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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, September 28, 1878, Image 1

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L. S. ü.
Library
Baton Rmi|9'
La.
JOURNAL POLITIQUE, LITTERAIRE ET CAMPAGNARD
VOL. XIV.
PAROISSE ST. JACQUES , LOUISIANE, SAMEDI 28 SEPTEMBRE , 1878.
NO. 48.
S e ioMSIANAïS.
JOURNAL OFFICIEZ.
—DE LA—
Paroisse; St. Jacques.
rVnUK CHAQUE SAMIÎDI DANS I.A
Paroisse St. Jacques,
Couvent I*. 0.;
Louisiane.
J. OENTIL,
EDITEUR ET REDACTEUR.
Abonnement:
$5,00 PAR ANNEE.
PAYABLE D'AVANCE.
PRIX DES ANNONCES:
i\ar carré do 10 lignes, ou moinB, pre
mière insertion . ... h $1,00.
Par carré <lo chaque publication sub
séquente 75.
Les coininiiniqnés de nature, personnelle
les avis & l'année se régleront de gré à
gré avec l'éditeur.
AGENTS DU LOUISIANAS.
Nouvelle-Orléans:— A.C. Romain,Tchou
pitoulas St., l\ T o. 15.
St.-Jacques, St.-Jean-Baptiste, Iberville,
Assomption et Ascension: —Just Comes,
Donaldsonvillc.
Lafayette, Attakapas: — Edouard K. Mou
ton.
Nouvelle-] b^rie: —
Vacherie: — Morris Feitel.
JUIFS MAUDITS.
I.
Oui, Juifs maudits !
Cur il parait que ce poupin, qui
fut cependant le peuple de Dieu,
comme lions le savons tous, a été
jadis maudit entre tous les peuples
de la term.
lit le moyen Age, dont nous cou
naissons la puissante et redoutable
théocratie, a certainement justifié
«■et I e grande malédiction par une
longue persécution.
list il même nécessaire de dire
que li s temps-modernes, moins som
bres et moins féroces, mais non dé
livrés île servitude et d'injustice,
n'ont pu se dégager complètement
de ce dogme de malediction, et qu'il
a fallu tonte la philosophic et tout
l'héroïsme de la l'évolution françai
se pour fouler aux pieds cette
croyance ou ce préjugé d'un peu
pie maudit, d'une race maudite
et d'hommes maudits à travers les
temps et les générations ?
Car c'est lu Révolution française,
généreuse entre toutes, vraiment
chrétienne et véritablement humai
ne, (pii a proclamé dans le inonde le
dogme souverain de la liberté, de
la justice et de la vie.
jille a restitué à tous les hommes
leurs titres, leurs droits et leur di
gnité.
Jille ne s'est pascoutentée d'abat
tre la féodalité, d'atl'ranchir le sert,
de briser le chevalet et d'abolir la
torture; mais elle a encore, sortant
du cercle politique et s'elevant aux
hauteurs d'un affranchissement su
prême, embrassé la race humaine
tout entière dans sa pensée de déli
vrance, de rédemption et de frater
nité. Ello a vu au-dessus de la Fran
ce et au-delà d'un peuple. L'huma
nité fut son but. lit c'est pour cela
qu'elle sera éternellement grande
dans les temps et dans la reconnais
sance des hommes, lit c'est pour cela
qu'il n'est aucun peuple sur la terre
«pli ne lui doive son salut, aucune
nation qui ne procède d'elle, aucune
race, blanche, jaune ou noire, qui
n'ait à lu bénir pour les choses qu'el
le a faites.
Oui, le noir lui-même peut la bé
nir.
Car ce noir, libre aujourd'hui, l'est
en vertu de la Révolution française,
et s'il veut connaître ses véritables
libérateurs, il doit s'adresser à ceux
qui ont jadis prononcé ces admira
bles paroles de vérité et de justice:
"Périssent les colonies plutôt qu'un
principe!"
Ce principe, nous le savons, était
celui de la liberté dans les noirs eux
mêmes, — et ce principe, sans excep
tions et sans calculs, absolu comme
un dogme, subordonnant toutes les
politiques et tous les intérêts à sa
souveiaineté, n'admettait ni serfs,
ni esclaves, ni hommes maudits, ni
races asservies, ni générations con
damnées, vendues et flétries pour
l'éternité.
