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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, October 05, 1878, Image 1

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Cc Couisianai
J o u 11 N A I, P O L I T I QUE, LIT TE 11 AI RE ET CAMPAGNARD.
VOL. XIV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI 5 OCTOBRE , 1878.
iVO. 49.
iß çfounSANAIS,
JOURNAL OFFICIEL
— 1)T. LA —
Parois*« St. Jacques.
l'Ulîl.IK CIIAQUK SAMI.Dl DANS LA
Paroisse St. Jacques,
Colivriit I*. 0.,
Louisiane '
J. GENTIL,
eu it nuu irr i;ici>.\cTi:t;n.
Abonnement:
85,00 PAR ANNEE.
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ï'ar carré «le chaque publication .sub
séquente 7 H.
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«'t Ich avis à l'année se régleront <le gré à
j;ré avec l'étlitcnr.
AGENTS m: L0UÏSI AN AIS.
Nouvelle-Orléans: — A. G. Homain,Tehou
\utoulas St., Ko. 15.
St.-Jacques, St .-Jean-Tiapt into. ïherville,
Assomption et Ascension: —.lust Comes,
V>onal«lson ville.
T j a fa y e 11 e , A11 a k a pas: — Kdoi m ni E . Mo u
ton.
Nouvcllc-lbérie :—
Vacherie: — Morris Feitel.
POLITIQUE
—Al*—
VILLAGE.
1.
Nous voulions, quoique campa
gaiiril, niais audacieux et philoso
phe à nos moments, vous parler «le
très grandes et. de très nobles
choses.
Déjà, l'aile était ouverte, ou si
vous aimez mieux, la bouche.
Et c'est par la cérémonie du .'i
septembre, à Paris, à Notre, Dame,
i]iie lions devions commencer.
(Jar Notre Dame, vous lu savez,
est une des plus antiques et des
plus belles cathédrales du inonde
chrétien.
Il n'est pas un voyageur, païen
ou antre, allant à Paris, qui n'aille
visiter Notre Dame et l'admirer.
Ses prédicateurs, d'ordinaire, sont
d'illustres prédicateurs,et (fest dans
sa chaire auguste que Laeordaire,
un moine, y côtoya superbement
l'abime, et que le père Hyacinthe,
un autre moine, y fut pris de verti
ge et (l'orgueil.
Victor Hugo, avant ces deux
moines, dans un très beau poëme
que tout le inonde connaît, bien qn'
il ne soit pas canonique, avait déjà
sondé'les reins et la conscience du
sacerdoce et du monacalisme clans
l'archidiacre Frollo.
Il avait aussi sonné le bourdon
île Notre Dame avec le bras v igou
reux du monstrueux Quasimodo.
Or, le : î septembre de l'an de grâ
ce 1S7S, toutes les cloches de Notre
Dame, qui sont nombreuses et puis
santes, sonnèrent et tintèrent sur
l'ai is.
En quel honneur î
Couronnait on ce jour-là un cm
preur, et Paul de Casagnac, grand
maître des cérémonies, tenait-il
pieusement la queue d'un manteau
impérial ?
Non.
II.
Les cloches de Notre Dame n'ont
point sonné pour Napoléon IV.
Le jeune prétendant, pour le quart
d'heure, avec plus d'ambition que
de succès, cherche par l'Europe une
jeune princesse qui veuille bien de
lui.
Nous lui souhaitons bonne chan
ce. On trouve encore des princesses,
en Allemagne surtout, et blondes.
Au reste,les cloches de Notre Da
me, ce jour-là, ne sonnaient pas
joyeusement comme à un baptême,
à un mariage ou à une l'été natio
nale.
Elles étaient tristes.
Les chants de la grande église,
eux aussi, étaient tristes.
Et l'innombrable foule, dans l'im
mense vaisse'au tendu de noir, était
grave et recueillie.
Les cloches, les chants, les tapis
series, les ornements, les prêtres,
la foule, tout disait le deuil.
C'était une cérémonie parfaite
ment funèbre, l'anniversaire de la
mort de Thiers.
