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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, May 24, 1879, Image 1

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Ce Conifitanais
JOURNAL POLITIQUE, LITTERAIRE ET CAMPAGNARD
VOL. XV.
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI 24 MAI , 1879.
NO. 30.
2U ILouffiiianats.
JOURNAL OFFICIEL
— BK I.A— -
ParolxHC St. Jncqnc».
ri'DMK ClIAQtîE SAMEDI DANS I.A
Paroisse St. Jacques,
Cotrent P. 0.,
Louisiane.
J- GENTIL,
EDIT EUU ET REDACTEUR.
Abonnement:
IÎ5.00 PAR ANNEE.
1' AVA11LE D'AVANCE.
PHIX DES ANNONCES:
5 carré «In 10 lignes, ou moins, pre
mière insertion $1,00.
Par carré «lu chaque publication sub
ftéqfientc 7").
Les communiqué» «le nature personnelle
et les avis \ Tanné« se régleront «le gré à
gré avec l'éditeur.
A(«K$TS DU LOUISIANA«.
Xouvcllc-Orléans*. — A. G. Itoniain.Tcliou
pittvulas St., y»». !f>.
St.-Jacques, St.-Jeaii-Tlaptiste, Iberville,
Assomption et Ascension: —Just Comes,
Donaldson ville.
Lafayette, Attakapas: — Edouard K. Mou
ton.
Non vellc-Ihérie :— Charles Clère.
Vacherie: — Morris l'citcl.
S ES I oues I N
ioüISUNB,
I.
Un journal disait dernièrement:
Les foi res sont de venue» une insti
tution looisiaiiaisc.
.Mais il disa.it mal.
C'est habitude qu'il faut dire.
(Jar les foires, récentes eliez nous,
ne sont pas encore une institution
pour k peuple, et la Constitution
tie Ii» Louisiane est muette sur leur
compte.
Si h» Législature, dans ces der
niers temps, travaillée par d'étran
ges intérêts, s'est occupée incidem
ment des foires, c'est que certains
législateurs subalternes, juris de po
lice et autres, avaient eu l'incon
venante idée de traiter leurs or
ganisateurs comme aubergistes, c:i
baretiers, cafetiers, gecis de bouti
que, gens de lofcrie et simples mar
chands forains.
Saus égard pour le but proposé,
prenant le mot foire à la lettre, les
«lits juris du police et législateurs
subalternes avaient imposé les or
ganisateurs et donneurs de foires.
11 fallait payer licence pour man
ger, pour boire, pour chanter et
pour s'amuser en toute innocence.
Le fisc réclamait ses droits.
Mais voici pourquoi nous avons
■employé les mots : à la lettre.
Car la foire, il l'origine et dans
sou véritable pays, en Europe par
vxemple, ne ressemble qu'imparfai
teiueut à la foire américaine et loui
mauuise. Les Américains sont gens
d'esprit, de goût et de progrès,—de
progrès surtout. Ils savent s'appro
prier les choses, et les embellir. La
liberté leur permet des innovations
charmantes et singulières. Mais la
foire européenne, malgré les Ex
positions, les concours régionaux,
les fêtes de village, les kermesses
de Belgique et le pardons de Breta
gne, n'a guère varié ou changé de
puis trois siècles. Elle est toujours
la même. Elle signifie toujours, se
lon l'esprit de la chose, lu lettre du
mot et le dictionnaire de l'Académie:
Grand marché public où l'on vend
toutes sortes de marchandises, et
qui se. tient, chaque année, dans le
même lieu et à «les époques fixes.
Car c'est un marché et nn mar
ché entièrement public. Y va qui
veut, y vend qui veut. Ou y boit
uussi. .Mais c'est en plein soleil qu'
elle se tient, sur les places, le long
des allées d'arbres, dans des barra
ques en planches ou sous des tentes
entoile. Les saltimbanques et les
montreurs de boas ont des tentes.
Mais les marchands de pommade et
de parapluies,qui sout moins arabes,
ont la barraque en planches. Aux
temps du bon roi Louis Philippe, en
France, la foire se terminait ordi
nairement par un mât de cocagne
graissé et glorieux. Sous l'empire
aussi, croyons-nous. Car les rois et
les empereurs aimaient volontiers
à ravaler le peuple et se réjoussaieut
qu'il fût vil.