Il donnait un droit à tous, une
âme à tous. La peau n'était point
son signe et la couleur son titre. Il
s 'inclinait devant la conscience, qui
estdivino et qui est inviolable, liien
plus, il plaçait le droit tellement
haut et la conscience dans une telle
lumière et une telle responsabilité,
qu'il mettait le devoir au sommet
de la vie. Le devoir est l'homme et le
devoir est la liberté. C'est lui qui
affirme tout et sanctionne tout. Sa
suppression serait la suppression de
la vie et le consentement de l'escla
vage. Le devoir est la face éclatante
du droit, et quand il se manifeste par
la grandeur des œuvres, soit dans
un homme soit dans un peuple,
croyez bien et voyez bien que cet
homme est souverainement libre et
que ce peuple est le premier. Mais
sachez bien aussi que le plus incon
testable des droits, même celui de
s'appartenir, se perd inévitablement
dans l'oubli on le inépris (lu devoir.
Ceux qui sontesclaveslesont parleur
volonté. Le devient ou jamais quand
on a la conscience de soi-même et le
sentiment du devoir? lit si les noirs,
pour ne parler que d'eux, ont jadis
été achetés comme un troupeau de
misérables, ne doit-on pas leur re
procher de s'être vendus eux-mê
mes? A vrai dire, il n'est pas absolu
ment besoin d'être noir pour être
esclave, et les hommes (les autres
races ont également connu l'escla
vage. En sont ils même absolu
ment délivrés! Il y a encore bien
des servitudes dans le monde. La
théocratie remue toujours, la royau
té n'est, point complètement brisée,les
institutions humaines sont loin d'ê
tre parfaites, et nous avons besoin
de plus d'un siècle pour emporter
et effacer les préjugés, les iniquités,
les snrperstitious, les mensonges et
les erreurs qui voilent la face de la
vérité, obscurcissent la conscience
et jettent leur ombre et leurs ténè-'
lires dans la voie de la raison, de la
liberté et de la justice.
Mais l'humanité ne rétrogradera
pas.
C'est en avant qu'elle marche, et
sans qu'il soit possible au passé de
la sortir de son chemin et de l'éga
rer aux sentiers tortueux (le la sor
vitude et de la honte. Car son che
min est tracé, jalonné et visible.
Car le but est découvert et lumi
neux. Car ello a pour son voyage
les porisions, les armes et les ins
truments nécessaires à la route. l'I
le peut tout an plus craindre quel
ques accidents imprévus et sans
gravité, l'a temps d'arrêt, qui serait
un moment de repos, ne rendormi
rait point dans l'inaction et dans l'im
puissance. N'est-ello pas désormais
trop vigoureuse et trop robuste pour
succomber misérablement à une sur
prise, à une embûche ou à une défail
lance '!
lille no reculera pas.
M'a I elle point la Révolution
française derrière elle ?
II.
Mais si le noir, le plus maudit des
êtres humains, a été proclamé libre
par la Révolution française, et s'il
lui doit son affranchissement et sa
reconnaissance, le Juif, lui aussi, le
maudit et le proscrit du moyen âge.
«■••lui qui n'avait ni patrie ni amis,
l'homme condamné à toutes les inju
res, à tontes les brutalités et à toutes
les persécutions d'un préjugé féroce
et sans ent railles,pour (pli l'iispagno
eut l'horrible luxe de l'Inquisition
et l'Europe des fourches patibulai
res en tous ses chemins, le ,Iuif, di
sons-nous, n'est il pas l'affranchi de
de cette Révolution française, et s'il
a du souvenir et de la reconnaissan
ce, no doit-il pas la respecter, la bé
nir et. l'aimer à l'égal de son premier
libérateur Moïse ?
Car c'est bien elle qui lui a rele
vé le trout, l'âme et la.conscience.
Car c'est bien elle qui lui a don-'
lié une patrie et des frères.
Car c'est bien elle, juste, miséri
cordieuse'et grande, qui a levé la
malédiction qui pesait sur sa tête
réprouvée, courbée et misérable en
tre toutes.
lit vous savez bien que cette ma
lédiction, dont il nous reste encore
la légende, dans Isaac Laquedom,
fut la croyance et le dogme du moy
en âge tout entier, voire niémed'une
partie des temps modernes; que,
tous les peuples, en méprisant, en
maudissant et en proscrivant,
ont cru faire acte de religion et d'o
béissance: que le monde musulman
et le monde catholique ont partagé
le même préjugé, la même haine et
la même injustice sanglante; que
les protestants eux-mêmes, après
Lutheret Calvin, n'ont jamais élevé
leur doctrine et leurs cieurs au-des
sus de cette impiété populaire et de
cette excommunication criminelle.
