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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, January 04, 1879, Image 1

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J o U K N A L, POLITIQUE, LI T T ER A I It E ET C A M P A G N A II D .
VOL. XV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI 4 JANVIER, 1879.
NO. 10.
iß iouISïANAJS.
JOUKNAL OFFICIEL
—PF- l.A—
Paroisse St. Jarijurs,
PUBLIE CIIAQCE SAMF.nl dans LA
Parois.se St. .Jacques,
Convent P.O.;
Louisiane.
J- GENTIL,
EDITH VU ET REDACTEUR.
Abonnement:
$5,00 PAR ANNEE.
l'AYAKLK D'AVANCE;.
PBIX DES ANNONCES .
Pur earrtf d« 10 lignes, ou moins, pre
mière» insert ion $1,00.
Par earn* <io eliaque publication sub
séquent«
Los communiqués tie nature personnelle
et, le« avis ii l'année ko régleront «1 <? gré à
yré avec l'éditeur.
AGENTS I»U LOUISIANAS,
Nouvelle-Orléans: — A.G. Koniain.Telion
pitoula* St.. Y'». 15.
St.-.Iaeques, .St.-Jean-ftapliste. Iberville,
Assomption et Ascension: —Just Comes,
Donalilsonvilie.
T ,a fa y e 11 «, A11 a k a pa s: — Edoi î a rd K.Mou
Non velîe -lU »'*rie : —
Vacherie: — Morris Feitel.
i«8 Sois,
( >ii ni .vcml les imagos
Eu tous lieu .<. Mais je crois
Qu'ils étaient quatre. Mages,
Ou plntôtquatre Bois.
Carde ces quatre Mages,
I)o:it parle sait Lévi,
l-'.t qu'on voit aux images
Jiuiit l'entant est ravi,
( )n a l'ait,'ce me semble,
Quatre, Bois grands et vains,
]!ieii qu'un lîoi ne resseinL>le
Guère aux Mages cliv ins.
Le Mage était un homme
Très savant, très ancien,
Excellent astronome,
Ht parfait magicien.
Car le grand art magique,
Qui n'est qu'une complément
De l'art astrologique,
Nous vient de lui vraiment.
Qu'importe? lîois ou Mages,
Ils n'ont pour le présent
Que les inaigres hommages
D'un groupe complaisant.
Les lîois s'en vont. Notre âge
Est très mauvais pour eux,
Et plus d'un déménage
Ou l'ait sans crier deux.
On les vise à la tète,
( 'omme l'on viserait
l'u loup ou toute bête
Fauve dans la forêt.
Et si le vieux Gnillaiitno
N'eut point été casqué,
il perdait son royaume:
« >n ne l'eût pas manqué.
Don Alphonse lui-même,
Garçon de vingt-deux ans,
En est encore tout lilt ino
Et dit: Quel mauvais temps!
Et le roi d'Italie,
Il sif/nor Jlumbcrto l
— De façon impolie
On l'attaque au couteau.
Quant à l'empereur russe,
Il n'est pas moins armé
Que sou cousin de Prusse,
Et se tient renfermé.
Tous ces grands personnages
lit ces hauts souverains,
Potentats des vieux ages,
< lut peur et mal aux reins.
La lîoyauté trépasse
Eort misérablement,
Et la Liberté passe
Dans uu rayonnement.
Voici l'Epiphanie
Du jour: Christ, d'un côte,
Grande face bénie!
Auprès, la Liberté!
Et ce n'est plus ativ Mage's,
Aux potentats, aux roL',
Que sont dus 110s hommages,
Mais, Sauveur, à ta Croix ;
A cette Croix suprême
Dont l'immense clarté,
Tombant du ciel lui-même,
Eayonneen Liberté.
.1. G.

i.
On a souvent »lit, et l'on dit enco
re très volontiers: tirant est un im
bécile !
Mais on pourrait bien se tromper,
et les plus sages ne sont pas préci
sément ceux qui donnent gratis un
brevet d'imbécillité aux autres.
Soyons sobres de ces jugements-là.
Cirant n'est pas plus un imbécile
que Brutus, le premier, et nous au
rions tort de le comparer ail second.