Madame Thiers, la veuve, en di
gne femme qui honore son mari, et
qui est pieuse, a voulu cela.
l'.lle a consacré 100000 francs à
cette cérémonie grandiose et reli
gieuse.
_Et l'on sait qu'avec 100000 francs,
même à Notre Daine et à Paris, on
peut avoir une cérémonie de pre
mière classe et des chantres de pre
'
mier ordre.
L'église aiine toujours à l'aire
descendre ses splendeurs sur les
person 11 ages illust res.
Il est bon aussi qu'on reconnaisse
sa majesté.
III.
Thiers, sans doute, est mort subi
tement, et nous savons que l'hom
me le plus avisé ne choisit pas tou
jours le moment du départ éternel.
) Mais Thiers, quoi qu'on en ait dit,
n'était pas voltairien.
Que s'il l'était, car nous le som
mes tous un peu dans et; siècle, c'é
tait dans la bonne acception du mot.
Il respectait les cultes établis.
Il avait même, si nous nous en
souvenons bien, quelque peu défen
du la royauté des papes.
Et ses plus vilains ennemis n'ont
jamais été contre lui au-delà de l'ac
cusation de déisme.
Le déiste, loin' d'être athée, est
peut-être l'adversaire le plus redou
table de l'athéisme.
Or, l'église, sans se manquer à
.■Ile-même, respectant ses traditions
et sa foi, pleine de toutes les libéra
lités et de toutes les immunités d'un
radieux et. magnifique christianisme,
pouvait donc plier, pleurer et chan
ter sur le premier président de la
République française.
Thiers avait été un grand éeri
vain, un grand orateur, un grand
homme d'Etat, et, ce qui vaut en
core mieux, un grand patriote.
Ne l'a t on pas nommé le libéra
teur de la France 1
Cherchez un titre plus haut.
Il a toutefois manqué quelque
chose à la cérémonie du y septem
bre.
Hi la foule était innombrable, re
cueillie, en deuil de l'illustre mort,
la chaire est restée muette.
Il aurait fallu là un grand moine
libéral comme Laeordaire, ou mieux
encore liossuet, l'éloquent et puis
sant évêque du gallicanisme.
Dnpanlotip était ailleurs, avec
Vcuillot.
IV.
roulions nous vous «lire,
i nous en eussions eu
Que
core,
temps '!
< )h ! ceci :
Puisque, nous sommes présente
ment en France, loin de St. .lac
qnés en Louisiane, profilons du
privilège.
C'est une. chose à. désirer par ces
temps d'épidémies, de lléaux du
diable et de calamités.
Heureux les pays sains!
Si les peuples y sunt malheureux,
c'est communément leur faute.
Mais les peuples intelligents, ac
tifs et civilisés ne doivent-ils pas
assainer leur pays
Quoiqu'il en soit, à la pensée qu'il
est des pays sans fièvres, sans ma
ladies, où l'homme ne connaît pas
le médecin, où l'on travaille jusqu'à
quatre-vingts ans, où le vin du lion
Dieu est la boisson des honnêtes
gens et la boisson générale, In
riitra , comme dit le poète.
Quant anx marais fiévreux, aux
marécages de la pestilence, on peut
toujours les dessécher et les assai
nir. La Sologne eu est une preuve
La Sologne aujourd'hui cultive
la vigne,boit du vin et se porte à mer
veille.
('eux qui boivent du vin sont
forts, généreux et braves. Le vin
est la santé et l'antidote à l'ivrogne
rie. Ou lui doit presque toutes les
vertus qui honorent l'espèce humai
ne, et la civilisation lui est re
devable de la plupart de ses mer
veilles et de ses splendeurs. Il y a
une moralité supérieure dans le vin,
secondaire dans la bière, absolu
ment inférieure dans le whiskey.
Donc, vive la France!
Et puisque nous y sommes pré
sentement, en pensée tout an inoins,
restons-y jusqu'à nouvel ordre.
