OCR Interpretation


Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, April 12, 1879, Image 1

Image and text provided by Louisiana State University; Baton Rouge, LA

Persistent link: https://chroniclingamerica.loc.gov/lccn/sn82015038/1879-04-12/ed-1/seq-1/

What is OCR?


Thumbnail for

A.
/»-S/. r.£..
HÉS


L.S.U»
Library
Baton
.TOURNAT. POLITIQUE, LITTERAIRE ET CAMPAONARD
VOL. XV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI 12 AVRIL, 1879.
iVO. 24.
Ht 9.ouf0fatiaf0.
tfOTTRItf.A.1, OFFICIEL
—I)K |.A—
Paroisse 8t. Jact|iM.
PUBLIK CHAÇt'K MAMKDI HANS I.A
Pa,roi««o St. Jacques,
Convent P. 0.,
Loniriane.
J. aENTIL,
Kill TE VU ET REDACTEUR.
Abonnement:
$5,00 PAlt ANNEE.
PAYATJLK D'AVANCE.
PBIX DES A«N0Î!CÎS:
sr csrr« do 10 lignes, ot» moins, pre
mière in.wrt.icin SI, 00.
Pur eftrriî (lo <-li;u|ui; publication suli
n^4pi«ntc 75.
Lf* (•uiiuiiiiniqnés tic nature pcrHoiiiiclle
«*t los avis l 'aiméo hc régleront île gré à
xré »vre r<tàito*n\
AGENTS DU 10UI8IA5AIS.
Nouvelle-Orléans:—A. G. Koinuin.Tclion
|»iloul:is St., \'>. 15.
St.-.Iacipies, 8t.-Joi»n-Ilaptistn, Iberville,
Assomption et Ascension: — Jnst Cornes,
Donnldsonvilie.
I.afayctt«, Attukapns:—Edouard E. Mou
ton.
K.>tivoUe-ll(5i*.(ï: ^ Charles Clèrn.
Viieherie: — Morris Feitel.
(§ur 'V^rr IßT
Snconnü?
II.
Mais la in« ihou dn Prêtre
5Snr laquelle est écrit.
Le nom divin «lu Maître,
lie nom «le Jésus-Christ,
A vraiment IW-rc mine,
Un air «le majesté,
Kt lieau front qui domine
ï«es malsons d'à-côté.
Ce n'est pas misérable
Bicoque à vieux volets,
Mais plutôt vénérable
Et glorieux palais.
A coup sûr, il faut être,
Pour habiter cela.
Soit un grand, soit un maître,
Soit uii royal prélat.
Car les riches tentures,
Les marbres, les blasons,
Dirent les prélatines
Kt les hautes maisons.
Eu effet, là demeure
Sacerdotaleinent
Un homme pour qni l'iieure
Passe agréablement.
Un homme! Plus peut-être.
Car il est revêtu
l)u nom puissant de Prêtre
Et d'antique vertu.
En tout cas, s'il est homme,
Ayant notre levain,
Il convient qu'on le nomme
Personnage divin.
Car il porte sur terre,
En toute vérité,
L'auguste caractère
De la Divinité.
Et ses œuvres sont celles
Qu'on «lit avec raison
Grandes, universelles
Et sans comparaison.
D'où je couclns, eu somme,
Et pliant les genoux,
Qu'il est bon qu'on le nomme
Tout autrement que nous,
Et qu'il soit Excellence,
Eminence, Clarté,
Grandeur, Bénévolenco,
Puissance et Majesté.
Ces titres et bien d'autres,
Que n'ont jamais iiorté
Los glorieux apôtres,
Ko sout point Tanite.
Si le prélat les porte,
Ou bien les laisse voir
Quelquefois à sa porte,
Ce n'est que par devoir.
Ils sont l'honneur suprême
Et l'hommage que reiul
A l'Etemel lui même
Le très haut Kévércnd.
Mais au fond «1e sou «le âme
Le modeste prélat
Est simple et ne réclame
Pour lui rien do cela.
11 est évangélique
Et bon, en vérité ;
Il eat apostolique
Et plein d'humilité.