Les Romains, du reste, ceux qui
furent bons, n'ont guère trouvé d'i
mitateursquedansles premiers hoin
meset les premiers temps de l'Union
américaine, et rien, vraiment, no
ressemble moins à un Boinains qu'
un Yankee.
Autres temps, autres mœurs, et
autres républiques.
Vaut-on moins, et connaissez-vous
des hommes valant beaucoup?
Mais nous 11e glorifierions pas beau
coup la république américaine, qui
vaut assurément quelque chose, et
son peuple, qui n'est pas précisé
ment sans valeur et sans grandeur,
en pensant et en disant que tirant
ust~ un simple imbécile.
Nous savons que ce général a
triomphé avec les gros bataillons,
et que sa pertinaeité est la cause
de ses succès. Mais les gros batail
lons ne sont pas dénués île toute
raison,et la pertinacité, à coup sûr,
est quelque chose comme une vertu
dans 1111 général, dans un homme
d'Etat et même dans un simple par
ticulier. La fortune est aux têtus
non moins qu'aux audacieux. En
tout cas, réussir est le poi'it, et. pres
que tous les héros de l'histoire n'ont
été illustres que pareequ'ils ont réus
si. On raille ordinairement les vain
cus, et l'on exalte leuis vainqueurs.
Il y a dans le fond du cœur humain
quelque chose de fort misérable à
l'endroit de la fortune, et Caton,
préférant la cause des vertueux et
des vaincus a la cause des vain
queurs et des dieux, est une de ces
exceptions qui finissent l'argument
par un coup d'épée et un suicide.
Au reste, au point de, vue de la
cause et devant le tribunal des
temps, l'histoire apportant son té
moignage et ses preuves, Grant au
ra été dans le vrai. Car l'histoire
n'est point écrite par ceux des cau
ses perdues, et il serait dillicile de
prouver que le général (irant n'a
point combattu pour l'intégrité de
I" I ' il ion et le maintien d'un gouver
nement démocratique. 11 a obéi a
l'exécutif et au législatif, lia été
uu serviteur. Ou lie peut pas faire,
non plus,que le succès de la cause fé
dérale ait été autre chose que l'af
franchissement de quatre millions
d'esclaves noirs.
Certes,leSud ne combattit pas pré
cisément pour le maintien île. l'es
clavage, et les hautes et nobles per
1 sonnalités comme. Lee, comme .Jack
sou,comme Beauregard et cent au
j très, étaient trop de leur siècle pour
se faire les héros d'une institution
I misérable, et la question n'était
pour eux ni blanche ni noire; mais
; le triomphe de la Confédération au
1 rait il été l'affranchissement des
j quatre millions de noirs esclaves ?
11.
Si tirant n'avait été qu'un imbé
cile heureux, il n'aurait pas été clu
deux fois de suite président des
Etats-Unis. La popularité', et la po
pularité qui persiste, n'a pas de ces
aveuglements-là. Quand près de
;i'i00000 citoyens votent librement
pour un homme.et à deux reprises,il
serait malséantdc direqueces iii : 'llllii(l
citoyens-là sont autant, d'imbéciles.
Ou vous croirait dillicilenieut. Vous
croiriez.-vous vous-mêmes ?
Ce 11'est pas, pensez-le bien, que
nous voulions taire le panégyrique
du général (irant et du president
Grant. Nous n'aimons pas cet lioni
111e, noua ne trouvons point en lui
la grandeur véritable, et les soldats,
presque tous grossiers, presque tous
gens de la violence et de la force,
sont les pires ennemis que puissent
avoir les démocraties et les républi
ques. On doit s'en métier connue
île la peste. Que s'ils n'étranglent
pas toujours un peuple, c'est qu'ils
ne le peuvent point. Mais ils ont
une haine de métier contre toute li
berté. A force de inarcher armés, de
réduire et de soumettre avec l'arme,
ils en viennent à penser que l'arme
de leur profession est le seul argu
ment valable et irréfutable. Le l'ait
est que cet argument coupe court à
bien des discussions et à bien des
controverses. Eu politique connue
eu matière d'oracles il tranche tous
les nœuds gordiens.
Mais tirant n'est pas un imbécile.
Et tirant n'a pas perdu sa popu
larité.
