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Echo de l'ouest. [volume] (Minneapolis, Minn.) 1883-1929, April 08, 1885, Image 1

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VOLUME II.
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•Jn lïr r'
mm
MERCREDI, 8 AVRIL, 1885.
FAIS CE QUE DOIS, ADVIENNE QUE POURRA
fTmuUtcm.
LA FILLE
DES CAMELOTS
SUITE.
L'ex-baryton se mit à rire.
"Oh tu sais, répondit-il avec
enjouement, l'appétit ça ne se
commande pas et le mien, mal
heureusement, n'attend jamais que
le repas soit servi.
A table, alors, mon vieil ami...
à table.. dépêchons-nous
Et passant son bras sous le sien,
elle l'entraîna gaiement vers la sal
le à manger.
La table y était dressée, et Ca
minade eut comme un éblouisse
ment lès qu'il aperçut sur la blan
cheur mate du linge damassé, les
cristaux, l'argenterie, les flocons
ciselés, et surtout une écrevisse
éventrée, qui montrait sa chair ap
pétissante sur le coté droit de la
table, tandis qu'à gauche s'élevait
un paté de foie gras, dont là forme
majestueuse et le fumet pénétrant
charmaient en même temps le re
gard et l'odorat.
L'ex-baryton en avala sa salive.
—Et dire que rien de tout ça
n'est en carto s'cria-t-il en s'as
seyant en face de la Cagnotte, ainsi
que celle-ci l'y invitait.
La Cagnotte s'assit à son tour,
et Caminade commença par l'écre
visse.
C'était sa passion!..il y avait
bien cinq ou six ans, qu'il ne s'était
trouvé à pareille fête.
Aussi, pendant le premier quart
d'heure, ne perdit-il pas une bou
chée même, on aurait pu croire
qu'il avait tout |a fait oublié les
confidences annoncées.
Mais quand on eut emporté la
carapace de l'écrevisse et qu'on
eut servi les côtelettes Soubise,
dressant autour du plat d'argedt
leurs papillottes coquettes en den
telle de papier, l'ex-baryton s'in
gurgita le eontenu d'un joli verre
de mousseline et souffla un mo
ment, en enveloppant sa camarade
d'un œil bienveillant et doux.
—Ma foi dit-il, cela va déjà
mieux et je crois que, maintenant,
nous pourrions entamer le chapi
tre des faits divers.
—OH j'ai le temps.
—Non non il ne fant pas
abuser des meilleurs choses... au
surplus, sois tranquille, je n'y per
drai rien, et quand sonnera l'heu
re du pâté de fois gras.. tu verras
quel accueil je lui réserve.
—Alors, comme tu voudras.. dit
la Cagnotte.
Caminade commença donc le ré
cit des événements qui s'étaient
accomplis la veille l'affaire de la
rue du Croissant, celle de l'hôtel
Pradié. la visite qu'il avait reçue
le matin à "l'Hôtel Prady* et enfin
la disparition de René.
La Cagnotte écoutait avec une
profonde attention, mangeant à
peine du bout des dents, posant
sa jolie tête dans ses longs doigts
effilés, ou parfois encore fermant
présque les yeux comme pour sui
vre une pensée qui pesait sur son
esprit.
Cela dura une demi-heure, et ce
fut seulement quand Caminade eut
cessé de parler, qu'elle releva le
front et parut revenir à elle-meme.
—Ainsi, dit-elle en résumant ses
diverses impressions, cette nuit on
a tenté d'empoisonner M. Desgran
ges .. et M. d'Harville a disparu..
—Yoilà ce qu'assure M. Ho
race.
—Horace René répéta la Ca
gnotte d'un ton vague, pendant
qu'une vive rougeur montait à ses
joues.
Caminade l'observait eL ce mo
ment, et il fut frappé de son atti
tude. Mais il n'eut pas le temps
de s'abandonner à son étonneinent,
car on venait de servir le pâté de
foie gras,—il redevint sérieux et
presque grave.
Le pâté de Strasbourg était
aussi sa passion, .il s'était engagé
à lui réserver un bon accusil,—il
tint son engagement.
Et ce ne fut que lorsqu'on lui
eut enlevé sa dernière assiette,
qu'il revint à la réalité .de la si
tuation.
La Cagnotte n'avait pas bougé
Caminade en resta tout ébahi.
—Eh bien, eh bien,, dit-il de sa
bonne voix de belle humeur, qu'as
tu donc, ma fille.. est-ce que tu es
sortie?....
La Cagnotte secoua la tête avec
force et ébaucha un sourire mé
lancolique
—Non, répondit-elle avec une
expression douloureuse,^seulement
je Bougeais.....
{.:yrnih o,:
E. R. DUFRESNE, Redacteur. A. Davignon, Administrateur.
—A quoi?
