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Le Louisianais. [volume] (Convent, La.) 1865-1883, February 12, 1881, Image 1

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Ce C 0 mi®imuni
L.8.U; i
Library 'y
JOURNAL POLITIQUE, LITTERAIRE ET CAMPAGNARD
VOL. XVIL
PAROISSE ST. JACQUES, LOUISIANE, SAMEDI FEVRIER 12,1381.
NO 15.
Le Louisianais.
JOURNAL OFFICIEL
— DKLA—
Paroisse Ht» Jafqne».
rUBI.lK CIIAQUK 8AMKDI DAWS hà.
Pax-oirtse St. Jacqucn,
Content P. #.j
Louiiiane.
J . GENTIL,
EDITEUR ET REDACTEUR.
Abonnement t
85,00 PAR ANNEE.
PAYABLE D'AVANCE.
PRIX DES ANN0HCE8:
ai carré il» 10 lignes, ou moins, pre
mière insertion 11,00
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séquente ' ,r>
Les communiqués île nature personnelle
et les avis il l'année se régleront de gré A
té areo l'éditeur.
AIJEXTS DU LOUISIANA«.
Nouvello-Orléans: — A. G. Romain.
Donalsonville: — P. Lefàvre.
Nouvelle-Ibérie: — Chartes Clôre.
Lafayette, Attakapas:—Edouard E. Mou
ton.
Vacherie:—Félix Falgoust.
îgïTIB.
Non, je n'ai pas de haino
Contre toi ni contre eux,
Et mon âme sereine
Sait plaindre les Laineux.
La liaine, c'est do l'ombre
Et do l'obscurité :
Haïr rend l'âme sombre
Et le oœnr sans clarté.
ITaïr, haïr, A prêtre,
O triste Lucifer,
C'est sou (Tri i' et c'est être .
Uu élu de l'Eu fur.
C'est tauber— chute immense
Et sans relèvement —
J)u liant de la clémence
Dans l'horriblo tourment.
C'est sprtir de la vio
Aux azurs spacieux,
l'our entrer dans l'envie
Qui vous mure les cieux.
Car la haine déprime
Le front dans la laideur,
Rend difforme et supprime
Dieu même et sa splendeur.
Aussi, prêtre, juge, homme
Qui que tu sois, d'ici,
De là-bas ou de Rome,
Mais haineux sans merci,
.Te te plains,triste «ire,
D'êti6 ainsi contrôlait,
Et dis au grand Messire
Qui ne t'avait point l'ait
Pour être misérable
Entre tous les damnés :
'•O Seigneur adorable,
Pardonnez, pardonnez !
Sauvez cette Ame sombre
De sa méchanceté ;
Dégagez-la île l'ombre
Par uu peu de bonté.
Et que l'âuie difforme
Du haineux, de Satan,
Renaisse ou se transforme
D.ius l'Amour éclatant."
J. O.
tlBTTEÜONSTITÜTIO^!
XIII.
Oui, les Constituants do 1879,
avec une modestie qui ue sera cer
tainement jamais égalée dans l'ave
nir, ont dû sodire: — "Nous sommes
des hommes éclairés, nous, et des
hommes sincèrement dévoués à la
prospérité, à l'Honneur et à la grau
deur de leur pays. 11 a fallu une épo
que extraordinaire pour nos pro
duirc. Ceux qui nous ont précédés
lie nous valaient pas, et ceux qui
lions suivront no nous vaudront
point. C'est pour cela que nous
avons été choisis pour rédiger la loi
organique de l'Etat et donner une
Constitution parfaite à la Louisiane.
Aussi, comme étant les meilleurs,
comme étant les prudents et les au
ges, comme nous méfiant â bon droit
de ceux qui légiféreront sur nos pas
et après nous, mais qui n'auront ni
notre savoir, ni notre désintéresse
ment, in nos vertus civiles, civiques
et patriotiques, mettons le Législatif
de demain dans l'impossihijitéjkbsà
lue de commettrejle*---rrreurs, des
injijjjtiees-ornésTniquités profondes,
Simplifions et réduisons sa tâche. Dé
Unissons et diminuons sou pouvoir.