Hier, vous le savez, il était ques
tion de son retour aux Etats-Unis,
et les journaux nous avaient an
noncé ce retour. Car l'ex-président
avait à peu près vu tous les hom
mes et toutes choses qu'on peut
et
et
a
voir en Europe. Il avait visité tou
tes les capitales du vieux continent
Il avait mangé du pudding avec
Victoria, de la choucroute avec Pis
mark, une côtelette avec Mac Mil
lion, 1111 macaroni avec Victor Em
manuel, uu esturgeon avec Alexan
dre, quelque chose avec l'empereur
d'Autriche, une omelette avec Al
phonse X 1 1, &c. Il avait bu de tous
les vins. Il n'est pas une table impé
riale,royale ou princièrequi ne se soit
honorée de l'avoir eu pour liôte.
Et il revenait dans sa patrie.
C'est alors que les villes du Nord
et de l'Est, apprenant cette bonne
nouvelle, peu soucieuses de n'avoir
plus l'esprit républicain, très glo
rieuses de leur grand homme, se
j préparèrent à recevoir dignement et
triomphalement leur illustre voya
geur. Les journaux avaient déjà
embouché la trompette, les artil
leurs avaient allumé la mèche, les
drapeaux étaient sortis de leurs four
reaux, des arcs-île-trioniphe com
mençaient à s'élever, et I Umpire re
paraissait avec le portrait de (irant.
Ou n'aurait point étalé une sembla
ble pompe pour Washington. Car
Washington n'est plus le premier
dans la gerre, Je premier dans
la paix et le premier dans le
cœur de ses concitoyens. Washing
ton est une viellerie, et Martha,
sa vieille femme, n'a point man
gé les puddings de la reine d'An
gleterre.
Mais (irant 11e revient pas.
II!.
Grant 11e revient, pas encore.
Il a raison. Plus loin nous vous I
dirons pourquoi.
Si (irant a visité l'Europe, bien
mangé et bien bu avec, les souve- i
rams, confidentiellement causé avec
son ami Bismark, et glorieusement !
passé à travers les foules sans se
donner la peine de les saluer et de
les étudier, car (irant est un tout
autre personnage que Dom Pedro
ou le, prince de Galles, et se ligure
qu'il n'y a qu'un peuple au monde,
son peuple — ne conviendrait-il pas,
avant de revenir aux Etats-Unis,
de visiter l'Asie et de taire un peu
le tour du monde
Ulysse, l'antique parrain de
tirant, a beaucoup voyagé' dans son
temps. Si Homère n'a point menti
— ce qui est au moins douteux. Ho
mere étant pocte — Ulysse aurait vu
les ( 'icônes, les Lotophugcs, les Si
lènes, Cireé, les Lest ligons, les
Phéaciens, Calypso, etc. Il aurait
même, pendant que Pénélope lilait
sa toile en Ithaque, vécu 7 ans dans
l'intimité de Calypso. Mais Cireé,
magicienne pourtant, n'avait pas
pu le changer en bête. Quoi qu'il
en soit, quand le mendiant Ulysse
remit le pied sur le sol de sa patrie
après plus de vingt ans d'absence,
il ne tut reconnu que par son chien.
Ce qui prouve que lesc.liiens.cn ce
temps-là, vivaient longtemps, et
qu'ils valaient déjà mieux que h-s
hommes et que les femmes. Car
Pénélope, le modèle des fidélités
conjugales, ne brouillait, sa trame
avec l'un que pour la recommencer
avec l'autre. Ulysse, de retour, la
chassa.
Ulysse Grant a donc raison de
voyager.
Ou s'instruit en voyageant, et
qui n'a rien vu 11e sait: guère. Bien
: 11c vaut la vue. Les livres ne di
j sent pas toujours la vérité, et les
I objets eux-mêmes vous donnent
l'impression véritable.
i Graut, au reste, voyage très con
fortablement. N'a-t on pas mis un
navire à sa disposition? Ht s'il lui
plaît d'aller là. il va là. de venir ici.
il vient ici, de séjourner huit ou dix
jours en un lieu, il séjourne huit ou
I dix jours dans ce lien. Bien ne le
presse, il a du temps devant lui, on
trouve partout des consuls améri
cains, et la mer est trop respectu
euse à l'endroit des Etats-Unis pour
ne pas bercer convenablement l'un
de ses plus glorieux représentants.