Au dix huitième siècle, avant que
la grande Révolution française fît
entendre sa voix (ledélivrance et de
rédemption, le juif était un lépreux,
un paria et un maudit. Il n'y avait
point do lois pour lui. On le pendait
et on le brûlait. Nos villes européen
nes, aujourd'hui encore, ont toutes
une rue sombre, la ruedos Juifs, cel
le où l'on parquait les entants d'Is
raël, et dont les extrémités, au so
leil couchant, se fermaient avec des
chaînes, lit le Ghiutto de Rome,
visible encore et ténébreux ? Car
Home, belle certainement, n'a pas
tous ses temps et tous ses côtés lu
mineux.
Oui, le Juif fut bien véritablement
maudit dans la pensée des hommes
et pendant dix-huit siècles. Ht cet
te malédiction, qui est celle de l'igno
raucc et non de Dieu, a pesé sur sa
tête de tout le poids d'une iniquité'
formidable et redoutable. N'en reste
t il pas même (les vestiges? L'Es-,
pagne, l'Allemagne l'Autriche et la
Russie peuvent-elles se dire affran
chies? Les Masulmaus, ces bâtards
(le Moïse et du Coran, ne se donnent
ils pas le luxe de mépriser et de
maltraiter les fils d'Israël! Hier en
core, à Berlin, quand les empereurs
voraces et les reines gourmandes
se disputaient et se partagaient les
membres sanglants de la Turquie
vaincue, est-ce (pie la France, tou
jours la même et toujours généreuse,
n'a pas dû faire entendre sa voix
chrétienne et humaine en faveur des
Juifs oubliés, des Juifs méprisés, des
■luits dont nul ne défendait les titre#,
les droits et la vie! Car la France
aura éternellement l'admirable ver
tu de protéger les faibles, les oppri
més et les proscrits. La France est
du côté des victimes contre les bour
reaux. La France est avec les peu
ples contre les rois. La France, non
à tort nommée le snlrlnl de Dieu, est
la liberté. Aucune nation n'est plus
émiiieuimeiitchrétienne quo la Fran
ce. Son christianisme, qui embrasse
le monde, qui ne voit, point d'enne
mis au-delà des frontières, qui fra
ternise toutes les questions politi
(pies et tous les problèmes sociaux,
s'est irrévocablement, affirmé dans
cette grande maudite des rois, des
prêtres et des despotismes qui s'ap
polle dn nom glorieux et (lu nom
éternel de Herniation française.
Aussi, quand certains homines,
petits comme lions, encore plus ri
dicules qu'ingrats, ramassent de
leurs mains plébéiennes de la pous
sière, des injures et des cailloux qu'
ils jettent à la face delà libératrice,
nous devons avoir une profonde pi
tié pour ces hommes. 11 no savent
point ce qu'ils font. Tout parricide,
avant d'être un crime, est une folio.
lit vous aussi, myopes d'un clé
ricalisme vraiment peu roi'
vous avez tort d'injurier V
Rousseau et 1:
X VI 1 le. siècle. Carc.es hommes et
cet te philophie ont été les précur
seurs de l'affranchissement moder
ne. Vous leur devez la liberté, la
tolérance et, la conscience. Ils n'ont
point renversé ce qui était bon et
vrai. »S'ils ont fait des ruines, c'est
avec le préjugé,lu surperstition,l'in
tolérance et le fanatisme. lin seriez
vous fâchés, et vous déplairait-il
que. la pensée fût libre, la religion
volontaire et la foi coiicioncicuse et
respectée? Faut-il regretter l'iaqui
siton et le bûcher? list-il a déplorer
qu'une Sf. linrthélcmy soit désor
mais impossible! Quant au Juif, en
core plus persécuté que le philoso
phe, le protestant et le savant, mais
homme et citoyen de nos jours, sou
vent très haut placé dans la hiérar
chie politique et sociale, aurait-il le
droit, par la bouche de Crémieux
ou d'un autre,de prononcer raca con
tre la Révolution française qui n'a
oublié ni hommes, ni peuples, ni ra
ces dans la magnifique générosité
de ses principes et l'admirable hé
roïsme de ses œuvres?