Mais le mot foire, marché public,
ne vient pas, conimo le pensent cer
tains étymologistes, du mot/oWn,
foriarum , qui veut dire autre chose,
mais de forum , place publique,
peut-être aussi du verbe grée phe
rein , qui signifie porter.
Car l'on portait toutes sortes de
marchandises aux foires. N'est-ce pas
même encore le cas! Les foires sout
elles donc abandonnées! Et vous sa
vez qu'il y en a de très importantes
et de très célèbres, réputées pour
une chose ou pour une autre, et que
le commerce honore à bon droit.
Chaque ville a la sienne, et chaque
ville en est très fière. On connaît
même des bourgades qui en ont.
Mais non* comprenons à merveille
que les foires, qui sont les fêtes vé
ritables des marchands, des bou
tiquiers, des bateleurs, des curieux,
des femmes et des enfants, jouis
sent d'une grande popularité dans
les vieux pays de l'habitude. Avec
elles on pourrait au besoin faire
l'histoire d'un pays, et bien des
grandes choses y ont eu leur modeste
origine. Eu effet, si l'on vous dit
que le Théâtre Français de Corneil
le, de Racine, de Molière, de Vol
taire, de Hugo et des autres remon
te aux foires du XVe. et du XVie.
siècle, et que l'opéra comique a com
mencé à siffler, à chanter et à rire
en 1595 dans l'enclos de la foire St.
Germain à Paris, on vous dit une
chose parfaitement vraie.
On prétend aussi que Shakspeare
a débuté dans les foires de la i Mer
ry Eiif/land.
Mais s'il faut en croire le vieux
proverbe, les larrons s'entendaient
en foire.
Et le proverbe existe encore.
II.
Les foires de la Louisiaruj, elles,
n'ont qu'une vague ressemblance
avec les foires d'Europe, et le même
nom ne dit pas précisément la même
chose. Il y aurait inconvenance à
les comparer et â les rapprocher.
Il est donc nécessaire de dire ce
qu'est communément une foire eu
Louisiane,dans nos villes et dans nos
campagnes, et pourquoi, sans que
nos mœurs nous y aient préparés de
longue main, nous acceptons au
jourd'hui la foire comme un devoir,
un plaisir et une fête. Pourquoi l'ai
mons-nous! Ce sera peut-être un
moyen d'expliquer notre état social
et moral, l.i condition de nos esprits
et la toi île nos âmes. Aux plaisirs
qu'on se donne, aux devoirs qu'on
remplit et aux choses qu'on aime,
on peut juger un peuple. Et si
vous voulez connaître les hommes
d'un pays ou d'une ville, ce n'est
pas absolument au théâtre qu'il
fautles examiner. Au théâtre,même
à celui du peuple, ces hommes sont
peu nombreux, silencieux et gênés.
Ils ne peuvent guère que pleurer,sif
fler ou rire. Ils ne sont pas eux. Ils
sont spectateurs, non acteurs. Mais
à la foire, ordinairement, les indivi
dus sont nombreux, comme aussi,
dans les campagnes, gens de toutes
les classes. Il y a pour eux,dans cet
te fête et ce dimanche, un coudoie
ment tont démocratique et un lais
ser-aller charmant. Its sont venus
pour se distraire, pour s'amuser,
pour l'aire une bonne action et
pour être acteurs. Car chacun est
acteur à la foire. Il snflit pour cela
d'avoir quelques dollars dans sa po
eheet d'être généreux. A vee ces quel
ques dollars, de la jeunesse, un bon
caractère et de l'appétit, 011 peut
boire, manger, prendre des billets
de loterie, faire le galant, dire des
tendresses ou des bêtises, et payer
le bras d'une statue, la tête d'un
saint, la corde d'un cloche ou la mar
mite d'un révérend quelconque. Ce
sont, bien que la chose lie se passe
point en lieux et temps païens, mais
par expression consacrée et stéréoty
pée, les mains des Grâces qui vous
serviront. Iléhé vous versera du
Champagne, Junnn, mais Junou
souriante, vous offrira une cuisse de
volaille, et votre patron d'hier, un
vieux Jupiter déridé, mais qui ne
vous a jamais fait goûter le whiskey
de sa cave, vous prou vera que le whis
key de la foire est de qualité vrai
ment supérieure. Il boira volontiers
avec vous, si vous payez. Quant nu
rabbin, si nous sommes parmi les
Juifs, il se grisera quelque peu avec
vous pour donner l'exemple du plai
sir, de la joie et de la consomma
tion. Mais ce sont les femmes sur
tout qui seront les reines de la fête.