An palais qu'on croit Être
Un imlais ponr «les rois,
Ce brave et digne Prêtre
Porte humblement sa croix.
J.G.
INSTITUANTE
-ET
iuTRBS inOSRS.
I.
Causons, si vous le voulez bien.
La causerie, après tout, dans un
journal ou ailleurs, vaut mieux que
la période aux éuormes dimensions,
et, du reste, nons ne devons point
oublier que nous sommes campa
gnards, c'est-il-dire gens simples,
illétrés, naïfs et n'ayant «Iroit à au
cune prétention bourgeoise et sa
vante.
En plu#, la discussion n'est, sépa
rée «le la dispute cjue par l'épais
seur d'un cheveu ou la ténuité «l'une
ligne invisible.
Adonc, causons.
C'est notre droit hebdomadaire,
et même notre devoir.
Mais snr quoi ?
Ce ne sont assurément pas les
sujets qui manquent. Il y a la reine
«l'Angleterre qui voyage en Italie,
Alplio.se qui veut se remarier, le
Comte «le Chambord qui envoie
20000 francs à Léon XIII, Itismark
qui gourmande son.chieii Néron, le
czar de Russie qui voit des nihilis
tes dans tons ses cauchemars, le
■Sultan de Constantinople «jiii vend
sa vaisselle plate et sa batterie de
sérail,Grévy,chanoine «le St. Jean de
Latrau,qui ne peut pins jouer au bil
lard, et—comme nous sommes Amé
ricains, c'est à dire tiers «le nos ins
titutions et glorieux de nos grands
hommes —Grant qui t'ait triompha
lement le tour du monde et recueil
le sur sa route les hommages et les
offrandes de tous les souverains et
de tous les peuples île la terre.
Ce Grant, Ulysse «le prénom, tient
à honneur «l'imiter celui «l'Ithaque.
Il veut »voir sou odyssée. Mais il
n'a pas eu besoin de la magicienne
Circé pour être matamorphosé en
pachyderme comme Grillns.
Ce Grant, aux «leruières nouvelles,
et qui sont récentes, car les navires
à vapeur d'aujourd'hui vont plus
vite «pie les trirèmes du temps de la
guerre «le Troie, et les Grecs ne con
naissaient point la télégraphie élec
trique, ce Grant, «lisons-nous, était
à Singapore, dans l'Inde, au pays
«les tigres, et bien portant.
Il :il!ait partir pour le royaume
«le Hi iim.
Kt le roi de Siam, qui connaît les
belles manières et la politesse an
moins aussi bieu que la reine Yicto
ria, Mac Million, Guillaume, Al
phonse, Alexandre et les autres, et
qui sait tout ce que l'on doit à un
illustre et puissant personnage com
me Grant, l'ayant appris «lu reste par
me Grant, l'ayant appris par
les journaux de Londres, de Paris,
«le Berlin et «1e Washington, se
prépare à recevoir Grant comme le
plus glorieux des tils «le Bouddha.
Il lui envoie le grand éléphant
blanc «le, la pagode «le Bankok, qui
est Dieu.
Car les doctrines «le Louis Veuil
lot, bien que publiées dans l' Univers,
n'ont pas encore civilisé les trois
millions de Siamois qui cultivent le
riz, le coton, le sucre, le poivre,
le béthel, etc.. et les habitants du
royaume de Thaï,encore païens pour
leur malheur, ont une vénération
spéciale, voire même une adoration
particulière, pour l'éléphant blanc.
Mais il faut qu'il soit blanc.
(iris, roux ou jaune, l'éléphant
ne serait ni vénéré, ni adoré, ni
Dieu. On ne respecterait pas sa
trompe. On s'en servirait ponr por
ter «les fardeaux, et on s'en sert.
Mais blanc, il a sa pagode, ses prê
tres, son foin, son culte et son auge
«l'or. Après tout, cela se conçoit.
Mais voyez-vous Grant monté sur
l'éléphant blanc de Bankok!