Nous ne le pensons pus.
gieux,
Itaire,
e du
lit personne ne le pense, pas
me celui qui rainasse de la poussière. !
lit vous savez bien qu'il y aqnaran
te mille prêtres en Franco, plébéiens
ou fils du peuple, comme aussi fid
les serviteurs de Dienet l'livangüo,
qui bénissent au fond de leur cœur
la souveraine miséricordieuse qui a
racheté leurs pères, leurs mères et
leurs sœurs. Que s'ils aiment Rome,
ils aiment aussi la France. Leur gal
licanisme n'est point de l'impiété,
et vous leur persuaderez difficile
ment, même avec la théologie, que
rultraniontanismo et le temporalis
me des papes se trou vent dans l'é
vangile du divin Maître, lit com
me ils u'on point été appelés à dé
créter l'infaillibilité du pontife, ni
même à se prononcer sur ce dogme,
étant la milice qu'on ne consulte
pas, ils se contentent d'obéir. Mais
ils ont, eux aussi, leur conscience,et
vous ne les entendrez point, louan
geurs des temps passés, attaquer
l'œuvre impérissable et juste
I i
quelle nombre d'entre eux ont. no
bletne.it coopéré. Crégoire n'est pas
un monstre pour eux.
III.
Cette révolution, on vérité, par la
grandeur de ses principes et son ca
ractère d'universalité, par la puis
sauce de ses faits et l'étendue de ses ]
conséquence, il a rien qui lui soit j
comparable dans les temps et dans
l'histoire.
Elle est unique.
A son jour, (pie nous connaissons
et que nous honorons, qui est une
date solennelle dans la vie de l'hu
manité, elle a résumé dans un
splendide et lumineux programme
les progrès, les vérités et les justi
ces de tous les temps accomplis, de
toutes les générations passées et de
tousles héroïsines humains. C'est un
total, ou mieux un sommet. Nous
ne blasphémons point on disant que
le christianisme est en elle, à'son
front, même quand elle lance la fou
=F
dre.
A quelle autre révolution pour
riez-vous donc la comparer!
La révolution allemande, celle de
Luther, fut purement religieuse
et protestante. Elle se lit avec
des moines contre des moines et
F>ar des textes contre des textes.
C'est colle des lettrés, des ergoteurs
Jit des théologieus. Si les rois y ont
pris part, c'est sans conscience, et
si le peuple en a ramassé les bribes,
c'est par hasard. La grande éman
cipation des esprits n'était point en
elle. Son vrai nom est Réforme.
! * Pour la révolution anglaise, elle
ifut purement anglaise. Son action
♦'été circonscrite et bornée. Les pu
ritains, les têtes rondes et Cromwell
'-»•Un.ême n'ont rien qui domine une
époque et qui domine les temps. Et
quand les Anglais décapitent leur
roi, on voit bien (pie c'est un hom
me qu'ils décapitent, et non la ro
yauté. Leur Henri VIII, un révolu
tionnaire inconscient et absurde, est
une assez triste figure.
Quant à la révolution américai
ne, on sait qu'elle a été po
litique, américaine, d'une colonie qui
se révolte contre la mère-patrie, et
d'une colonie qui veut devenir un
peuple. Nous ne voulons pas l'abais
ser, elle, fut belle et bonne, nous de
vous (lire aussi que la France, poli
tiquement par le cabinet de Ver
sailles, héroïquement par Lafayette
et ses compagnons d'armes, l'a af
franchie et baptisée. Mais elle s'est
faite au nom d'une rébellion ordi
naire, en vertu de droits connus
méconnus, et sans autre idéal que
l'indépendance d'une colonie et une
constitution anglaise. Il a fallu des
armes pour l'accomplir, bien trem
pées sans doute et patriotiques,
mais dont le modèle était ancien.
La distance, en plus, l'a aidée et
l'Océan la favorisa. Mais si elle a
pris par sa constitution un caractè
re vraiment moderne et supérieur,
n'ayant du reste à combattre ni
classes, ni castes, ni sacerdoces, à
peine un puritanisme, ébréché au
contact de tous les cultes, c'est qu'
elle fut véritablement, par ses deux
premiers grands hommes, ses deux
grands inspirateurs, la fille directe
et philosophique de la France. Sa
démocratie rationaliste est françai
se, touche à Rousseau, touche, à
Voltaire, touche à l'Encyclopédie.