Elle a respecté César dans une bar
que, elle respectera (irant dans un
navire à vapeur.
Donc. Grant va s'embarquer dans
le port de Marseille, où les ma'elots
jurent comme des Grecs, et faire
route vers Suez, où le canal le por
tera doucement vers la Mer ltouge.
A moins qu'il n'aille préalablement
visiter les Pyramides et mesurer sa
grandeur à leur grandeur. Napo
léon l'a fait avant lui. Et si Grant
était homme à déchitlrer les hiéro
glyphes du temps de Chéops, il au
rait de quoi satisfaire, sa curiosité,
ses loisirs et sa science. Mais
quand il remontera la Mer Bouge,
qui est la nier historique, biblique
et sacrée, où le plus grand des mi
racles a jadis été fait pour lu plus
grand des peuples, il pensera cer
tainement à Moïse. Mais il pense
ra aussi que les Israelites du temps
«le Moïse n'ont pas connu le café de
Moka.
IV.
Notre voyageur va dans l'Inde,
dont Victoria est l'impératrice, où
j le Gange est sacré, et qui fut, dit
I
I
j
j
I
'
j
:
;
j
I
!
I
i
!
oïl, le berceau du monde et de la
civilisation.
Bjeau pays où l'on chasse le ti
8lé
liais Grant, dans l'Inde, ne trou
veifc plus grand'-chose île l'antique
bouddhisme et du brahmanisme. Il
le regrettera peut-être. Car la fête
<1e J )jaggernâth, avec ses fanatiques
qtij se faisaient écraser sous les
rqfles d'une monstrueuse idole rou
lante, afin d'obtenir la félicité éter
nelle et de se mériter les bonnes
grâces de Brahma, avait du bon.
Qitant aux autres fanatiques de
llniliiua, qui se plantaient des clous
dans les cuisses, ils étaient très
dflûles. Et les veuves de Malabar,
<j.ni sb brûlaient sur le cadavre de
%irs maris ? C'était là sans doute
une singulière continue, mais assez
raisonnable cependant. La femme
indienne, sachant le sort qui l'at
tendait à la mort de son mari, ne
désirant pas précisément être brû
lée à 25 ans, soignait son époux
comme la prunelle de ses yeux et se
gardait bien de l'empoisonner. Eu
outre, par appât du gain ou des
honneurs, comme la chose arrive en
nos civilisations modernes, on ne
voyait point jeune femme épouser
vieux mari, mais plutôt le contraire.
Ce qui, toutefois, 11e vaut guère
mieux.
L'Inde fut le pays des incarna
tions.
De l'Inde anglaise, mais sans
avoir étudié et appris le sanscrit,
Grant ira en Chine, patrie des
mandarins, patrie de Confucius et
patrie de 401),000,1)00 d'âmes jaunes.
Ou lui apprendra que Confucius ou
Konfoutseu , il y a 2-lliO de cela, a
dit: — '"Dans le doute si une chose
est bonne ou mauvaise, abstiens
toi." — "Oublie les injures, mais
n'oublie jamais les bienfaits." Ce
qui n'est pas absolument bête pour
uu Chinois, et ce qui serait assuré
ment sage pour des chrétiens.
Mais si Grant arrive en Chine à
l'époque de la grande fête nation
ale, morale, sociale, et religieuse du
Céleste Empire, il verra l'empereur
lui-même, vêtu eu mandarin civil,
I point casqué comme Guillaume, la
I bourer un morceau de terre en
j l'honneur de l'agriculture et des
j agriculteurs. C'est qu'un labou
reur, qui produit deux cents nie
I sures de riz ou do froment, vaut
' mieux qu'un général qui tue ou fait
j tuer vingt mille hommes. Au res
: te, l'empereur chinois, lettré," hos
; pitalier et sachant le respect- qu'on
j doit à uu ex-président de républi
que, pourra otfrir à ( liant les meil
leurs nids d'hirondelle de son em
pire. C'est un plat royal. Et ils
parleront de commerce, de traités
et de politique.
j
i
I
Car la Chine, si longtemps mys
térieuse et fermée, a liai par ouvrir
ses portes au monde. O11 peut y
entrer, on peut en sortir, et l'Amé
rique est désormais sa voisine. Des
relations sont nécessaires entre les
deux grands pays. Il faut résou
dre le problème brutalement posé
1 par Denis Kearney, le camionneur
j et l'éiierguinèue de San Francisco,
j Mais (irant, élu pour la troisième
i fois président des Etats-Unis, en
I verra Denis Kearney comme am
j bassadeur en Chine, et le camion
1 neiir cliinophobe, eu dégustant les
• nids d'hirondelle du < '»'leste Empire
1 du Milieu, trouvera que les Chinois
\ ont du bon et qu'il avait tort.