Ne le sont-elles pas partout ? Elles
savent si bien sourire, séduire et en
traîner ! Et comme l'œuvre est sain
te, le but moral et religieux, Dieu
au fond des choses, elles forceront
bien votre vanité â vider votre por
te-monnaie. Car les hommes, vieux
et jeunes, sont vaniteux. Au demeu
rant, la foire n'arrive pas tous les
jours, il faut bien se distraire 1111
peu, ou ne boira pas de champagne
demain, et puis si llébé est char
mante, ravissante, adorable avec
ses grands yeux noirs ou bleus, sa
lèvre fraîche et parfumée, ses peti
tes mains blanches et lines, on sait
bien que l'argent dépensé à ce ca
baret d'un jour et d'un rêve est
très saintement dépensé. 11 n'y aurait
pas même péché véniel à se griser un
peu.Est cequelesaint dont vous avez
payé un orteil ou un doigt,reconnais
11 nt et brave,11'intercèdera pas pour I
i vous auprèb du grand Maître de* mi- ;
séricordes infinies î Quant au boucher
il qui vous devez de la viande,au bou
langer à qui vous devez du pain, au
cordonuier il qui vous (levez des
souliers, ils seront payés plus tard.
Ils sout moins pressés que la statue
ou la grotte. Pour vous, en man
geant demain votre pain sec, vous
aurez le doux souvenir de la cuisse
de dinde, du vin de champagne et
du verre de cognac. En se trottant
le ventre le goût en revient.
III.
Ainsi, bien qu'il y ait de temps
en temps en Louisiane, à la Nouvelle
Orléans par exemple, une foire aux
fruits, aux fleurs, aux produits de la
terre et aux produits industriels,
et que le Fair Grounds en soient le
lieu le plus habituel, la foire louisia
naise n'est pas ordinairement cela.
Tout au moins, ce n'est pas (le celle
là que nous voulons parler. Celle qui
lions occupe a un caractère tout
différent, un caractère religieux.
Car, dans notre pays de liberté,
de cultes divers, d'églises de tonte
dénomination, de séparation abso
lue de l'Eglise et de l'Etat, la foire
est tout naturellement considérée
comme un moyen d'entretenir et de
propager la relegion. Ou lui deman
de l'argent et les ressources que le
gouvernement et les lois 11e donnent
pas. Car ce gouvernement, démo
cratique à l'excès, indifférent à tou
tes les sectes, ni catholique, ni pro
testant, ni juif, ne ressemble en
rien à celui de la France, où les prê
tres et les évéques sont salariés
comme d'honnêtes fonctionnaires,
mais oii les dits salariés, moins do
ciles »pie les fonctionnaires civils
et politiques, traitent quelquefois
fort mal l'Etat qui les nourrit, les
loge et les paie respectueusement.
Témoin l'archevêque (l'Aix, qui dit
aux paroissiens de son diocèse, du
haut de sa chaire apostolique,que le
président Grévy, les sénateurs et
les représentants de la France sont
de vilains singes auxquels il faut ré
sister. Et résister,dans ce cas,signifie
renverser. Les protestants,il est vrai,
et les Israelites fiançais, plus soumis
ou moins zélés que l'archevêque pro
vençal. reçoivent leur paie, ne
murmurent pas et 11e prêchent point
la guerre civile. On prétend même,
bien que le Concordat n'ait pas été
fait ponr eux, qu'ils respectent fort
le bonhomme Grévy, dans lequel ils
ne voient pas un César bien mé
chant et un Dioclétien très sangui
naire. Quant à Jules Ferry, qui est
1111 bourgeois du XIXe. siècle, ils
lui trouvent peu do ressemblance
avec Julien l'Apostat.
Mais en Amérique, disons-nous,
les églises et l'Etat n'ont rien de
commun. Le législateur, prévoyant
et sage, peut-être même philosophe,
s'est bien garde de marier ensem
ble ces deux choses. 11 a craint le
mauvais ménage, les disputes au
foyer, la guerre dans la famille,
et toutes les diableries qui résul
tent d'une antipathie d'humeur, (l'un
but différent et d'un pouvoir parta
gé. En outre, quelle part faire à
tant d'églises ou de sectes, et ne va
lait-il pas mieux, après avoir écouté
les prêtres, les ministres et les ra
bins, leur répondre qu'ils avaient
bien raison, qu'ils pouvaient prêcher
à leur guise, et que l'Etat se ferait
un sensible plaisir de les res
pecter tous, de les honorer de
même et de ne point leur infliger 1111
ministère des cultes publies et re
connus? Quant à leurs maisons,
ils les bâtiraient il leur fantaisie,
selon l'architecture de leur goût,
attiques, corinthiennes, gothiques,
romanes, bizantines,etc. Personne
ne les contrarierait. Il y avait du
marbre, du granit, du fer, des! pier
res, des briques et du bois au pays.