Enfermons le dans un petit cerclo de
petites responsabilités. Qu'il n'ait qu'
une liberté fort restreinte et peu com
promettante. Au besoin, pour sa su
riité et pourcelle du pays,lions lui les
pieds et lions lui les mains. Logeons
le dans une cage, comme les écu
reuils ou comme lessinges. Le peuple
n'a pas besoin d'autre cliose. Eu vo
yant ses législateurs en cage, tour
nant, grimaçant,cabriolant, se grat
tent et inoflensifs, le peuple sera sa
tisfait. (Test coin tne cela que l'empire
les voulait, et c'est comme cela qu'
iL faut en user dans uue démocratie
d'ordre. Un Exécutif solide et uu
Judiciaire irresponsable suffisent."
Que si cela n'a pas été dit, cela a
été fait. s
Oubliant que le Législatif est le
peuple, le peuple en permanence et
souverain, le puuple qui fait ou mo
difie les lois, le peuple qui règle l'ex
istence des corporations et lève les
impôts, le ponple qui est supérieur
à tous ses fonctionnaires et il tous
ses administrateurs, les Consti
tuants de 1879 ont tellement limi
té les pouvoirs et les devoirs du Lé
gislatif, tellement circonscrit son ac
tion et son œuvre, que la Législatu
re actuelle n'a guère plus île valeur
et d'autorité que les Juris de police
de St. Jacques et de St. Jean Bap
tiste. Les Représentants ne sont
lien, et les Sénateurs ne sont rien.
Ou leur a imposé un trarail do do
mestiques ou de commis. On lésa
humiliés dans leur caractère et dans
leur conscience. C'est par eux qu'on
a méprisé et insulté le peuple.
Car eufin — pour lie prendre que
cet exemple — la Constitution de
187!) fixe une limite â l'impôt et dé
fend aux Législateurs de sortir de
cette limite. Il faut, demain, après
demain et toujours, quoi qu'il ad
vienne ou quoi qu'il arrive, en temps
de paix comme en temps de guerre,
même si le salut du pays est en jeu
et l'avenir do la Louisiana en ques
tion,que le maximum île l'impôt soit,
irrévocablement maintenu. Aucune
considération humaine ou divine ne
vous permettra d'aller au-delà. Cet
te loi est une loi immuable, éternel
le et sacrée. Le peuple est lié par elle,
et le peuple, ni directement, ni par
ses représentants élus,ne pourrasor
tirdu cercle dans lequel ses Consti
tuant» do 1879 l 'ont peu glorieuse
ment renfermé.
En vérité, il faut s'étonner que les
Constituants de 1S79, avec l'esprit
et la présomption qui les ont dominés
laus leur œuvre constitutionnelle,
n'aient pas, comme ou pouvait le
faire aux temps do Lycurgue et de
Solon, inclus cette dernière et supre
me clause dans leur Loi fondamen
tale etj organique :
■ La Constitution ne sera pas
amendée avant l'an 2000."
XIV.
Oui, messieurs, le Législatif est le
peuple.
lit disons nous bien, si.nous som
mes démocrates autrement qu'en
paroles, que le peuple lie charge ja
mais personne, Constituants ou au
très,de lui diminuerconstitationnel
lemcut ses droits, ses libertés et son
pouvoir. C'est là, du reste, uu pri
vilége qu'il n'a point, puisqu'il no
peut engager les générations do l'a
venir. La Constitution démocrati
que est donc une loi do protection,
d'affirmation et de garanties. Elle
st une déclaration de droits et de
libertés. Le peuple doit y trouver
les principes do sa souveraine
té et do son pouvoir. Que si
elle définit les pouvoirs du gouver
nement, les classe et les limite,
c'est pour que ces pouvoirs, déter
minés, réglés et contrôlés, ayant
leurs attributions respectives et
leurs devoirs réciproques, no puis
sent empiéter sur le pouvoir suprê
me qui est le pouvoir du peuple. Les
Constitutions ne sont pas faites pour
le bénéfice des gouverneurs, des ju
ges et des officiers publics, qui ue
sont que des serviteurs, mais bien
pour le bénéfice du peuple, qui est
le maître.
Aussi, voyant la part faite aux
divers pouvoirs «le l'Etat par la
Constitution do 1879— part immen
se pour {'Exécutif et ridicule pour le
Législatif — soin mes nous autorisé à
dire, selon la doctrine démocratique
et la doctrine américaine, quo la
Constitution de 1S79 n'est rien
moins que démocratique. L'autori
té du peuple y est déplacée au pro
fit des individus. Cette autorité est
devenue presque illusoire.