V.
De Chine, non sans avoir fumé
force cigares, car Graut est i'un des
plus acharnés fumeurs du monde,
l'illustre voyageur passera au Japon
ou Nipoii. Le Mikado lui donnera
uu sabre; mais le Ihuri , tombé en
désuétude grâce à l'Imprimerie, à la
presse, aux chemins de fer et aux
libres penseurs, peut être même aux
Jésuites portugais, ne lui prouve
ra point qu'il est une incarnation di
vine. (irant, du reste, est trop bon
protestant pour perdre sa Bible en
route. Mais le Japon est actif, in
j dustrieux et commerçant. Mais si
) le Japonais a la tête grosse, le liez
■ épais, le cou court, les cheveux
noirs, les yeux obliques et la peau
jaune, il est hardi, robuste et- civili
j sé. Ou eu fera un chrétien. C'est lui
i qui commence l'Occident, puisqu'il
n'enferme pas ses femmes. Nouons
des relations suivies avec le Japon,
I et vendons-lui nos bottes chevillées
I de la Nouvelle Angleterre, et 110s
vieilles Bibles. Blaine ferait uu ex
cellent ambassadeur à Veddo.
Et comme nous sommes en 1SS0,
j il est temps que Graut revienne.
! < irant revient.
1 11 débarque à San Francisco au
milieu des acclamations de la foule,
il porte à son front l'auréole des
voyages lointains, des empires par
courus, des royaumes visites, des
républiques entrevues, des grandes
fêtes, des bous diners et d'une popu
larité grandie par l'absceuce. Il a
conquis ce qu'il a vu. Toutes les na
tions et tous les peuples de la terre
I l'ont salué. lia pris du ventre. Nous
, l'attendions avec impatience. Il ar
! rive à temps.
j
Car s'il fut revenu on 1879, com- 1
me il en avait tout d'abord l'inten
tion, il manquait sa rentrée eu la
précipitant. Nous l'aurions bien su
lué à cette époque, et les miile trom
pettes de la renommée auraient cer
tainement fait leur devoir. Mais
les trompettes 11e peuvent pas tou
jours trompetter. Faute de vent et
de poumons, l'enthousiasme le pins
fénétique cesse. Et puis, quand
les trompettes glorifiantes auraient
eu terminé leur besogne, les trom
pettes insolentes auraient commen
cé la leur. C'est lu règle ordinaire
dans les républques. Le héros, avant
trois mois, avant la Convention Do
minante, aurait perdu son prestige
et ses culottes. Et c'est en vain qu'
il répondrait à ses détracteurs: J'ai
vu Bismark, Victoria, Paris, Ma
drid, Vienne, St. Pétersbourg, le
Mont Blanc, les Lieux Saints, les
Pyramides, Bénarès, Calcutta, Pé
kin et le reste. On lui rirait au nez.
Ce 11 'est pas là un programme pré
sidentiel, et Blaine lui dirait en lui
frappant sur le ventre: II est possi
ble que Iioscoe ne veuille pas être
candidat et se retire devant vous,
pareeque vous avez mangé de la
choucroûteavec Bismark; mais Blai
ne ne l'entend pas ainsi. Vous avez
les noirs dli Sud,mais j'ai les blancs
du Nord. A nous deux, mangeur de
nids d'hirondelles)
(3e n'était donc pas en 1879 qu'il
fallait rentrer, mais au commence
ment de 1880.
VI.