D'autant plus (pie nous venons
d'y entendre une voix singulière
ment éloquente, admirée des uns,
bafouée des autres et commentée
par tous.
V.
C'est la voix de Gambetta.
Ganibctta vient de prononcer un
discours à Kornaus, dans la Drôme,
tout près de l'endroit où se récolte
le fameux vin de 1 'Ermitage.
Car il y eut jadis un couvent et des
ermites aux coteaux du vin fameux.
Les moines aimaient les lions crus.
Et ils avaient raison.
Pour Gambetta, qui est peut-être
aujourd'hui le premier personnage
de France, aurait-il dans l'occasion
un peu trop bu du précieux vin de
VErmitage?
Les uns l'accusent de trop boire,
les autres de trop manger et les
troisièmes de trop parler.
Etre homme publie n'est pas une
sinécure. La haine, l'envie, la jalou
sie et la calomnie vous déchirent à
belles »lents.
Ganibctta, s'il faut en croire quel
ques uns de ses adversaires, n'est
pas même un orateur, et il n'aurait
qu'une faconde de hâbleur et ehica
1IOU.
C'est un ventru.
Que. n'est-il pas !
La justice des partis est telle, et
leur raison aussi, que le jeune Co
dés de la République française est
tour à tour et eu même temps un
révolutionnaire et un réactionnaire,
un communard et un bourgeois, nu
ambitieux et un orgueilleux, mais
assez généralement un vaurien.
On lui reproche sa tactique, son
opportunisme et même son parle
mentarisme.
Il est bien certain qu'il fut un fou
furieux , surtout devant l'invasion
prussienne, osant comprendre le pa
triotisme et l'honneur <lc la France
autrement que le maréchal Bazaine
et les bonapartistes.
.Mais, soit, excès d'honneur ou soit
excès d'indignité, comme dit le vieux
Corneille, Gambetta a la haine par
ticulière de Dupanloiip et le mépris
spécial de Louis Veuillot.
Les cléricaux — clérical, bien en
tendu, lie veut dire prêtre — mon
trent tous à Gambetta des dents
vertes de six pouces.
S'ils pouvaient le dévorer, ils le
dévoreraient.
Mais pourquoi ?
VI.
Pourquoi ?
C'est qu'à Romans, ayant sans
doute un peu trop bu du vin de VEr
milaye , Me. Gambetta s'est permis
de dire:
"Oui, i! faut que chacun soit sou
mis à la loi commune. Le service obli
gatoire doit devenir une réalité.
Les devoirs particuliers doivent
être remplis- seulement après que
l'on a rempli le plus grand de tous
les devoir, le service de lu Patrie."
Et notez en passant que le mot.
patrie, qui est un nom commun,
est écrit avec un P majuscule, com
me un nom propre.
En vérité, l'audace est grande.
Car les paroles de l'orateur fran
çais contiennent cette, étrange pro
position: — Tu peux être prêtre et tu
seras prêtre, si c'est ta vocation;
mais comme tues Fiançais, connue
tu as une, patrie, tu serviras préala
blement ta patrie.
Le paysan la sert, l'ouvrier la sert,
le bourgeois la sert et le noble la
sert.
Pourquoi iiNo exception ?
i Si le melier de soldat n'est pas
! absolument glorieux, le service pa
I Iriotiqne (1 a soldat l'est.
i Au reste, ce sen ice n'est que de
.deux ou trois ans, et lorsque
J vous I ave» rempli comme le paysan,
I l'ouvrier, le bourgeois et le noble,
i vous pouv ez substituer à la tunique
: militaire la soutane sacrée et ré
! vérée.
: On a vu de nobles soldats deve
; nir de nobles prêtées,et s'il est deux
I uniformes admirables, quand ils ne
i sont point portes par des inerceuai
; les on des condottieri, ce sont ceux
de l'année et du sacerdoce.
Or, après tout, Gambetta n'est
pas aussi insolent qu'on pourrait le
croire tout d'abord. Dnpanloup au
rait tort de lui en vouloir pour cela.