La considérait-on connue dange
reuse ?
Alors, il fallait le dire, avoir la
franchise do sa doctrine, et lie pas
s'arrêter à mi-route. Et si lo peuple
no vaut rien, s'il est corrompu, s'il
manque d'intelligence et do lumiè
res, s'il no pent pas même trouver
dans son sein des représentants,
honnêtes, des sénateiiM-éel;nTes et
des lén^islateurfrconsTiencieiix et ho
anrables, il fallait hardiment sup
primer le Législatif. La hardiesse,
sans doute, aurait été un peu grau
de, maison serait volontiers revenu
do sa surprise et do son étonne
ment. Car il y a dans le peuple une
immense lassitude et un profond
dégoût ? Et co dégoût,n'a malheu
reusement point été produit par les
vertus de l'Exécutif, par les quali
tés du Législatif, par les splendeurs
du Judiciaire et par les glorieux
agissements du fonctionnairisme^Si
!e peuple est las, ce n'est pas vju
gloire. II faul, voyez-vous, à 1' heit
re actuelle, que la presse cherche
longtemps avant de pouvoir appli
quer à propos ses glorieux et ron
flants qualificatifs. Bien qu'elle n'^it
point une pudeur excessive et que
le mensonge :te l'effraie guère, elle
ne sait comment donner ces grafids
qualificatifs du passé aux petits
hommes du jour. Son tambour est
crevé, et personne ne répond u
rappel.
Oui, nous l'avouons, le peuple
est'las. Il est dégoûté. On l'a trom
pé dans sa naïveté, dans sa crédu
lité et dans sa confiance. Ou lui
avait promis des réformes, et les
réformes n'ont été que dos change
ments. Tout s'est borné à une sub
stitution d'individus. Pierre pour
Paul, Jean pour Jacques. Pas ou
peu d'élévation dans le niveau mo
ral. Le politiciatiisine et l'indivi
dualisme sur toute la ligue. Est ce
que l'Etat est autre chose qu'un râ
telier pour ceux qui t'ont métier de
politique, et le patriotisme, enterré
avec les héroïques et grandes er
rcurs de la Confédération, a-t-il an
tre valeur que celle d'un mot très
sonore î
Oui, le peuple est las.
Mais sa lassitude n'est pas de la
corruption. Est-elle même de l'in
différence ? Et si la réforme doit
venir de quelqu'un, c'est du peupio
qu'elle viendra. Le" peuple vaut
mieux que ses chefs. Il a encore les
notion-« du vrai, du -juste et du
bien. Il croit à ja liberté. Sa con
science, pour être voilée, n'est pas
'•teinte, et cette conscience, demain,
ilans l'excès du inal et du désordre,
se traduira par les actes d'une vo
lonté puissante et d'une raison su
périeure. Elle repoussera les flat
teurs, les flagorneurs et les men
teurs, pour so donner aux fidèles,
aux sincères et aux amis.
XV.
Mais si la Constitution do 1S79
avait été la ci)ose sage et nécessai
re que la Louisiane attendait com
me lu Messie, est-ce qu'elle aurait
été violée aussi promptemeut et aus
si lestument 1
lit violée par qui 1
Par la Cour Suprême elle-même*!
Car il nous faut bien parler de eu
viol. Tout le monde en parle.
Mais, selon nous, on n'apprécie
pas l'acte ou l'attentat do la Cour
Suprême comme ou devrait l'appré
oier. Ou n'en tiro pas les conclu
sions qu'il faudrait eu tirer. C'est
à peine si la question, pour beau
coup, arrive à la hauteur des person
nalités.
Car la Cour Suprême, sans grand
examen et saus considération sé
rieuse, est louée dans ceux-ci et
abominée dans ceux-là. Deux de
ses juges ont respecté la Loi fonda
mentale. Ils méritent le respect et
la reconnaissance du peuple. Mais
les trois autres, foulant aux pieds
la Constitution do l'Etat, oubliant
que la loi organique a fixé une liini
te infranchissable pour l'impôt, mé
ritent toutes les injures et toute les
malédictions dit peuple, liest, même
question de les mettre en accusa
tion, et si la Législature — car elle
existe quand même — se réunissait
aujourd'hui, il est probable qu'on
tenterait l'aventure. Mais son Ex
cellence Wiltz, dit-on, n'a guère en
vie de convoquer la Législature er.