Il rappelle un peu, tout en le dé
liassant de beaucoup, Bonaparte
monté sur nn chameau «l'Egypte et
faisant le tour «le la pyramide «lu
Chéops. En tout cas, depuis Alex
andre qui vainquit l'orus et prit ses
éléphants de combat, on n'avait ja
mais vu un graiul homme et un
grand guerrier monter ainsi sur le
dos du plus gros et du plus divin
«les mammifères connus.
Salut à Graut, le cornac superbe!
II.
Mais il lie s'agit pns «le Grant.
Et nous devons causer sur autre
chose.
Ne serions-nous, gens de la Loui
siane, préoccupés par rieu d'impor-,
tant pour le quart «l'heure !
Il n'est pas de petit pays qui
n'ait ses grandes choses.
Mais si.
On ne parle autour «le nous que
de Convention, de Constitution, de
dettes, d'intérêts, d'honneur, de
malheur et de justice.
Et c'est le 21 «lu présent mois, à
< la Nouvelle-Orléans, rue St. Louis,
Hôtel du même nom, tout près de
la chapellerie de Bécliet, que se ré
unit la Convention louisianaise.
Il vaudrait mieux dire Constitu
ante que Convention.
En tout cas, celle de la Nouvelle
Orléans, du 21 avril 1879, n'aura ni
les coups de foudre ni la gr an dent
de celle de 1792, à Paris. Autres
temps, autres mœurs et autres gen».
Mais il parait, que la Constitution
de la Louisiane est mauvaise, voire
ménicr très mauvaise, puisqu'on
vent la changer, puisqu'on va la
changer et puisqu'on va la rempli
cer par une nouvelle. Car 8i elle
était bonne, on la garderait. Notre
voisin sourit, et prétend que ce n'est
pas là une raison.
Pour nous, d'accord avec le peu
ple, sachant du reste que les Consti
tutions sont un peu comme les ha
bits et les chapeaux, nous trouvons
raisonnable qu'on démolisse la vieil
le et qu'on en bâtisse une nouvelle,
pourvu toutefois que la nouvelle
vaille mieux que la vieille. Il serait
absurde de calculer autrement, bien
qu'il arrive à force gens de calculer
autrement.
Cependant, comme il n'est point
à présumer que la vieille soit ab
solument mauvaise, mauvaise de la
base nu sommet, nous pensons hum
blement qu'il ne faudrait pas que
la nouvelle fût un renversement
complet, radical et dangereux.
Et si nous voulons réagir contre
le désordre — ce qui est juste — nous
n'entendons point réagir «outre la
liberté—ce qui serait injnste.
Nous devons être démocrates
«lans la généreuse et large accep
tion «lu mot.
Un suffrage restreint on diminué,
pour cause «le couleur, «l'argent ;ou
d'intelligence, ne nous va pas. 11
ifisst pas besoin d'être blanc, «l'être
riche et. d'être lettré pour être citoy
en. Et la loi, loi pour tous, doit
être faite par tous. Les coquins
seuls, ayant subi une condamnation
infamante, n'ont plus droit à la ci
toyenneté.
Vous rappeliez vous l'argument
de Benjamin Franklin contre les
hommes à qualifications électorales!
Il est il poil. Le voici :
John est un homme honnête, intel
ligent et laborieux, mais «jui n'a pas
un âne.
James est un paresseux, un imbé
cile et un vaurien, mais qui a un
âne.
âne.
John, n'étant point propriétaire,
ne vote pas; mais James l'étant, et
par le fait «le son âne, vote.
(»»ni «Inné vote alors ?— Assuré
ment l'âne.
Quant â la question de peau et de
clievenx, elle est, devenue parfaite
ment oiseuse «levant, la grande civi
lisation du XI!ve. siècle. Et le plus
étroit de nous, hier, pensant qu'Ai
lexandro Dumas n'aurait pas pu
être un citoyen convenable, aurait
certainement pensé comme un mol
lusque. Et si Bonjour, le célèbre
auteur dramatique, revenait â la
Nouvelle Orléans, son lieu «le nais
sance, et s'il votait comme vous et
comme nous, il est très probable
qu'il voterait pour des gens n'ayant
ni son intelligence, ni son talent, ni
son caractère.
Mais personne ne pense plus que
les cheveux droits soient un privi
lège, et que la laine frisée soit un
un cas rédhibitoire.