Quant à leur salaire, il serait celui
des fidèles. Les Juifs donneraient
au rabbin, les catholiques au prê
tre et les protestants au ministre.
Ce serait là chose de goût et de foi.
Mais l'Etat, respectueux à la liber
té individuelle et à la liberté de
conscience, 11e pouvait aucunement
s'en mêler. Est-ce «pie l'Etat est
un théologien ? Mais cet Etat,
comme «le juste, protecteur de
tous, représentant de la loi et gar
dien de la paix publique et «les bon
nes mœurs, s'apposait à l'intoléran
ce, combattait le fanatisme et ne
permettait point aux protestants de
renverser la synagogue ou de cou
per les oreilles aux catholiques. 11
ne connaissait ni Kome, ni Genève,
ni Jérusalem, ni la Mecque. Il n'é
tait ni circoncis, ni incirconeis, ni
iconoclaste. 11 se gardait éga
lement, tout en respectant fort la
liberté des gens et le droit des hom
mes, de confier constitutionnelle
ment et natioualemeut l'instruction
et l'éducation du peuple à mit secte,
à une congrégation ou à une con
frérie. Car l'éducation nationale se
propose «les hommes et «les citoyens,
non des sectaires. Et si vous trans
formez l'école publique, ce berceau
sacré du peuple, en enseignement
de secte ou de congrégation, vous
I supprimez sur l'heure la liberté «lu
; peuple et la couseieuee de la nation.
I
i
!
Le corps enseignant ne pourrait
sans une perversion incroyable en
seigner le mépris de la loi, la haine
à l'Etat et l'allégeance à un pouvoir
étranger. Ce serait là une doctrine
affreusement subversive et révolu
tionnaire,— (fléricaleou communarde.
Les églises— ear elles sont nom
breuses — sout doue libres créans.
IV.
Et il est bon que les églises soient
ainsi libres.
Eu les assujétissant à un Etat,
vous asserviriez la consience. Vous
vous arrogeriez, en matière de dog
me et de discipline, des droits ou
des privilèges que vons n'avez pas.
Eu plus, prélevant des taxes et des
impôts pour l'entretien du culte, le
paiement (les rabbins ou de prêtres,
et l'érection ou la réparation des
temples, vous blesseriez les croy
ances qui n'admettent point vos
autels, il est des impôts qui doivent
être libres, des offrandes qui doivent
être volontaires. Et si demain le
Congrès (les Etats-Unis, franc-ma
maçon dans s-i. majorité, comme il
l'est assurément, allouait quelques
millions de dollars aux Grandes Lo
yes «le tous les Etats «1e l'Union, je
trouverais que le Congrès gâche
singulièrement-sou mortier législa
tif.
11 est donc juste, sensé, rationnel,
bon et nécessaire que les fidèles des
diff'éreiiteséglisesentretiennent leurs
églises, paient leurs ministres et ne
laissent point tomber leurs maisons
en ruines. Seraient-ils fidèles et
pieux autrement ? La foi est faite
d'œuvres, non de paroles. Votre
Dieu veut que vous donniez des té
moignages de vérité, de sincérité et
de dévouement. Il n'aime point, dit
on, ceux qui prient beaucoup et ne
font rien. Et !es cathédrales ne se
bâtissent point seules, les clo
chers s'élèvent par la main de quel
qu'un, et les pierres coûtent. Le
temps est passé où, selon la ballade
de Victor Hugo, "l'hermite saint re
muait «les pierres avec un signe «le
croix." Il faut aujourd'hui de l'ar
gent pour tailler le marbre, l'ajus
ter et lui donner la forme monumen
tale et souveraine. Nous sommes
même eu un siècle très positiviste.
La foire est donc 1111 moyeu très
simple et tout naturel, comme aussi
fort agréable, de se procurer l'ar
gent nécessaire à Dieu.