session extraordinaire. Elle est si
mauvaise, si impure et si corrom
pue ! Laissous-là à son oinbro et à
son néant.
l'ottr nous, ignorant les noms des
Juges de la Cour Suprême, n'inter
rogeant ni leurs intentions ni leurs
motifs, sans passion, sans partialité,
sans méchanceté, et respectueux
pour tous ceux qu'un Gouverneur a
élevés à ce haut poste de justice, de
confiance et d'hoyneur, nous croy
ons très 'sincèrement que les cinq
Juges de la Cour Suprême de la
Louisiane ont agi selon leur con
science, selon leurs lumières, selon
l'idée qu'ils se sont faite du devoir,
et sans arrière pensée do flatterie
au puuple et do popularité. Car les
arrêts d'un juge peuvent être frap
pés au coin de l'erreur, et les Juges
de la Cour Suprême eux-mêmes ne
sont assurément point infaillibles —
Ils boivent, mangent et pèchent
comme les autres hommes — Oa a
connu des Juges prévaricateurs —
Mais les arrêts des Juges ne doivent
jamais être frappés au^oiu_4e-ftvnP"
bition, d^JJjUuirêtTJCrïoïïncl et do
»rrlarité. Un juge qui démail
lerait la popularité à ses décisions,
qui so soucierait des' louanges ou
des critiques du peuple à propos de
ses arrêts, qui regarderait la fouie
quand il faut regarder la justice, se
rait uu mauvais juge,un juge passion
né, un juge absolument dangereux.
Aussi, lojn do sourire à ceux qui
paraissent vouloir uous plaire.et
nous satisfaire, devons nous plutôt
nous tourner vers ceux qui nous bra -
vent, ou tout uu moins sont iudif
férents à nos louanges. Ceux-là
ont du courage. Ceux-là sont les
forts et les stoïques. Ceux-là com
prennent que la justice plane au
dessus do la régionales nuages, des
passions et des popularités chan
geantes ou mouvantes. Leur er
reur, s'il y a erreur eii eux, est res
pectable.
Mais, nous'lejépétons, contraire
ment à l'opinion de beaucoup, nous
croyons que les cinq Juges de la
Cour Suprême de la Louisiane, de
puis le président qui a dit non jus
qu'au dernier Juge qui a dit oui,
ont agi avec autaut do conscience,
de sincérité et de loyautéjles uns
que tes autres. Et nous ne pensons
pas qu'il faille louer ceux ci sur lé
dos »le ce us -là.
En outre, voyant [que ? les plus
hauts magistrats du pays ne sont
aucunement d'accord,": nous con
viendrait-il d'affirmer quo ceux ci
sont dans lo vrai et que ceux là
sont dans l'erreur f Notre affirma
tion vaudrait-elle grand'chose ?
N'est-il pas plus simple, avec la
somme de philosophie Jque chacun
de nous possède plus ou moins, de
sourire légèrement et do déclarer
que le droit n'est pas encore line
science parfaitement mathémati
que.
Seulement, constatons que la
Constitution de 1879 a été violée.
Oui, la Constitutional Y;té violée.
Pas moyen de dire non.
Et par la Cour Suprême créée en
vertu de la Constitution elle-même!
Vous dites: Mais le texte était
bien clair? Il fallait être aveugle
pour ne pas voir! Des juges do paix
no s'y seraient point trompés. La
Constitution défend nettement aux
corporations de prélever une taxe
au-dessus do 10 pour 1000, et la Lé
gialatiit'O elle mémo ne peut aller à
l'encontre de cette clause formelle,
irrévocable et sacrée.
Très bien.
Mais quand les Constituants de
1879 ont rédigé la constitution, ils
ont oublié une chose très importan
tante,la dette, la triple dette,la dette
d'avant la guerre,de pendant la guer
re et d'après la guerre. Dieu sait ce
pendant qu'ils en ont parlé. Que
de discours! Que de phrases! Qui
donc n'a point avocassé on cicéroui
sé î Cela a duré pendant vingt longs
jours au moins, et coûté;assez cher.
Car les paroles, ici, coûtent cher.