Quand on veut rentrer comme un
sauveur, un libérateur et uu hom
me providentiel, — connue un Camil
le — il faut attendre le dernier acte, —
l'acte oil la cité est agitée,où le peu
ple 11e sait où donner de la tête, où
Bremms est plus insolent et mena
çant que jamais. Et c'est alors, pour
peu que vous ayez une épée et de
l'audace, comme aussi du patriotis
me, (pie vous jetez votre épée dans
la balance en vous écriant: Vœ
Vi
Quant à ce Vœ Vieth , il se tra
(lruit comme 011 veut : 11 signifie: —
Je viens à temps. Je vous rapporte
la paix, le crédit, la confiance
et l'ordre. Je suis le défenseur de
l'Union menacée. Et non seulement
je veux l'Union, ce (pli est quelque
chose; mais je veux encore que 110
j tre Confédération devienne autre
j chose qu'une, société en commandi
te, à peine liée pur des questions
d'intérêts, et peu ou point cimentée
par un principe d'unité et uu senti
ment de patriotisme. Il lions faut
être une Sut-ion. .Nous avons une
j langue, un congrès, 1111 président,
i une année, une marine, et nous
I avons autant, de législations et de
j codes que d'Etats. Cela ne se con
çoit point. Les questions de section
er de seetiounalité doivent dispa
raître. Les prétendus droits des
Etats produisent et produiront tou
jours une anarchie deplorable. 11 ne
doit y avoir qu'un Etat, l'Etat amé
ricain. Et cet F.tat fait les lois, frap
pe monnaie, juge, a la Douane, a
l'arme, a la marine, a les postes, a
les chemins de 1er, a le télégraphe,a
des départements et des préfets
comme lu France. Car l'Etat, déjà
possesseur des postes, doit posséder
les chemins de fer. Les grèves d'hier,
violentes et sanglantes, conséquence
d'une concurrence effrénée,r-11 sont
la preuve. Quant à l'uniformité
dans le code et la procédure, i! la
, „
laut. Nous a\ ou s trop de façons 1
d eiiMsager et <1 appliquer le droit
h il et le droit criminel. Ici l'on tue
à côté l'on pend, plus loin ou fouet
te, et. l'on dirait autant de provin
ces à juridictions différentes. Cela
n'a rien de national. Pour les repré
sentants au Congrès, ils sont trop de
leurs bourgs ou de leurs Etats. Il
est temps qu'ils n'y ait plus de nord,
d'est, d'ouest et de sud que géogra
phiqneuient : et ne nous disons plus
phiqneuient : et ne nous disons plus
Caroliiiiens, Virginiens, Pennsylva
uiciis. New-Yorkais, Texiens, &c.,
mais bien Américains. Nous «levons
être une Nation
Certes, ces arguments sont plu»
spécieux que sérieux, et si l'amour
de l'unité vous entraîne trop loin,
Dieu sait ou vous irez. Le centralis
me est à craindre. Il lui faut néces
sairement un contre-poids dans la
liberté. Mais croyons que cette ten
dance est présentement la tendance
américaine, celle à qui nous obéis
sons tous plus ou moins, et qui con
clut à fusionner les groupes dans
une unité plus ou moins vraie et pos
sible. Quant à tirant, et comme sol
dat, et comme l'un des vainqueurs
de la Confédération, et comme le
candidat certain de son parti en
lîS.XO, il est, assurément plus à crain
dre que le bonhomme Hayes.
Eu attendant, il voyage.
Le Canada est un pays très sain,
très froid, et qui fut tiès français.
Car si le souvenir de la vieille
mère-patrie n'est point effacé du
i
!
I
I
i
S
;
bon cœur des Canadiens, et si la
France est encore honorée et vivant»
aux bords da St. Laurent, le Cana
da, politiquement, nous semble irré
vocablement anglais.
La reine Victoria, du reste, vient
d'y envoyer son gendre, le Marquis
de Lome, et sa fille, la Princesse
Louise.
C'est une attention délicate et un
lien.
Ou dit le Marquis intelligent, et
sa femme, la Princesse Louise, est
affable, gracieuse et jeune.
Louise parle le français comme
une Parisienne ou comme une Lou
isianaise, quand les Louisiauaises
voulaient être souverainement gra
cieuses.
Le Marquis de Lome, gouver
nent du Canada, vient cependant
de faire une boulette.
Boulette est assurément un gros
mot, et il ne convient guère à la
langue des cours.