Et nous 11011s garderons bien,pour
plus «l'une raison, «le le trouver
mauvais ou mémo médiocre. La li
berté, dogme «le ce pays, 11011s le
défend, et la foi, plus respectable
encore, nous l'interdit. L'indifféren
ce en matière île religion et de mo
rale ne pourrait pas même s'en of
fusquer. Et nous ne voulons pas,
non plus, nous demander si l'on ne
trouverait pas un autre moyen,—
1111 moyen meilleur, ayant un carac
tère moins profane, défiant le rire
ou la raillerie.
Car les méchants pourraient vo
lontiers rire. Les méchants rient de
tout, même des sermons de Fouinet.
Et la critique, harpie aux ongles
crochus, croit avoir le droit de inor
dre partout. Ne l'avez-vous point
entendue ? Heureuse de trouver les
gens en défaut, elle vous dira cer
tainement que la foire doit avoir
une certaine mesure, qu'il ne faut
point en abuser, que si vous la fai
tes au bénéfice de l'église, en l'agré
mentant d'une comédie ou d'un con
cert, comme la chose se pratique
ordinairement, ce n'est point dans
l'église à réparer, déjà consacrée et
bénie, comme aussi à la place de
l'autel, «pie vous pouvez jouer la co
médie, chanter la chansonnette et
soutier dans flûte. Et votre joueur
de flûte, liieren chaire, demain à
l'autel, présentement flûtiste, fait
l'effet d'un singulier missionnaire.
Xon erat hic locus , comme «lit Horace,
qui avait prévu le cas. Quant à la
comédie, très bien ailleurs, on sent
qu'elle est peu à sa place au saint
lieu. Car les braves gens qui l'en
tendront dans «'e lieu «le recueille
ment et de prière transformé eu
temple de Thalie ou de Melpomene,
se «liront peut-être «pie le plein
chant est moins joyeux que la mu
sique profane. Nous 11e parlons
point des observations à l'oreille, des
clinchottements et des confidences.
Mais si je me crois nu théâtre, si les
lampes jadis saintes versent sur moi
une lumière «1e rampe païenne, et
si le champagne de la foire a nus
quelque peu de lyrisme dans mon
cerveau, je ne réponds point des
sottises ou des bêtises que je pour
rai dire. Que si quelqu'un s'en fâ
che, me rappelant alors la prière
qui convient au lieu où nous som
mes, je répliquerai malicieusement:
Et ne vos indueas in teiitationcm.
Mais si je vais me fourrer dans le
confessionnal pour mieux entendre
les acteurs, les chanteurs et l'or
chestre, j'ai tort assurément.
11 se pourrait donc bien, â la ri
gueur, que la foire religieuse et le
I concert du même nom dépassassent
i quelquefois la mesure absolument
! convenable. Craignons aussi, et à ce
I propos, qu'on écrive de nous ce que
le publieiste Emile de Girardin vient
d'écrire pour la France:
"Lorsqu'on y regarde une loupe
à la main, ou reconnaît sûrement
que, sauf quelques rares excep
tions, le sentiment religieux de 110s
jours n'a rien de coin (nun avec le sen
timent religieux des premiers temps
du christianisme. Il est infiniment
plus mondain qu'évangélique. Le
mépris des richesses, la pratique
«le.l'égalité, la vraie charité, l'amour
du prochain y entrent pour la plus
faible part, si même ils y entrent
pour une part quelconque. La plus
forte part appartient à la peur à la
mode, à l'esprit d'imitation."
Faut-il même une loupe t
V
Oui, les foires sont de bonnes cho
ses.
Mais n'en abusons pas.
Abuser «l'une bonne chose, c'est
tout simplement la rendre mau
vaise.
Aussi, plein de respect pour ce
qui est respectable, discret (levant
la foi de nos semblables et de 110s
compatriotes, veloutant notre phra
se autant que possible, n'entendons
11011s discourir que sur les excès, les
exagérations et les abus. Est me
dium in rebus , dit le sage.
Car il ne faudrait pas fatiguer les
gens, les mettre constamment à con
tribution, obliger leur fidélité à
sacrifier leur dernier sou, voire mê
me, faisant ainsi, les lasser daus leur
foi. Les temps ne sont pas toujours
propices pour les foires. On sait que
les récoltes ne sont plus bonnes, que
si les saints augmentent les ressour
ces diminuent, «pie le luxe u'êst plus
guère permis qu'à de rares privilé
giés, et que l'argent, cette maudite ar
gent, comme on dit quelquefois chez
nous, est «lifficile à gratter. On n'en
a plus à jeter à pleines mains, pour
toute œuvre bonne ou mauvaise.