Mais, en fin de compte, après paro
les, phrases et discours, rien n'a été
résolu. La dette, matière à bavarda
ges, n'a pas été entamée ou dimi
nuée. Elle est restée dans son énor
mité et son horreur. Personne — il y
avait cependant beaucoup d'avocats
dans la Constituante — n'a songé à
employer pour la Nouvelle-Orléans
et l'Etat do la Louisiane les moyens
ordinairement employés pour les
clients ordinaires. La Nouvelle Or
léans et l'Etat de lu Louisiane, se
lon l'expression vulgaire et connue,
n'ont point été "mis sous lo Mala
kolt." Leurs nombreux créanciers,
très respectés et très respectables,
ont vu leurs droits et lèurs privilè
ges sauvegardés, lis en ont été pour
la peur. Ont-ils même eu bien peur?
Car ceux qui parlent beaucoup n'a
gissent pas. et il était bien facile de
voir que la Constituante faisait de
la rhétorique et non do la révolu
tiou.
Quelques uns ont prétendu que
la Constituante n'avait pas ce pou
voir, et, elle-même, avec une modes
tie qui ressemblait singulièrement
à do l'impuissance ou à autre chose,
l'a prétendu.
Croyons-en co quo nous voudrons
en croire. Mais alors il neïallait pas
remuer et agiter la question. Et si
vous l'agitiez, sans la résoudre, sans
pouvoir la résoudre, vous deviez au
moins vous convaincre que la Loui
siane de trente années d'existence,
de changements, de révolutions, de
guerres et do misères, avait accu nui
lé sur elle des dettes de toute natu
re et contracté des obligations de
toute sorte. Er ces obligations anté
rieures, valides devant votre igno
rance ou votre impuissance, légale
ment transmises aux Législatures
et aux tribunaux «lu lendemain, de
vaient peser sur le peuple, sur la
Constitution et sur les Cours de jus
tice. Aussi, en les laissant peser sur
le peuple,eu les renvoyant aux Cours
do justice et en en affranchissant
la Constitution, où doue a été votre
franchise, et do quel nom peut-on
nommer votre courage"? Car vous en
avezindireêleuu-nt affranchi la Cons
titutiou. Votre Constitution a été
comme faite dans l'ignorance du
passé et dans l'ignorance de l'a
venir, à moins que vous no l'ayez
intentionnellement faite pour être
violée aux premiers jours de son ex
istence. Pouviez-vous ignorer que
la dette publique, respectée par
vous, réclamerait ses droits euv-rs
et contro tous, et que la Cour Su
prême elle-même, tenue à des consi
dérations de justice plus hautes que
celles d'une Constitution purement
politique et passagère, ne serait pas
lu première à s'inscrire en faux cou
tre.une œuvre mal conçue, mal bâ
clée, mal digéréejet qui ne peut vi
vre que ce que vivent les roses,
avec deux Ä f
Mais,il serait souverainement in
juste de faire retomber sur la Cour
Suprême la responsabilité qui ap
partient à la Constituante. Ce n'est
pas la décision de la Cour Suprême
qui est mauvaise, mais la Constitu
tion. Et si deux de ses membres,
par obéissance à la loi ou au pacte
fondamental de l'Etat,ont cru devoir
agir comme ils ont agi, et ont bien
fait, nous lie nous sentons ni le droit
voultrui la sagesse nécessaire pour
blâmer ou pour condamner les trois
autres. Et nous pensons que la Lé
gislature, Chambre et Sénat réunis,
no so transformerait pas en Haute
Cour de Justice pour les dégrader,
les décapiter on les envoyer à Bâ
ton Rouge. Ce qui est plus proba
ble, c'est que la Législature actuel
le, tant honnie, tant méprisée et si
ridiculement enfermée dans une
cage à singes, demanderait plutôt
l'appel d'une autre Constituante ou
Con vention constitu t ion n elle.
Le Gouverneur est prié d'essayer.
XVII.
Passons au Judiciaire.
Ici, nous direz vous, il fout des
précautions et de la mesure.
Comme dans tout.
Dans une démocratie et dan3 une
république, tout se discute.
Mais si le Judiciaire, tel qu'il ex
iste dans la Constitution de 1S79,
est un système complet, parfait et
harmonieux, uous voulous bien al
ler le dire à Rome et à Léon XIII.
D'abord, pourquoi ces deux prin
cipes dans le judiciairs, l'un électif
et l'antre non électif t
Ou le principe électif est bon, ou
il est mauvais.
Mais s'il est bon, qu'il soit par
tout et pour tous appliqué. Quo s'il
est mauvais, no l'appliquez un au
cune circonstance.