Il no faut point chercher ses origi
nes ailleurs, ("est la qu'elle trouva,
à côté: île la liberté, près de la raison
et du droit, les principes de l'égali
té. Aussi, si vous lui enlevez'Fran
klin et Jett'orsoi:, tout en lui laissant
l'honnête Washington, savez vous
bien â quoi aurait abouti la révolu
tiou américaine? Iîien plus, pour
être de notre temps et en parler, si
les Américaines de ce dix-neuviè
me siècle, qui lie comptent que cent
ans,sortaient des doctrines de Fran
klin et de Jefferson pour se lancer
dans les théories de la centralisa
sat ion, du militarisme ou autre cho
se, ils verraient bientôt cette démo
cratie tomber dans le néant des cho
ses mortes.
lit nous voyons un point sombre
à l'horizon.
Ce n'est qu'un point sans doute,
mais il est dans le ciel, et les marins
nous disent de lions en méfier. Il ne
tant qu'une minute pour qu'il gros
isse, éclate et devienne une horri
ble tempête. 11 est religieux, c'est-à
dire dangereux. Le voici:
"Dans le Connecticut, l'Etat des
blue laws, la lecture de la Iîible
dans les écoles publiques a été vo
tée à une majorité de 2900 voix."
Laquelle Bible?
;
!
j
I
Est-ce celle desllébreux, incomplè
te selon les catholiques et les pro
testants? list-ce celle des catholi
ques, trop complète et. surchargée
selon les protestants et les
Hébreux ? Est-ce enfin celle des
protestants eux-mêmes, mal tra
duite, écourtéc ou allongée selon Jes
Ilébreux et les catholiques?
Et pouvez vous lire aux enfants,
garçons et ii ies, tout ce que la Bi
ble contient, comme aussi en expli
qner certains passages qui disent
les mœurs, les vices ot les crimes
. , ., ,. , ,,
d,,s ,( ' ln l >s » (o ne serait
I? 0 !» 1 , lncmll \ ! ,l l >a ,S' es <1" 011
doit fermer a lœil de 1 enfance pour
l'histoire voyez-vous,
d'ordures et de turpitud
ne point souiller l'enfance. 11 faut
être homme pour lire l'Ancien Tes
tament. Car si l'Ancien Testament
est la loi, il est aussi l'histoire; et
son côté
. L'homme
seul, en lisant le châtiment, en vo
vaut tomber le feu du ciel et do la
destruction stir les villes maudites,
i le droit dedemander le pourquoi de
cette malédiction, de ce châtiment
et de ce feu. Savez-vous même s'il
ne serait pas bon qu'il ignorât! lit
quand vous lisez l'histoire (le la
Grèce, qui n'est pourtant pas sa
crée, vous n'y lisez point les choses
qui font rougir. Voyons ce qui est
beau, voilons ce qui est laid. Mais
le Livre sacré n'admet fias la sup
pression ou le rejet. C'est le Livre
des consciences éclairées. Bien plus, j
en se plaçant au point de vue véri
tablement religieux, vous lie pouvez j
admettre qne le livre des croyances
et des dogmes, qui est saint entre
tous, qui appartient au prêtre, au
ministre et au rabbin seuls, puisque
ces hommes seuls possèdent un ca
ractère sacerdotal,soit confié comme
enseignement à des individus qui
n'ont aucune mission religieuse et
dont l'unique devoir est de faire de
l'instruction selon la science et do
l'éducation selon la morale. Nous
ne devons vouloir pour l'enseigne
ment religieux de nos enfants que
des ministres et des prêtres autori
sés. Et l'église, le temple et la
synagogue, du reste, sont à côté de
l'école. 11 y a entre eux un rappro
chement intime. Mais l'église, qui
est multiple dans ses sectes, ne peut
avoir la direction de l'école, et l'éco
le, qui est publique, c'est-à-dire ou
verte à tous et dirigée par l'Etat,
n'a aucun droit sur l'église. Les
deux cloches, bien que sonnant le
même son, ne sont pas la même
cloche. Les fondre en une seule se
rait dangereux. Vous n'obtiendriez
pas une cloche de paix, de concor
de et d'alliance. Il en sortirait plu
tôt dos canons.
Non, pas de Bible dans l'école!