-—Où! j'ai comme-ça depuis
quelque temps, un tas de choses
dans la tftte.
—Et dans le cœur, peut-être.
—Peut-être là aussi.
—Est-ce que nous serions pin
cés?
—Je ne sais pas.
—Ah mais, c'est qu'il faut sa
voir.
—Tu as raison mais il y a des
jours où l'on ne voit pas bien clair
dans ce qui se passe là, et alors...
Elle reprit sa tête dans ses
mains et la pressa avec énergie.
—Allons, dit-elle, comme se par
lant à elle-même, je suis folle c]est
impossible. Ce serait mal et j'en
aurais trop de remords
—D'ailleurs, poursuivit-elle sur
le même ton et avec un pli amer au
coin de la lèvre, est-ce que nous
devons aimer, nous autres, ou plu
tôt, e.3t ce qu'on peut nous aimer?
Caminade dégustait une gorgée
d'excellent moka il s'arrêta brus
quement
—Décidément interrompit-il..
tu es malade, ma fille, et il faudra
soigner ça
On ne peut aimer, dis-tu.. Ah
tu me la donnes belle, par exemple,
car, j'en connais un.. moi
—Horace fit la Cagnotte.
Et elle ajouta d'une voix, si
basse que Caminade ne l'entendit
pas.
—Oui.. lui !—mais l'autre..
Ce fut tout.
Presque aussitôt, elle se dégagea
des pensées qui la troublaient, et
quand elle releva son regard sur
Caminade, ce dernier remarqua
avec satisfaction, que toute sa sé
rénité était revenue.
—A la bonne heure dit-il, avec
enjouement, je t'aime mieux com
me ça et j'en suis pour ce que j'ai
dit celui qui prendra livraison du
lot tout entier, ne sera pas à plain
dre
La Cagnotte sourit à cette flat
terie de coulisses.
Elle était revenue tout à fait de
son trouble passager.
—Yoyons dit-elle d'un ton
bref et un peu nerveux parlons
sérieusement, et tâchons d'être
utiles à nos amis. Dans ce que tu
m'as comté tout à l'heure, il y a
une chose qui m'a particulière
ment frappée
—Laquelle?
—Ne m'as-tu pas dit qu'il était
question du départ prochain de
M. Desgranges pour le château de
Pratmeur?
—il part ce soir.
—Avec Raymonde?
—Sans aucun doute*
—Et si Raymonde quitte Paris,
il est vraisemblable que madame
Pradié l'accompagnera.
—C'est certain.
—Enfin, comme le comte de
Presles est amoureux de Laura, on
peut croire que lui-même....
—Arrivera au château en même
temps que les autres. On y pour
ra faire un loto de famille.
La Cagnotte fit un geste appro
batif.
—Et bien... ajouta-t-elle, c'est
de cela qu'il faut s'assurer.
—Comment?
—Eh*!-il ne suffit pas de le filer
jusqu'à la gare, pour le voir s'em
barquer dans le train de Brest...
Il faut encore le suivre à Prat
meur, pour retenir ce qui va s'y
passer.
—Mais quel moyen?
—Il n'y en a qu'un, c'est de
prendre le même train que lui et
de faire la même route.
—Et quoi tu veux que moi !..
Et si Lambert est de la partie?
—C'est prabable.
—Il me reconnaîtra.
La Cagnotte haussa les épaules.
—Yoilà que tu deviens modeste,
répliqua-t-elle avec une bienveil
lante ironie.... et ce talent de
grime est-ce que tu l'aurais laissé
en province?
Caminade se redressa, l'œil bril
lant.
.—Ah tu me prends par mon
faible, s'écria-t-il, en avalant un
dernier verre de chartreuse tu
véux donc que je me déguise?
—Cela tedéplait?
Allons donc tu ne pouvais
pas me faire une proposition plus
agréable.
—Alors, c'est dit
—Je partirai avec la famille
Pradié, et comme tu débutes sa
medi prochain, je serai de retour
ici vendredi soir.
—C'est antendu.
Caminade s'était levé la Ca
gnotte lui avait offert nn cigare
qu'il s'était empressé d'allumer, et
il se disposait à se retirer, quand
il se retourna vivement comme
pris d'Une idée subite.
—Une idée fit-il en revenant
vers la Cagnotte.
—Dia Vite, répondit celle-ci
WÊÊÊÊÊÊà Wki
7^
l'heure de ma répétition approche,
il faut que je m'habille.
Si je demandais à M. Horace
à se mettre de la partie.
La Cagnotte mit quelques secon
des à répondre. On eût dit qu'un
mystérieux combat se livrait en
elle, et même, elle croisa un mo
ment ses deux mains sur sa poi
trine, comme pour en comprimer
les battements.
—Soit, dit-elle enfin je le veux
bien, pourvu qu'il promette d'être
prudent et quand il reviendra, dis
lui que je serai heureuse de le re
cevoir, et d'apprendre de lui ce
que vous aurez fait là-bas.