L'a-t-ou même jamais pensé!
Car lorsque le préjugé est dépouil
lé, et que l'homme est pour ainsi <li
re nouveau, ou met très volontiers
sur le dos des étrangers des opinions
«pii vous furent pcrsonnnelles.
Ou bien encore l'on dit: Moi ce
n'était pas moi.
III.
Le Constituante respectera donc
le suffrage universel, qui est démo
cratique.
Et ce suffrage universel s'appli
quera, connue «le juste, au pouvoir
législatif, «pii doune «les lois, et au
pouvoir exécutif, qui exécute les
dites lois.
Mais est-il bien nécessaire que
l'administration, dans ses rouages
multiples et secondaires, dans ses
fonctionnaires «le tout nom et «le
toute bureaucratie, soit soumise à
la roue toiirnanted'unsuffrage cons
tant, ineessaut et souvent «léma
gogique !
Il n'est pas bon que la roue tour
ne constamment et pour tout. On
ne voit plus qu'elle. Elle uous em
porte tous dans sa folie.
Eu plus, il u'est pas exactement
prouvé que le terme des fonctions
du gouverneur et du lieutenant-gou
verneur doive être rigoureusement
«le quatre années. Le terme «le six
ans lie vous rendrait pas plus des
pote que le terme de quatre ans. Et
ce serait une économie d'argent et
«l'agitation. Superbe et précieuse
économie par les temps qui courent
et les mœurs qui divaguent!
Nous en dirons autant pour les
législateurs élus pour deux ans.
Qu'ils le soient pour quatre.
Mais comme le législateur ne doit
pas être tout à tait uu galopin sans
I expérience, un écolier ayant encore
la
la
la
11
ci
les
un
et
la morve au nez,nous ne voyons pas
pourquoi des conditions d'âge ne se
raient point imposées aux gens qui
font nos lois. Mettons trente ans.
Et nos Législateurs, alors, cesseront
d'être des classes d e Juniore».
Ce n'est pas que les jeunes soient
mauvnis, et la jeunesse u'est assuré
ment pas chose mauvaise: mais les
jeunes sout volontiers saus expé
rience et présomptueux.
Nous demandons aussi que le lé
gislateur sache lire et écrire. Quel
ques fautes «l'orthographe, toutefois,
ne seraient point nn cas absolument
rédhibitoire. L'orthographe est uue
chose si baroque!
Quant au salaire des dits législa
teurs—la Législature siégeant une
fois l'année et pendant trente jours
— il serait celui «l'un ouvrier char
pentier. Deux piastres suffisent.
On peut vivre avecileux piastres par
jour.
(Jar il faut considérer qu'un gou
vernement républicain et démocra
tique doit être un gouvernement à
bon marché. Les appointements éle
vés, qui sont une mine et un contre
sens «laus les républiques, ne •'con
viennent qu'aux empires, aux royau
tés et aux aristocraties.
Quatre nulle piastres pour 1 un
gouverneur!
Inutile de dire que les gros ap
pointements doivent êtres rigoureu
sement diminués, et que des colle«;
teurs de taxes à huit on dix mille
piastres par an, souvent plus, sont
des vampires parfaitement nuisi
bles. •
Et toutes les fonctions inutiles, «le
luxe, créées pour les besoins «l'une
politique de fantaisie, qui enlèvent
«tas hommes â la terre et les jettent
au parasitisme, par lesquelles notre
machine use plus «l'huile et «1e grais
se qu'elle ne fait de bonne et sérieuse
besogne, ont droit à la suppression
radicale et immédiate. Plus tard,
«ïuaml nous serons riches, si nous le
(levenons jamais, et quand les taxes
ne seront plus un lourd fard«»au «le
misère et «le servitude sur les épa nl«îs
meurtries de l'agriculture et «lu tra
vail,comme elles le sont aujourd'hui,
lions nous passerons, si vous le dé
sirez, la fantaisie «1e pages, «le bouf
fons et de valets coûteux.
Mais l'économie, une vertu on
tont temps, est pour le quart «l'heu
re un impérieux devoir d'honnête
homme et de bon gouvernement.