Et ce ne serait pas la première fois,
si l'histoire ne ment point, qu'on
veirait le prêtre armé, combattant
et soldat. Les évêques, autrefois,
turent volontiers hommes de guerre,
et Jules II, pape et infaillible, sa
vait en découdre non moins qu'un
capitaine de son temps.
Servons tous notre patrie.
En combattant pro J'ovis l'on coin -
bat -pro aria.
VII.
Mais si la France, — et l'Europe est
dans les mêmes draps, avait toutes
ses classes prêtes à la démocratie
et à la république, c'est plus haut
que la question serait posée et ré
solue.
Car, dans toutes les mesures de
discipline politique prises par les
partis, il y a souvent quelque chose
(pii ressemble à de la chicane et à
(le la malveillance à l'endroit de l'é
glise.
Cela est malheureusement si vrai
que le cléricalisme est devenu un
| parti, et un parti volontiers mé
i chant.
I Mais, avec les principes vrais.jus
I tes et larges, on ne tombe point dans
! de semblables inconvénients. Les
| principes ont l'étendue (l'une justice
suprême, et c'est sur leur terrain
I seul que peuvent se signer les Con
] cordât s de raison, de paix et d'é
1 qui té.
Aussi, quand Gambetta affirme
à Romans qu'il est "un partisan ob
stiné (le la liberté de conscience",
nous disons qu'il transformerait son
obstination en sagesse d'homme
d Etat et on véritable courage, s'il
prononçait hardiment le mot vrai,
le mot démocratique, le mot du prin
cipe: Séparation de l'Eglise et de
l'Etat.
Cela vaudrait mieux que de répé
ter après Voltaire: "Ils ne vivent
que de la crédulité publique.''
Que vous importe la crédulité?
Chacun n'est-il pas libre?
Qui vous force à croire, à lie
lias croire ou à faire semblant de
croire ?
Au demeurant, cette crédulité
^publique que vous ne partagez point,
*à laquelle vous ne payez aucun tri
but, mais qui pent être la sincérité
d'une croyance pour beaucoup, est
aussi vieille que le monde.
Elle est un cas de conscience,
donc nu cas respectable.
En pins, si la concience est un
sanctuaire où nul ne peut pénétrer
sans outrage, un domaine inviolable
et sacré, la tolérance est. une suprê
me vertu devant laquelle nous de
vons tous nous incliner respectueu
sement.
Laissez les pèlerins se rendre
tranquillement à Lourdes, s'il leur
plaît (lese rendre à Lourdes, surtout
pendant que cela guérit.
VIII.
Gambetta n'est pas un radical,
et peut-être même conviendrait-il
de le nommer conservateur.
Mais Louis Blanc, lui, à tort ou à
raison, passe pour être un radical.
Il ne le serait guère aux Etats
Unis (le la liberté des cultes et de
la séparation «le l'Eglise et de l'E
tat.
Quoiqu'il en soit, quelques jours
après le discours de Gambetta à
Romans, Louis Blanc speechait à
Paris.
Paris est plus haut que Romans.
Maisc'escpar les discours,nommés
speeches aux Etats-Unis, que les
idées, les principes et les program
mes se manifestent et se propagent
aujourd'hui.
Le dix-neuvième siècle, qui est ce
lui de la démocratie, est le siècle
de la parole.
On en abuse sans doute, comme
de la langue; mais les avantages
de la parole, sont précieux et puis
sants, et la tribune, politique, phi
losophique ou sacrée, vaut mieux
que le silence des despotismes et le.
mutisme des intelligences.
Or, Louis Blanc, après avoir sé
vèrement critiqué la politique de
Gambetta, a donné, lui aussi, s m
programme.
1 1 est accentiu'*.
Il supprime trois choses, tout au
moins veut supprimer.
Et. ces tiois choses sont: la jK'ési
dence de la République, le Sénat
et le budget des cultes.
Inutile de dire (pie Louis Blanc
est, un homme de principes, com
prenant imparfaitement le mot np
l>ortitnismc, mais de trop grande dis
crétion, comme penseur, pour lan
cer des flèches voltairiennes à la
crédulité des autres.