Mais pourquoi le colonel McNeill,
certainement par ordre supérieur,
a-t-il signé le singulier décret or
donnant aux dames canadiennes do
se présenter en robe décolletée aux
réceptions du nouveau Gouverueur
Général ?
Il fait froid, très froid au Canada,
et les épaules nues, sinon de mode,
ne sont point de saison.
Seraient-elles de morale?
Sous l'empire de Napoléon III,
qui 11e fut point un modèle de dé
cence, alors que les robes traînaient
impérialement et ramassaient tout,
certain prélat français, égaré aux
Tuileries, marcha un jour et par in
advertance sur la longue traîne
d'une de ces dames.
— Nos robes sont maintenant si
longues ! dit la marquise en souri
ant au prélat.
— Qu'il 11e vous reste plus, répon
dit le saint homme, d'étoffe pour le
corsage.
C'est que l'empire décolletait im
înodesteinent les femmes.
Le puritanisme et le rigorisme
ne sont pas précisément des vertus,
et la vertu ne monte pas sou col
jusqu'aux oreilles. 11 ne faut pas
nier la grâce et s'envelopper dans
un sac sans formes et sans contours.
La femme est faite pour plaire, et.
Dieu l'a créée pour qu'elle fût char
mante. Laide, lourdè et mal fago
tée, l'aimerions-nous beaucoup?
Mais sied-il bien qu'elle montre pu
bliquement ses épaules au Marquis
de Lome, au colonel McNeill, à
vous, à nous et à tout le momie i
Si cela est royal, cela n'est pas mo
deste. Et la chose 11011s semble
complètement burlesque en Amé
rique, venant par ordonnance et
commandée par décret. Car les
modes 11e sont pas de la compétence
des gouvernements, et si la reine
Victoria impose à Windsor la nature
et la coupe des chiffons féminins,
voire même des habits masculins,
la Princesse Louise, su fille, 11e peut
forcer les daines d'Ottawa à mon
trer leurs épaules.
trer épaules.
Qu'en lieuse VAurore, notre excel
lent confrère de Montréal?
Ce n'est lias là une question se
condaire, toute de chiffons et de
dentelles, dont la politique, n'ait
point à se préoccuper. La femme,
connue agent des mœurs, joue uu
trop grand rôle social pour que
nous voyions avec indifférence les
modifications de son costume et les
déplacements de sa robe. Et nous
. lovons que la mère seule a droit à
sll f>lii„e impudeur de sein nu.
Car l'œil, posé sur l'enfant et voy
mit la goutte de lait sacrée, est res
pectueux et chaste comme lu pen
sée de la mère elle-même. Mais la
morale, qui est le nom auguste de. la
pudeur, 11e vent point de nudités
provoquantes et indécentes. Elle
rougit deux fois en voyant Tartufe
prenant son mouchoir d'hypocrite
et le mettant, sur le sein d'Elmire.
Mais le colonel McNeill, puni pour
i les autres, a reçu l'ordre de retour
111er en Angleterre, et les belles Ca
! iiadieunes, enveloppées de robes
chaudes et de fourrures, ne s'enrhu
I nieront point pour plaire aux liabi
I tudes des cours (l'Europe et aux
i caprices d'une mode pins immodes
te encore que contraire au climat
S rigoureux du Canada.
Car il fait froid au Canada, très
; froid, et la neige le couvre présen
tement et pour plusieurs mois d'un
manteau tout éblouissant de blan
cheur.
P. S. — Mais ce qui vaut mieux
que le décret de McNeill est ceci :
"Le Gouverneur Général et la.
princesse Louise ont envoyé une
somme de 8400 au maire de Halifax,
M. Tobin, pour être distribuée aux
pauvres."
Nous lisons aussi dans VAurore
de Montréal :
"La roue d'une voiture appartenant
M. Sliunn so df-taclia près (lu pont (l'lalim
bonru;, à Ottawa. Le j ta livre homme l'ui
j sail des eflbi'ts considérables pour la repla
cer, mais ne pouvait y parvenir. Deux
livi-soniies arrivant sur ces entrefaites, il
tes pria de \ouloir bien l'aider; ils consen
tirent uUigeainnient, et. à eux trois,repla
cèrent la roue dans sa position première,
il. Sliluni les remercia avec effusion cl tel.
I

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