Car il faux payer ses dettes et «li
miiiuer les taxes.
IV.
Mais avant de parler «lu paiement
des dettes et de la «liniiiiiition «les
taxes — problème à solution difïici
le—touchons à deux points d'une ira
tanee majeure.
Le premier concerne l'assesse
nient.
Le second concerne le système
judiciaire.
Car l'assessemerit en Louisiane est
fait sans méthode, sans unitorinité
et d'une façon vraiment fantaisiste.
11 change de village à village, «le
maison à maison. Aucune règle «1e
justice n'y préside. Il dépend «lu
bon vouloir, du caprice et des lu
mières personnelles ou i m person
nelltîs «le fonctionnaires très secon
daires et tiès mobiles.
Est-ce logique!
Ne faut-il pas une loi «l'assesse
ment uniforme!
Pourquoi la terre ou propriété, à
St Jacques, payerait-elle «leux fois
moins qu'il St. Jean Baptiste!
N'auriez-vous point un moyen gé
néral «l'estimation, et qui ne dépen
drait pas exclusivement «les lumiè
res on «les caprices d'un fonction
naire transitoire!
Il nous semble bien que oui.
Car enfin la terre n'est pas «le
quaraute-cinq qualités différentes.
Quand vous l'avez classée en trois
catégories, vous avez fait un classe
ment, exact. Il ne reste donc plus
à l'assesseur, qui devient une ma
chine à addition et à multiplication,
qu'à faire une simple tableau, et un
tableau facile.
Les maisons et les sucreries, elles
aussi,ne sont pas «les valeurs de dif
ficile appréciation. Il en est «le
première, de seconde et «1e troisiè
me qualité. Quant aux charrettes,
aux chevaux, aux mulets et aux
instruments aratoires, ils peuvent,
et doivent tomber dans la même rè
gle de classification et «l'estimation.
Mais l'assesseur, «laus tousces cas,
cesse d'avoir un pouvoir quasi-abso
lu. Il ne fait plus la pluie et le beau
temps. 11 est à St. Jacques comme â,
Jean Baptiste. 11 est subordonné à
uue règle fixe, à une loi invariable,
à une estimation qui ne dépend plus
de lui ou du propriétaire. Ce n'est
plus lui qui détermine le tarif. Le
tarifa été déterminé en haut.
Créez au besoin un cadastre
Mais il est de toute rigueur et «1e
toute justice, si vous voulez que
l'impôt soit équitable, que Pierre
ne paie pas plus que Paul, ou moins
que Paul, pour un arpent de terre
de même qualité, et. que le fardeau
tombe capricieuse meut sur les épau
les de celui-ci au grand plaisir de I
celui-là. Car l'impôt est la charge
légale. Et la charge légale, doe A
l'Etat et à la communauté, cesse
d'être légale du moment qu'elle n'est
point équitable. Elle rappelle les
temps et les pays où les biens d'un
riche clergé étaient affranchis de
tout impôt. Il est vrai qu'on payait
la dîme au dit clergé, et c'était là
une sage compensation.
Quant à l'argent., ce gros et res
pectable monsieur du billet, de l'hy
pothèque, du dix pour cent, souvent
plus, et de la banque aux tentacules
innombrables, il faudrait pourtant
bien le saisir. Il se inoque par trop
impunément de la maison qui paie,
de la terre qui paie, du! métier qui
paie, de la profession qui paie, et du
travail qui sue. Avec cela, vous le
savez, il manque assez commu
nément «le générosité intelligente
et «1e patriotisme courageux.
Oui, il faudrait que cet aristocra
te, lui aussi, payât sa part de gou
vernement et de protection. Car on
le protège avec un soin tout parti
culier et des égards tout spéciaux.
Si les banques, de temps eu temps,
île sautaient pas pour amuser la ga
lerie «les pauvres «liables. il serait
plus privilégié que le plus haut des
empereurs «le la terre.
Mais l'argent est malin. _
On prétend même {que""c'est lui
qui légifère.
En tout cas,'si c'est lui qui légifè
re, il aurait bien tort de ne point
s'accorder «les immunités précieuses
et «les fancliises aristocratiques.