L'impôt est lourd, l'agriculture souf
frante,l'industrie malndeet,le travail
gagne à peine son pain quotidien.
Le paupérisme s'éteud. Est-ce que
les saints, qui sont un ornement,
et qui u'ont ni faim, ni soif, ni
froid, ne pourraient pas attendre des
jours meilleurs ! Dans leur vie du
reste, vie (l'abnégation et de sacrifi
ces,ils n'ont jamais été degrauds qué
mandeurs. Ils ne demandaient pas
Iii charité, mais la faisaient. Leur
table d'hermite avait des fruits,
des légumes, un peu de lait,
de l'eau, mais point de dindes truf
fées, de canards aux olives, de vins
lins et le reste. Ils n'habitaient pas
des palais, et si quelques uns d'en
tre eux sont nés dans des palais, ce
n'est qu'en les quittant qu'ils se
sont sanctifiés. Quant aux temples
modestes, suffisants pour la foule,
propriété do quelques individus j
riches ou «1e congrégations opulen- |
sans trop de moulures, de dorures
et d'images, ils sont loin de déplaire
à Dieu. Aux cœurs vrais, simples et
justes, profondément chrétiens, il
faut le temple sans luxe de mauvais,
goût, sans paganisme de vanité,
sans ornements fastueux et souvent
peu religieux. Le christianisme n'est
il pas austère et simple! Le moyen
âge, vraiment chrétien, aux gran
des Ames naïves et ferventes, à la
foi haute et héroïque, a-t-il connu
d'autre luxe que celui de la pierre,
et songea-t-il jamais à féminiser ses
majestueuses et puissantes basili
ques ? Car nous féminisons aujour
d'hui 110s chapelles, nos temples et
nos grottes. Nos Vierges ont cessé
d'êtres mystiques pour devenir qua
si-profanes. Que de peintures, de
dorures, de guipures et dévoilés!
On a orné, étoile et défiguré le man
teau du Christ. C'est une étrange
couronne qu'on met actuellement
sur la tête divine du lîédempteur
des hommes, et la couronne d'épi
nes, qui est la vraie, qui rappelle
l'immensité et la sublimité du sa
crifice, n'est plus aujourd'hui qu'une
couronne «le roses. Pourquoi pas
des diamants aux doigts du Sau
veur !
Votre foire, en vérité, est bonne,
mais dans la mesure exactainent re
ligieuse, c'est-à-dire pour le temple
vrai, l'autel nécessaire et le sacer
doce modeste. Mais constante, cliro
nique, pour un temple qu'intention
nellement vous n'achevez point,
ponr une grotte nouvelle, pour 1111
nouveau saint, pour «les embellis
sements inutiles, pour des fan
taisies qui n'ont rien de chrétien,
et quelquefois au profit d'églises, de
temples et «1e maisons qui sont la
tes et ambitieuses, la foire devient
assurément un abus. Pourquoi n'en
feriez-vous pas pour les individus
eux-mêmes! Et si nous vous disions
que la chose en est venue là, pour
riez-vous bien nous démentir! L'on
pourrait citer plus «l'un caloyer
chargé de rapporter «l'Europe des
ornements pieux et précieux, mais
qui n'est point revenu. d 'autres re
viennent, mais avec une pacotille
d'objets peu sacrés, et nous en avons
cotiuu un qui vendait des rasoirs et
mourut en laissant après lui plus
d'argent que de bonnes actions. Sa
vez-vous qu'avec $1500 011 peut se
procurer à Paris un magnitiqueChe
min de la Croix f Quant aux Dames
de Lourdes, aux statues et aux sta
tuettes, elles sont bon marché sur
les lieux. A Lourdes même, où le
trafic en est grand, où nous en
avons acheté plusieurs à notre der
nier pèlerinage, mais pas pour les re
vendre, il y eu a telle profusion que
l'article se débite actuellement aux
prix les plus modérés. Ce qui est jus
te, après tout. Car il ne serait pas
bon que les riches seuls pussent se
procurer les images et les objets de
dévotion nécessaires h la foi et au
boulieur. Les pauvres, en ce cas,
seraient tentés de voler ce qu'ils ne
pourraient pas se procurer. Car, eu
nos temps très modernes, com
me aux temps de la décadence
du paganisme, il est une foi domi
nante che« nous: C'est qu'il faut
porter sur soi-même un signe do
sa religion, et qu'il convient d'avoir
un autel «laus sa chambre, près de
son lavabo.
