tout décrier et tout détruire
ici-bas.
1 1 1 • , . ,.
<U ' ma . nrtor :i S0S «l»«-'"«»
J'ai entendu fbrmnleruneautre,ob
jection contre l'Association Howard.
C'est qu'un bon nombre «les homines
qui la composent, sont séparés, par
leurs croyances, «le l'unité catholi
que. J'aimerais mieux qu'il eu fût
autrement; j'aimerais mieux que
tous nos concitoyens appartinssent
à la véritable Eglise; et, cepen
dant, j'avoue «jiie c:e qui semble
être un sujet de scandale pour qiml
ques personnes, est, ce qui me touche
le plus. Oui, dans cette métropole
du Sud, qui est aussi la métropole
de la bienfaisance et «le la charité,
je suis touché du spectacle «la ces
hommes de bien «pii, sans esprit de
secte et sans distinction de croy
ance, s'unissent et s'entendent, aiix
jours des grandes calamités publi
ques, pour soulager le moribond
sur son grabat, et donner le pain
quotidien à la veuve et à l'orphelin.
Mgr Mermiliod, l'illustre évêqué
de Genève, n'étant que simple mis
sionnaire, tut invité à, prêcher à Pa
ris, 1111 sermon «1«; charité on faveur
«le l'Irlande affamée. Comme il
descendait de chaire, tout, pante
lant d'éloquence, un ouvrier on blou
se l'arrête et dit : "Monsieur l'Ab
bé Je suis pauvre, je n'ai pas un
sou à vous donner, mais voilà tua
montre." — Le missionnaire répond:
"Mon ami. je vous,admire, mais je
n'accepterai pas votre montre ; vous
en avez besoin pour régler les heu
res «le votre journée.'' — "Monsieur
l'Abbé, riMioud l'artisan, quand un
peuple a faim, 011 n'a pas besoin de
savoir l'heure."
Eh bien, je «lirai aussi, par analo
I gie, que lorsqu'un peuple a faim, et
i qu'il est décimé par Une horibleépi
«iéinie, on n'a pas besoin, polir le
soulagée, «le savoir à quelle religion
il appartient. On n'il pas besoin de
assurément
I sont leurs croyances."
Ces paroles sont
vraies et belles.
Nous en concluons aussi que io
dévouement et la charité ne sont
pas le monopole et le privilège «l'une
Eglise plutôt que «l'une autre.
Mais que «lire encore?
VI.
Que dire encore ?
l'entrons dans notre sùjut, si tou
tefois nous en sommes momentané
ment sortis. Ce que nous ne croyotis
pas. Car la circulaire «le l'Athénée,
lonisianais et la lettre, pastorale «lu
vicaire général Millet sont écrites
en fort bon français. Elle soilt mê
me, comme langage «»t Comme styl«»,
line évidence de la beauté de l'iilin
itie et «le la civilisation «pie nous dé
fendons.
Et l'Atliéné Lonisianais 11e se
trompe point, «lisant: "Le Canada,
a lui sotll. possédé quinze cent nul
le âmes d'origine française.''
Toute une nation, la -fruité Fi atur!

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