Mais voyez plutôt :
Les Juges de la Cour Suprême,
cinq en nombre, sont choisis par le
Gouverneur et confirmés par lo Sé
nat.
Les Juges do la Cour do Circuit
ou d'appel secondaire sont élus par
la Législature. Oh pourrait les
nommer les juges ambulants ou pé
ripatéticiens. Vous savez pourquoi,
et vous savez ce. qu'ils ont à faire.
On prétend — mais pas nous — qu'ils
ont été créés pour lo bénéfice des
avocats sans cause ou sans causes
importantes. Ils vont de village en
village, et ils sont doux, sans doute
pour ne pas s'ennuyer. Ce n'est
pas pour eux qu'on a dit : f Numero
Dem; impare gaudet. Ils sont géné
ralement d'accord. Ils peuvent fai
re la géographie des lieux qu'ils vi
sitent.
Les Juges de District sont élus
par le peuple, sauf à la Nouvelle
Orléans. Car les gens de la Nouvel
le Orléans, parait-il, ne sauraient
point convenablement choisir. Us
sont lourds d'intelligence, étroits
de jugement et têtus/ comme des
mulets de Plaquemines. On ^ rai
son de se méfier d'eux. Et puis, pa
raît-il encore, les éligibles sont
très rares à la Nouvelle-Orléans. Cet
te honnête ville est sans beaucoup
d'avocats. Cinq ou six cents tout
au plus ! De quoi dévorer ciuquan
te Nouvelle -Orléans. Mais en di
sant ici que les juges de distriet,
dans les paroisses de la Louisiane,
sont à la l'ois juges de paix, ju
ges de paroisse et juges de dis
trict, nous constatons un fait connu.
Cela est notoire, et la justice en
soullre. Quant aux ternies de la
Cour, ils sont assurément trop
éloignés les uns des autres pour
que la justice soit rendue avec jus
tice, sans lenteur, sans longueurs,
sans excès do prison préventive,
s,ms frais énormes pour la commu
té, etc. Car Dieu sait co quo coû
tent à nos paroisses les geôles, les
Cours et les officiers criminels. Le
peuple ne paie d'impôts que pour
la répression des crimes, et sans
que le nombre (les criminels dimi
nue.
Enlin, les Juges do paix, aussi
nombreux que les wards ou dis
tricts de la paroisse, c'est à-dire
cinq ou six cents au moius, sont
élus par le peuple. Us ont une ju
ridiction très restreinte, comme
leur capacité, dit-on. Ils, n'ont
point de salaire. Ils vivent comme
ils peuvent. Ils mangent co qu'ils
peuvent. Aucune qualification de
savoir et de moralité n'est exi
gée d'eux. II n'est pas absolument
nécessaire qu'ils sachent lire et
écrire. Mais lÜur intérêt est cer
tainement la guerre, non la paix.
En tout cas, et disons le en pas
sant, il saute aux yeux de tous que
la juridiction do 'a Justice de paix
devrait être plus étendue, qu'il fau
drait, là comme ailleurs, des quali
fications ou des garanties de savoir
et d'intégrité, que le nombre des
juges «le paix devrait être diminué,
i et qu'uu salaire fixe et raisonnable
affranchissant le magistrat dé
paix et du premier échelon judi
ciaire, relèverait et purifierait pouf
lebien cpmmun une magistrature gé
néralement avilie et méprisée. C'est
en bas, voyez-vous, près do peuple»
qu il faut purifier la justice. Lt*s er
reurs de la Cour SuprAme ne peu.
vent pas démoraliser le peuple, qiii
les ignore; mais les méfait« de la
justice inférieure et ses grossières
absurdités ont une influence terri
ble sur les classes pauvres, iguo
ran tes et affranchies depuis quel
ques années seulement. Si la Loui
siane, depuis l'affranchissement des
noirs, avait eu dans chaque pa
roisse desjuges de paix éclairés,
honnêtes, consciencieux et dignes
de co nom, la Louisiane Re trouve
rait actuellement en pleine lumiè
re et en pleine moralité. Co sont les
juges de paix de ces quinzojou sei
ze dernières années qui out vérita
blement corrompu et pillé l'Io nme
noir.