:vï.
Oui, quoique la foirft louisianaiso
soit bien récente, n'ayant guère
que vingt ans et quelques mois
«l'existence, elle connaît déjà l'abus.
Clérciale d'abord,—et le mot clérical
ici ne siguife pas ultramontain,
puisqu'on ne peut accuser les pro
testants et les juifs d'ultramonta
nisme< — elle est aujonrd'hui tout ce
que vous voudrez. Elle a subi au
tant de déviations que de fantaisies.
Mais elle est un moyen. On lui de
mande de l'argent par du plaisir.
Il y a si peu de distractions dans
nos campagnes ! Point de théâtre,
point «le fêtes, peu de sociabilité,
et le cabaret est prosaïque. La foire
est donc la bien venue. Elle répond
à un besoin de distraction, d'amuse
ment, de mouvement, de chant et
de contact. C'est par elle que se
rompt la monotonie des jours la
boiieux ondes jours d'ennui. Car,
ainsi que l'a bien dit le philosophe
et fabuliste Lafontaine, que faire
eu nu gîte, à moins que l'on 11e. ..
son gel
Mais si nous avons employé le
mot abus, ce n'est pas à tort.
Non pas que la foire, cessant
d'être religieuse et cléricale, de
vienne mauvaises en sortant
1111 peu de ce domaine; et sa justi
fication se trouve dans toute œu
vre de bien, de charité et do morale.
En organiser pour l 'école, par ex
emple, lorsque les moyens de l'é
cole sont limités ou ses ressources
épuisées, 11'est assurément point un
acte condamnable. L'école vaut l 'é
glise, et le maître vaut le prêire.
Il tant éclairer les hommes, et la
lumière est une justice aussi bien
qu'une vertu.
Nous admettons même qu'une
société scientifique, artistique, litté
raire, musicale ou autre, mais dont
le but est social et bon, puisse con
venablement recourir à la foire
comme à un moyen très légitime
d'entretien, d'amélioration ou «l'ex
tension. Les fanfares elles-mêmes
ont droit à la foire. A plus forte
raison, sans doute, les Sociétés do
Bienfaisance.
Mais si Pierre ou Paul, un homme
comme vous ou nons.uu simple par
ticulier, nu agriculteur ou un mar
chand, s'ingénie à organiser 1111e
foire à son bénéfice et pour réparer
sa maison qui tombe, lions pensons
tout naturellement que le droit de
cet homme est dans la bêtise des
ens.
Mais c'est le cas.
Et nous pourrions citer plus d'un
cas semblable.
Les noirs surtout, habiles imita
teurs, en savent quelque chose, et
plus d'un ici pourrait affirmer l'ex
actitude de notre assertion. Ou en
gage la musique, 011 bat la grosso
caisse, les gens s'assemblent, et la
farce est jouée. Bien jouée, eu vé
rité. Après tout, chacnu s'est amusé
pour son argent, quelquefois même
battu pour son argent. Car il est
peu de têtes par ici où l'on ne se.
batte un peu. La bataille fait par
tie de la liberté et du droit des gens.
Le grand potentat des Etats-Uuis.le
whiskey de tontes les réjouissances,
n'est-il pas de la fête, et la folie 11e
proclame-t-elle point sa souverai
neté ï En plus, les foires profanes
ont peut-être une attraction qui
manque aux foires religieuses et
cléricales. Laquelle 1 On y danse,
tout au moins ou peut y danser,
j C'est comme aux fêtes «le village,
| dans les vieux pays, aux termes
et
se
ses de Belgique, aux pardons do
Bretagne et aux assemblées «le
Touraine. Mais le vin de là-bas,
tout au moins de Touraine, vaut
mieux «pie le whiskey, et là-bas,
parmi lès villageois, 011 ue porto
ni pistolets ni revolvers.
Mais assez sur cette matière.
N'est-ce pas même trop !
Concluons donc.
Et de la façon la moins attendue,
comme vous allez voir. Mais à bon
entendeur demi mot. Et les gens
à foires chroniques,inutiles,frivoles,
personnelles, sans but moral, Re
passant le but, ou d'une excellence

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