Si vous la portez dans l'école,vous
la livrez à la discussion, à l'examen,
à la controverse, au commentaire
et à la profanation. L'école n'est
pas sa place. Ce n'est pas la Bible
qui sanctifierait l'école mais l'école
qui profanerait la Bible. Et
nous vous répétons que vous en
avez trois, que le choix de
l'une d'elles est difficile, au be
soin, qu'il n'y a pas que des catho
liques, des protestants et des Juifs
dans cette république de l'Eglise et
de l'Etat irrévocablement séparés.
Nos pères furent sages, notre Cons
titution est bonne, et il serait dan
gereux de contredire nos pères et
de mépriser le philosophique esprit
de la Constitution.
Craignons les révolutions qui
tournent la face au passé et le dos
à l'avenir.
j
j
IV.
Mais, conformément à, notre très
; peu louable habitude, ne nous se
! rions-nous pas quelque peu éloigné
j de notre titre et de notre sujet?
! Pas précisément.
I L'exorde a été long et détour
! né. voilà tout.
Mais telle est, notre proposition,
j déjà indirectement prouvée, ou
mieux notre série de propositions
I et (le faits:
j Dans ces temps do deuil et de ca
: Limité presque générale, quand la
mort frappe à droite et frappe à
j gauche, lorsque l'épidémie lâche et
j cruelle, horrible aussi, ne peut être
I combattue, et faiblement encore,
que par le courage, le dévouement
et le sacrifice, il nous faut dire bien
haut que le peuple des Etats-Unis,
Nord et Sud, Est ot. Ouest, a fait
preuve des vertus qui honorent l'hu
manité et la civilisation. Il a un
grand cœur, et bien placé. Vous
ue trouveriez pas d'exceptions. La
charité et la générosité, ont été
générales, et dans tous. Pas
une ville qui soit restée muet
te ou insensible. Los pauvres
ont oublié qu'ils l'étaient, ot les ri
ches se sont souvenus qu'ils étaient
riches. Le malheur, plus instructif
ipic le bonheur, a fait fleurir une
fois (le plus cette belle fleur du ciel
qu'on nomme la charité, et qui est la
solidarité. Protestants, catholiques,
O ld Fellows, francs-maçons, clubs,
corporations,confréries, sociétés lit
téraires, cercles, &e. tous ont de
vancé l'appel. Et ils ne se sont préoc
cupés, dans cette œuvre sainte, ni
de leurs autels, ni de leurs dieux, ni
de leurs doctrines, ni de leurs philo
sophies. Ils communiaient dans le
même sentiment de fraternité et
dans la même pensée de secours.
Si l'on pouvait compter les héros de
cette bataille sans gloire, car elle
ne connaît point de généraux, ils
seraient innombrables. La terre en
couvre déjà des centaines, qui fu
rent prêtres, ministres, médecins,
sieurs, infirmiers et inconnus.
Mais l'on nous dit — et c'est vrai —
qu'à cette heure de calamité et de
dévouaient général, [les Juifs de la
malédiction antique ont été géné
reux, courageux et chrétiens entre
tous. Ils ont donné sans compter,
sans qu'on leur demandât, prenant
eux-mêmes une noble initiative. Ils
donnent, encore.
lit pourquoi tout cela?
L'espèce humaine, on Amérique,
aux Etats-Unis, vaudrait-elle mieux
qu'ailleurs! Est-ce que les Saxons,
race dure pourtant, auraient des
heures de tendresse éloquente et su
périeure! En touchant ce sol, qui est
celui de la liberté, de l'accueil, du
travail, où l'on ne maudit point,
où l'on ne proscrit pas, où l'hom
me, plus qne partout, est le fils
de ses œuvres, est-ce que nous sen
tirions grandir en nous certaines
vertus mutilées ou coin primées dans
un milieu trop plein, dans des villes
trop sombres et sous nu gouverne
ment trop despotique?
Peut, être bien.
La liberté est bonne, et ses vertus
sont précieuses et nombreuses. Bé
nissons-la. Elle vient do Dieu. C'est
la révélation de la conscience et du
devoir. Saiiselle,saiis saresponsabîli- .
té, le mal et le bien marcheraient
dans les mêmes ténèbres et dans la
même obscurité. L'homme, sans elle,
perdrait son titre et son caractère
d'homme. On n'est plus homme
quand on est esclave.