Louis Blanc est peu bourgeois.
Très honnête homme, au demeu
rant.
Et si Thiers, pur lequel nous
avons commencé cette causerie plus
ou moins décousue, est un des plus
grands historiens du siècle, Louis
Blanc, l'auteur de. Dix ans <le rèi/ue
et d'une Histoire de lu Hérohitinu
française, n'est pas un historien
moins remarquable.
Thiers et Louis Blanc, au physi
que, sont deux petits hommes.
Richard, ex-ministre de Napolé
on 1 i l, dit: Et au moral!
O Richard, ù valet!
IX.
Pas de président de République!
La question est parfaitement se
condaire.
Si le danger n'est pas grand à se
passer d'un président sans pouvoir
absolu, sans initiative parlementai
re, un peu soliveau comme celui des
grenouilles de la fable, il n'en faut,
pas moins une pouvoir exécutif.
Louis Blanc peut parler ainsi au
pays des prétendants; mais aux
Etats-Unis, où l'armée n'existe guè
re, où le successeur de "Washington
n'a ni naissance ni prétentions, oil
le magistrat suprême de la républi
que est simple serviteur du Congrès,
l'orateur français n'aurait probable
ment pas tenu ce langage.
Cependant, comme le fonctionna
risme, le militarisme, !e eésarisme
et la centralisation sont toujours à
craindre, et que de m uvelles guer
res peuvent populariser un nouveau
Grant, il est toujours peunis d'être
méfiant et prudent.
En tout cas, c'est parla républi
que de 1S4S, en escaladant la pré
sidence, que Bonaparte est monté
à l'empire.'
Suppression ou abolition du Sé
nat !
Pourquoi ! •
Vous n'auriez plus alors qu'une
Convention.
Ne vaut il pas mieux, pour que
toutes les lois soient entourées des
garanties nécessaires, et afin que la
démocratie et la forme de gouverne
ment elles-mêmes soient mieux pro
tégées et moins exposées aux chan
gements, que le parlementarisme
s'appuie sur deux Chambres et se
contrôle par un sage et constant
équilibre?
Il n'est pas de rigueur que la
Chambre dise oui et le Sénat non.
Si l'erreur est quelque part, elle
est dans un Sénat supérieur à la
Chambre, pouvant la dissoudre et
complotant avec le pouvoir exécutif.
Mais le Sénat doit assurément
émaner du peuple, comme aux
Etats-Unis, et non vivre de lui-mê
me et se renouveler lui-même.
X.
Suppression du budget des cultes!
dit enfin Louis Blaue.
A cet égard, Louis Blanc a raison,
Car il est peu séant que l'Etat,
en vertu d'un salaire aux prêtres et
aux évêques, s'arroge le très grand
et très humiliant privilège déconsi
dérer les ministres de la religion
comme des serviteurs ou des subal
ternes.
Voyez l'injure:
Si Pdanqui, cent fois plus radical
que Gambetta et Louis Blanc, était
président de la république françai
se, il aurait à peu près le droit d'éli
re les évêques de|France.
Cela se conçoit de la part de Char
les X, de Louis Philippe, de Napo
léon, de Mac Mahon, de Thiers et
même de Gambetta.
Mais de Blanqni ?
Bhinqui, toutefois, pourrait invo
quer le Concordat.
Car le Concordat est toujours en
vigueur, et il paraît même que beau
coup de gens y tiennent beaucoup.
Et le gouvernement français, pour
être juste envers tous, s'il y a de la
justice dans les choses déraisonna
bles,est obligé à une singulière libre
pensée dans le fonctionnement de
(le son ministère des cultes.
Il lui faut être catholique, protes
tant et israëlite.
Il serait aussi musulman en Fran
ce, si deux millions de Français, de
main, avaient une fantaisie de Co
ran et s'énamouraient pour la loi de
Mahomet.
Traiter ainsi toutes les religions,
à notre sens, c'est les estimer peu.