Mais si vous trouvez que"! ie sys
tème judiciaire do la Constitution
de 18<9 est bon, c'est que vous
êtes faciles ou indulgents.
xvixr
Evitons tout chaos, évitons toute
confusion, et sachous, si possible,
être logiques. '
Ou le système électif est. bon pour
le judiciaire, ou il est mauvais,
m. '/®' mauvais, osons franche
Ä f, f °°» r Wement y renoncer.
H„ a S Ä X vh 'T t,c la Constitu
tiou de 18i9 no mérite aucun respect
et aucune considération. Il dit des
compromis étranges et des compro
w t0Utü , " a,ure - °» sent qu'il
est I œuvre des partis et des politi
ciens. Il condamne ceux quil'ontfait,
et il autorise le peuple à déclarer
que ses Constituants, dau? nne nia
tière de clarté,de netteté et de rigou
reuse logique,ont agi comme de véri
tables avocats et systématiquement
embrouillé et obscurci ce qui doit
etro simple, limpide et luminex. Qu*
qu ' u " judiciaire qui
m  U 7 f0nnité 1 Pourquoi ie
lui-ci est-il élu, et pourquoi celui-là
linrauMI ^ ' PoUr <l"<>i peuple
aura-t il ses clients ef le gouvernent
dU« C |p e -" tS i st il B * 5cessa 're qu'on
se les juges du peuple et les juges
lu gouverneur? Car le fait existe* et
e pouvoir exécutif n'est même pas
le plus mal partagé dans le choix.
°" dir * ^ ue Election est
mauvaise pour le judiciaire, que la
peup!e ne peut point connaître ceux
qui sont dignes et ceux qui ne lo
sont pas, que toutes les électious
sont, des erreurs ou des absurdités,
et qtt il y aurait folie insigne, ridicu
e sans nom et démagogie sans pa
1 A a ! sser ai1 Peuple, à la foule
et à la vile multitude—car nous de
■ e '.' a T°'. r 111,0 vile multitude
par ici—le choix des cinq Juges qui
composent la haute et Suprême Corn'
de I Etat de ia Louisiane.
I eut être, peut être.
II est aussi facile do croire à l'in»
telbgeuce et à la sagesse du peu
,i! qU *1 Sil gesse et à l'intelli
gence dun gouverneur. Uu gou
verneur, homme de chair et de lias
sions, homme de parti et de fai
blesses, dangereux par nature et
par empiétement do pouvoir, n'est
pas absolument infaillible. S'il fait
lait lui couper une oreille chnquo
fois qu il se trompe, il lui faudrait
assurément des centaines d'oreilles,
ht puis, comme on a l'air do se mé
uer du peuple, le déclarant iuapto
à ceci, étranger à cela et bon tout
«ui plus a subir ou à accepter, un
cet tain i list i n ctjdéui ocratique, nous
pousse à aller vers lui, à lui rendio
les droits oubliés ou méconnus, à la
remettre en possession de la souve
raineté entière et véritable. Ne le
croyons ni ignare ni corrompu. Il a
plus d'esprit que nous. Il a plus
do bon sens que nous. N'est-il pas
notre maître, et de quel droit, s'il
vous plaît, prendrions-nous sa i>1r
ce et son nom ! Vrai, la Cour Su
preine choisie par le gouverneur
\Y iliz est incontestablement bonne,
bien que ses cinq membres no
soient pas toujours d'accord, et
nous nous {liaisons à rendre justice
à sa science, à ses luftiières et à sa
bonne volonté ; mais—dût-on nous
accuser do folie ou de démagogie—'
nous croyons sincèrement et lerine
lUiMit que le peuple de la Louisiane,
apppelé à élire les cinq juges do sa
Cour Suprême, se serait donné une
Cour Suprême égale à celle que lu
gouverneur Wiltz a choisie en l'an
de grâce 1880, après lo départ du
regretté Nieholls. Egale en savoir,
en dignité et en patriotisme! Aus
si, les qualifications à la fonction
étant bien établies et bien fixées, et
si le judiciaire, lui aussi, doit. Svi
mouvoir dans la démocratie et dans
les principes démocratiques, nous
sommes loin d'objecter à ce que lo
peuple élise directement ses juges,
tous ses juges, ceux de paix, ceux
de paroisse et ceux delà Cour Su
prême. Car il n'est pas absolument
nécessaire que lo Judiciaire ait cinq
échelons. Trois doivent suffire.
Quoi donc encore 1
C'est tout. C'est même trop.

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