Pourquoi le peuple est-il assez
naïf pour donner sa confiance aux
gens «lu capital, et le penple lie mé
rite-t-il pas ordinairement le sort
qui l'afflige !
V.
â,
à
Qnant au système judiciaire de
cet Etat jadis moral, dit-on, il sera
naturellement l'une des préoccupa
tions les plus sérieuses de la pro
chaine Constituante.
Il y aura, «lu reste, affluence d'a
vocats dans la Constituante, comme
dans tous les cotps législatifs de ce
pays. L'avocat est roi.
Mais il est bien certaiu, d'après
l'opinion «le Pierre et celle de Paul,
d'après les journalistes, les avocats,
les juges et les marchands de café,
comme aussi en présence d'une jus
tice boiteuse, d'une corruption mon
tante et d'une désorganisation so
ciale de plus en plus évidente, que
notre système judiciaire est d'une
singulière et notoire imperfection.
Car il. donne de très mauvais
fruits.
Et si Injustice, «lans n'importe quel
pays, est mal conçue, mal rendue,
mal représentée dans la personne
des magistrats, au «liable ce pays.
Croyez bien que les mœurs, faciles
d'abord, finiront par devenir épou
vantables. Et quanil vous avez ces
mœurs épouvantables, toutes'de
corruption, «le démagogie et d'orgie,
vous cessez d'appartenir à la famil
le des nations civilisées.
Mais si la justice est vraie et le
juge honorable, itoitt est bieu, on
presque tout. Le crime, en tout
cas, ne tient pas le haut dn pavé, et
les chiens ne peuvent impunément
nioulre les mollets des gens honnê
tes.
En vérité, nn bon jnge vaut en
core mieux qu'un bon gouverneur,
un bon législateur et un bon géné
ral de la milice. Car,les erreurs de
la justice, qui sont des crimes, ont
«les conséquences terribles. Et si
l'on se prend à demander l'infaillibi
lité pour un homme, c'est pour le
juge.
Mais pour qii«! le juge vaille quel
que chose, soit bon, digue «le son
nom, respectable et respecté, que
faut-il donc!
A moins «l'être nn homme de pri
son, de galère et de corde, ou bien
un fou à lier, chacun dit: Le juge
doit être un homme éclairé, impar
tial et souverainement honorable.
Et quand il est cela,—toutes con
ditions qui lie se trouvent point
dans l'élection par la foule — il ne
peut, raisonnablement être cliaugé
comme une chemise sale. 11 faut,
remplissant les conditions voulues
d'âge, de savoir et d'honorabilité,
qu'il ait quelque chose «lu sacirâos
in œternum du vieux Malchisédcc.
Deux ou quatre ans de judicature
sont une mauvaise plaisanterie.
L'inamovibilité, dans une certaine
mesure, est nécessaire.
C'est potirqnoi nous nous permet
tons «le dire ceci, en manière «le cou*
elusion:
Le juge ne sera pas élu par le
peuple.
11 aura exercé le droit pendant
quinze ans an moins.
Il sera recommandé par les mem
bres du barreau de,sa paroisse ou de
son comté.
Il sera choisi par le gouverneur,
et le Sénat ratifiera ou repoussera
le choix.
11 sera juge à vie, c'est-à-dire ina
movible.
Cependant, comme tont homme
, est faillible, et comme il uc convie«
I
rest&tsurun siège souillé,la Chambre
et le Sénat, sur
rication, à la ma r
des membres, pourront le «
Cassé ou destitué, il aéra pendu.
Car la peine de mort, supprimée
pour les autres, sera maintenue pour
lui seal.
Mais ce juge,deJa£onr Suprême
ou de la Cour de District—car les
jnges de paix entreront dans un au
tre paragraphe—devenu quelqu'un
de très haut, de très solennèl et d»
souverainement 'grave, lie présidera
jamais sa Cour sans la robe et
l'hermine.
Car le paletot, la jaquette et mê
me l'habit noaMt fww «k# vêîwm-u ta
convenables pour uu magistrat de
cette dignité.