La Rome antique, avec son Pan
théon, faisait de même, mais sans
(pie cela lui coûtât aussi cher.
Les Etats-Unis, avec leurs autels
libres, leurs cultes libres, leur Etat
respectueux aux choses (le la cons
cience et de Dieu, où chacun pense,
prie et adore comme il veut, mais
sans encourir l'injure d'être un ser
viteur ou le blâme d'être un maître,
sont plus sensés.
XI.
En vérité, il est bon que l'Eglise
et l'Etat soient entièrement séparés
l'un de l'autre.
L'église ne peut qu'y gagner en li
berté, (-ù dignité et en sincérité.
Quant aii rôle de l'Etat, il est tout
simple-, c'est le rôle de la protection
et du respect.
Jadis, dans les sociétés antiques,
quand la théocratie était indiscutée
et souveraine, lorsque le sacerdoce
était le double pouvoir et l'unique
pouvoir, l'on pouvait penser et par
ler différemment.
11 est même permis de regretter
ces temps,
Tous les regrets sont respectables,
excepté de la part de ceux qui re
gretteraient des maîtieset redeman
deraient la servitude.
Mais la théocratie, celle qui fut
entière, complète et magnifique de
conception et d'autorité, est une des
choses appartenant au passé. Nous
la trouvons diminuée dans Moïse
lui-même, et le moyen âge n'a pas
eu l'honneur de la posséder tout
entière. 11 faut aller en Asie, dans
l'Inde, aux castes,pour lu retrouver
dans toute la grandeur et tout l'or
gueil de son absolu. Mais le dogme
moderne de l'infaillibilité ne saurait
lui rendre son éclat et s.i puissance
antiques.
La religion qui a proclamé la li
berté a tué la théocratie.
La théocratie n'existe que par la
servitude asiatique et le fatalisme
oriental. Au jour où l'homme s'est
cru libre, c'est-à-dire responsable, et
qu'il a pu pénétrer la pensée de ses
maîtres et la nioralé de leurs actions,
le gouvernement théoeratique abso
lu est devenu impossible.
En effet, à partir de cette heure,
vous voyez la liberté,la démocratie,
la raison et la science attaquer, tni
lier,saper et renverser le grand édi
fice de l'Orient,
Il n'en reste plus que des pans
et des ruines.
Et croyez bien que le christianis
me lui-même s'est mis de la partie.
Le christianisme a été un démolis
seur.
XII.
Car il ne faut pas confondre le
christianisme de son fondateur, de
ses apôtres et de, l'évangile, devant
lequel nous baissons humblement
et religieusement la tête, et qui fut
la sublime et touchante rédemption
de l'h il inanité par un sacrifice aussi
auguste mie divin, avec cette chose
aventurée, singulière et peu religieu
se que l'on nomme baraquement ul
traniontanisnie.
Ils se ressemblent comme le sin
ge et i'hoi e se. ressemblent.
Le christianisme, foi des liants
sommets, conscience des grandes
destinées, morale des devoirs, des
droits et de la splendide fraternité
humaine dans un même Dieu,un mê
me père et une même famille, est
l'homme grandi, élevé, libre et ton
chant aux cieux par l'affranchisse
nient et l'immortalité de son âme.
Le sacerdoce, avec lui, est la bon
té, la charité, la chasteté et la lu
mière.
Ce sacerdoce, dégagé des intérêts
mesquins et des ambitions coupa
bles, donne l'exemple de toutes les
vertus et s'affirme dans toute l'élé
vation d'une justice adufirable. Il
ne connaît point la boue et le vice.
Il n'a pas d'appétits sordides. Il no
verse jamais le sang. Il ne veut pas,
étant simple, pauvre et beau, être
adoré pour son pouvoir, ses hon
neurs, ses richesses et ses biens.
Il reste glorieux sous sa cou
ronne d'épines et dédaigne la cou
ronne des rois et des empereurs.
Et pourquoi mentirait il à la doc
trine du maître?
Et pourquoi les derniers apôtres
ne ressembleraient-ils point aux pre
miers apôtres?