Oui, bénissons la liberté de cons
cience et la liberté de culte. N'oubli
ons pas. non plus, la liberté politique,
qui est un corollaire. Mais la con
science domine, le culte vient après
et le gouvernement démocratique
sauvegarde tout cela. Et si vous
êtes la démocratie, vous n'avez plus
les castes, les classes, les privilèges
ot les abus qui créent des catégories
hostiles, des partis irréconciliables
et des guerres sans fin ni trêve.
Vous vivez dans le rapprochement
d'une même patrie. L'envie n'est
point au fond de vos cœurs assom
bris et amers. La fortune a cessé
(l'être un privilège et la pauvreté
un mépris. L'homme est devant
l'homme, l'égal de l'homme,et citoy
en. Point d'outrage au drapeau
commun, et si la patrie est en dan
ger, la patrie n'a que des enfants
contre, l'ennemi. Pour l'autel, quand
il est libre, quand il est volon
taiie, quand ils n'est point serviteur
(le l'Etat ou patenté par l'Etat, lors
qu'il n'a que les génuflexions et les
adorations de la foi, et que nul ne
peut lui reprocher l'intolérance, la
violence, la persécution ou une pri
mauté politique quelconque, il est
placé sur le domaine du respect et de
la justice. Si nous ne sommes pas
tous ses adorateurs, nul ue sera son
destructeur. Notre Panthéon,comme
celui de Rome, ne repoussera aucun
Dieu. 11 acceptera jiisqu'auxDieux in
connus que Paul découvrit en Grèce.
Mais en ni'imposant votre credo, vo
tre foi, vos dogmes et votre temple,
soit que vous soyez infaillible ou non;
mais en nie persécutant, nie proscri
vant, nie maudissant, et même în'Iiu
miliant; mais on foulant à vos pieds
la chose la plus sainte et la plus di
vine qu'il y ait sur la terre et dans
les cieux; mai* en ine privant, pour
ainsi dire, de l'air, de la lumière, de
la vue, de la marche et, des horizons
auxquels mon âme a droit, que mon
esprit demande et que Dieu lui-mê
me m'a donnés, vous me forcez tout
simplement à la haine. Et cotte hai
ne. irréligieuse et féroce, impitoy
able et sans cesse multipliée, que
nous avons vue à l'œuvre avec les
tortures, les bûchers et les guerres
de malédiction, d'abomination et
d'hécatombes, car les bourreaux sa
crés, depuis Clialcas jusqu'à Pierre
de Castelnau, sont les bourreaux
les plus horribles, naîtra au ber
ceau, grandira dans la vie, ne se
taira point sur la tombe et survivra
à la mort. Nous la connaissons par
l'histoire. Il en reste des traces.
Est-elle même bien éteinte, et pou
vez-vous affirmer que la cendre est
sans feu? Mais l'autel libre et res
pecté ne laisse aucune place à la
haine, civilise et fraternise les hom
ines dans un même respect et une
même inorale, enveloppe dans un
christianisme de bonne volonté et
d'inviolabilité tous les membres do
la grande famille humaine: ceux
qui sont catholiques, ceux qui. sont
protestants, ceux qui sont Juifs,
ceux qui sont philosophes et ceux
qui sont libres penseurs. Au frond,
Dieu qui vent cela et qui est le mê
me pour tous, étant l'absolu des
créations pour les relatifs de la ter
re, nous sourit et nous bénit égale
ment.
Mais plus d'hommes maudits, de
peuples maudits et de races mau
dites!
T It A P PISTES.
Le télégraphe lions apprend — et
la chose est vraie — que deux cents
moines de la Trappe vont quitter la
France pour l'Amérique.
C'est en Pennsylvanie qu'ils vont
s'établir, où le terrain est déjà
choisi et acheté.
A merveille.
Si tous les moines n'ont pas été
saints, savants et édifiants; si Ra
belais, qui les connaissait, les a rail
lés et houspillés; si la révolution
française n'a pas eu pour eux tous
les égards voulus; si l'Italie, do
nos jours, no les révère plus comme
jadis, et si l'Espagne elle-même,
qui en est encore pleine, commence
à comprendre que l'excès du mona
celismc n'est pas absolument rai
sonnable et religieux, il y a eu do
grands moines.
La civilisation leur doit beau
coup.
Ils ont été des savants et des dé
fricheurs. On les nomme bénédic
tins et trappistes.
Les trappistes, eux, observent un
silence absolu, partagent leur temps
entre le travail manuel et la prière,
mangent du pain grossier ot des lé
gumes cuits à l'eau, se privent do
i vin et portent une robe de bure.

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