Est ce qu'ua évêqde a des habits
bourgeois quand il officiel *"* ' 1
Et si le simple prêfre officiait lui-'
même en paletot de Casimir, ou en
rédin&ote «1e lasting, le service di
viu n'en souffrirait-il pas quelque
peu f
Quant à la couleur du jnge, elle
pourra être celle d'un blauc, d'un
noir on.d'iln mulâtre.
Ce n'est pas la peau qdi fait l'hom*
me.
Mais s'il est en Louisiane, k I'lieU
re préseute, avec l'organisation ju*
diciaire actuelle, de par le suffrage
universel qui touche à tout et con
fond tout, nue ponillaSserie dégoû
tante et un fripouille sanstiom, c'est
ce qui perte le nom de Justice de
paix.
Car cette justice inférieure, d'éu
bas, des petits faits et des jietits mé
faits, ayant cours chez les pauvres
(liables, «lans une foule ignorante,
point éclairée, il peine affranchie ot
qui a besoin d'une protection spé
ciale et paternelle, est parfaitement
ignoble et scandaleuse. Elle est celle
qui pille, détrousse et vole. On lie
fait pas autrement au coin d'un bois.
Tout eu réservant, comme «1e
juste, quelques braves juges de paix
ça et là, honnêtes, intelligents et
consciencieux, qui mangent «lu pain
sec et boivent de l'eau, nous pou
vons déclarer sans crainte que le
persouuel des juges de paix louisia
nais est vie oïliense et mauvaise
plaisanterie qui «loit faire rougir un
peuple jusqu'au bout des oreilles.
Ils ne savent paStous lire et écri
re, les dits juges de paix.
Ils suscitent au besoin des querel
les.
Ils grugent l'huître et les coquil
les.
Ils rançonnent ceux qui battent et
ceux qui sont battus.
Ils sout innombrables comme les
reptiles.
Et c'est par eux que le noir igno
rant, leur pauvre diables «1e frère —
car les noirs ont eu la sottise «le
car ont eu sottise «le
choisir «les noirs pour juges—est
rançonné, pillé, grugé, dé|>ouillô
eu tout ou un partie de sou maigre
salaire de travailleur, et mécontent.
Mais il est plus que temps, pour
l'honneur dn pays «it la moralité «lu
peuple, que «1e semblables abus dis
paraissent, et que la justice «l'en
bas, ou mieux du premier degré,
cesse «l'être oppressive, arbitraire,
inique, éhontée et prostituée, pour
devenir autant que possible facile,
bonne, équitable, juste, gratuite et
démocratique.
Certes, il n'est pas absolument
nécessaire qu'un juge de paix soit
un docteur en droit; mais il n'est
pas de rigueur, non plus, qu'un Jjuge
de paix soit un âne. Et quiconque
juge ses semblables, à un titre ou à
autre, dans les petites choses com
me «lans les grandes, pour quatre
piastres comme pour quatre cents
piastres, doit assurément être Uu
homme intelligent, compétent, im
partial et honorable. L'âne, répé
tons-nous, ne convient pas, ni le co
quin. Les deux couvieuuent moins
encore.
Que faire!
La chose est des plus faciles.
Diminuez-en d'abord le nombre.
Où il n'en faut que deux, n'eu met
tez pas Nix.
Exigez ensuite d'eu* certaines
conditions «l'âge, de savoir et «l'ho
norabilité.
Que leur juridiction, avec leur sa
voir et leur responsabilité, soit quel»
que peu étendue.
Qu'ils touchent un salaire ntiimel,
suffisant, et leur permettant de rem
plir leurs devoirs avec toute la cons
cience voulue.
En dernier lieu, et surtout, qu'ils
soient, novr^s par le gouverneur
de l'Eu . rès uue liste faite par
le juge i , ^ isse et les avocat* «lu
barreau. > s la sanction du Sénat
ne nous semble pus inutile.
Car il ne faudrait, pas, en ces ma
tières comme eu d'autres matières,
donner trop de pouvoir à l'Exécutif.
L'Exécutif, du reste, doit avoir
son autorité définie, limitée, main
tenue dans les bornes d'une sage dé.
inoeratie, et ne pouvant être exa.
gérée sans peine et saus condamna,
tion. Un gouverneur ne sanrait J»

xml | txt