En vérité, le christianisme est
grand. L'histoire est pleine de ses
œuvres,de ses merveilles et de sa dé
livrance. Les peuples et les hommes
lui doivent une justice sur la terre
et une justice dans les cieux.
Qui donc, en ce dix-neuvième
siècle, voudrait lui manquer de re
connaissance et de respect?
Mais l'ultrainontanisme?
XIII.
L'nltramontanisme, à Rome et
dans Rome,avant que le pouvoir roy
al ou temporel tombât des faibles
mains de Pie IX. était tout simple
ment la théocratie.
Mais que valait la royauté ro
maine?
Un mauvais gouvernement, le pi
re des gouvernement du siècle, voi
là ce que vous trouviez dans la vil
le éternelle.
Mauvaise administration, mau
vaise armée, mauvaise police, mau
vaises lois, tout était mauvais sous
le meilleur des hommes.
Car Pie IX fut bon.
Pourrait-on en dire autant du syl
Inbus, cette mise en interdit (le la
raison, de la conscience et de la li
berté du genre humain?
Mais admettre que Rome, souve
raine pour les consciences religieu
ses qui reconnaissent sa souveraine
té, ait le droit ou le privilège d'im
poser des Concordats aux royaumes
ou de les subir, voilà, ce que le mon
de ne croit ni juste ni nécessaire.
Les Etats ne veulent plus de tutelle
intérieure ou extérieure. Ils se sont
affranchis, comme les Barbares se
sont, affranchis à la cliute de la Ro
me impériale. Ils ont leur domaine
civil, social et politique. Leurs
lois, sans pour cela être anti-chré
tiennes, chrétiennes même, n'ont
plus rien et ne doivent plus rien
avoir de clérical. Il faut que la
Chambre française, le Parlement an
glais, le Reichstag allemand et les
Cortès espagnoles, qui ne sont point
des conciles d'évêqnes ou des syno
des de protestants, ne reçoivent d'or
dres ou d'inspirations d'aucun pou
voir étranger.
N'ont-ils point, ayant reconnu la
liberté de conscience, de pensée et
de cultes, à se défendre de tout es
prit de secte et de théocratie, com
me aussi à protéger leurs concitoy
ens contre toute intolérance de théo
cratie et de secte?
XIV.
La France est donc encore, com
me l'Europe, empêtrée dans les der
niers fils de la théocratie.
Et c'est pour cela qu'elle hésite
parfois, qu'elle trébuche assez sou
vent et qu'elle est tiraillée par deux
principes contraires.
Sans avoir la guerre intestine, el
le n'a pas la paix intérieure. Sa
conscience a certains doutes et cer
tains troubles. Si l'autel n'y est plus
confondu avec le trône, l'autel y est
encore trop près de l'Etat. Ils se gê
nent mutuellement.
11 faut les séparer complètement
et irrévocablement.
Leur alliance, désormais, n'est pas
pins possible que leur communauté,
et la paix nécessaire, durable et cer
taine, ne peut venir que de leur af
franchissement réciproque.
Les vrais chrétiens l'ont compris.
L'église libre dans l'Etat libre,
tel est le dernier mot de la question.
On plutôt les églises libres dans
l'Etat libre.
Car il est plusieurs églises, et
point n'est bon que. l'Etat en paten
te line, deux, trois ou quatre.
En les salariant, il les humilie.
En les contrôlant, il les rabaisse.
Eu s'arrongeant des droits ou des
privilèges ecclésiastiques, par Con
cordat, ou autrement, il empiète sur
un domaine qui n'est pas le sien.
11 y aura forcément lutte et conflit,
haine et guerre, cléricalisme et ul
ti'.iiuontaiiisine.
Quant à l'Eglise, par la nature do
son alliance et de ses rappoits avec
l'Etat, elle sera fatalement vouée à
une politique qui la compromet.
Elle aura, des conciles politiques,
des prélats politiques, des curés
politiques, des journaux politiques
et des chaires politiques.
La religion' n'étant plus son but,

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