Sur ces mots, elle rentra dans
son boudoir où elle alla s'accouder
sur sa chaise longue.
Et pendant une demi-heure elle
demeura ainsi, le front courbé sous
quelque profonde rêverie, le re
gard vague, la poitrine agitée.
La pauvre enfant était depuis
une année dans un singulier état
d'esprit.
Quand elle avait quitté Paris
pour se rendre à Bordeaux, en
compagnie de Caminade, elle em
portait dans son cœur le souvenir
d'un beau jeune homme, d'allure
élégante et aristocratique qu'elle
avait fini par remarquer.
C'était Horace deBreuil.
Elle avait appris son nom le
lendemain même du jour où elle
l'avait remarqué Horace était fort
connu dans le monde des cercles et
des théâtres, et il était universel
lement aimé.
La Cagnotte ne pouvait pas
d'ailleurs s'y tromper longtemps,
et quand elle ne pût plus douter
de l'attention dont elle était l'ob
jet de la part du jeune gentilhom
me, elle en éprouva une vive sen
sation, en même qu'une amère
tristesse.
Jusque-là, elle n'avait pas pensé
encore qu'elle dût aimer un jour,
et elle ne songeait guère qu'à tra
vailler pefur faire sa vie honnête et
libre.
Toutefois, c'était une fille de bon
sens et elle comprenait bien que
les femmes du théâtre ne peuvent
pas prétendre à être aimées comme
les autres femmes mais ce senti
ment n'était encore chez elle qu'à
l'état vague on se fait facilement
illusion quand on est jeune et jo
lie, comme elle l'était.... et elle
s'obstinait bien souvent dans ce
rêve d'amour sincère et pur, que
toutes les jeunes filles ont bercé au
début de la vie
Ce qu'elle ressentit quand elle
dut s'occuper d'Horace lui commu
niqua un étonnement inattendu.
C'était la première fois qu'elle
était ainsi atteinte, et elle en fut
toute perplexe.
Aimait-elle Horace? Pas encore.
Mais elle le trouvait bien et il
l'occupait souvent
C'est à cet époque qu'un engage
ment lui fut proposé pour Bor
deaux.
Elle avait accepté avec joie d'a
bord parce que l'engagement était
des plus avantageux et devait vrai
semblablement lui ouvrir les por
tes d'un théâtre d'ordre en se
cond .lieu, parce qu'elle allait être
ainsi obligée de s'éloigner de Paris
et qu'elle espérait se remettre, à
distance, de l'émotion qu'elle ve
nait d'éprou\er.
Elle ne comptait pas sur ce qui
l'attendait à Bordeaux.
Le lecteur se rappelle peut-être
que la Cagnotte était descendue à
Y ÏÏôiel de Guienne, et, pendant les
premiers" jours, elle n'eut pas le
temps de se laisser distraire.
.Elle avait ses débuts à prépa
rer, et, de plus, il lui avait fallu
répondre à plusieurs interrogatoi
res à propos de l'affaire d'Angou
lême.
Mais au bout de cinq ou six
jours, un matin, comme elle sor
tait de l'hôtel, elle se rencontra
sur le pas de la porte avec un jeu
ne homme dont la physionomie
sympathique attira et retint son
regard.
Elle ne B'y arrêta pas autrement
cependant mais les jours suivants,
les mêmes rencontres se reprodui
sirent, et elle en éprouva une sorte
d'agacement nervéux, qui finit par
la préoccuper à ce point qu'une
fois elle demanda au maître d'hô
tel quel était ce voyageur qu'elle
rencontrait si souvent et qui res
semblait si peu aux voyageurs or
dinaires que le commerce expédie
périodiquement sur là province.
On lui répondit qu'il s'appelait
René d'Harville, qu'il était depuis
un
mois à Bordeaux, où il menait
une vie des plus régulières.
La Cagnotte ne renouvela pas
ses questions, et jusqu'au moment
de son départ, elle se tint sur une
réserve prudente.
Au surplus, René n'avait jamais
pris garde & la jolie artiste. Cha
que fois qu'il la croisait dans le
salon de l'hôtel, il se contentait de
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la saluer, comme il eût fait pour
toute autre femme jamais il n'a
vait essayé de lui parier peut-être
même ne l'avait-il pas regardée.
Son esprit était évidemment ail
leurs.
La Cagnotte en conçut un dépit
dont elle ne déméla pas bien, d'a
bord, le caractère mais il est cer
qu'à partir de ce jour, la pensée de
René s'empara d'elle avec une au
torité contre laquelle elle ne tenta
même pas de réagir, et que, sans
s'en douter, elle s'abandonna à un
sentiment nouveau, bien plus vif
que celui que lui avait inspiré Ho
race.
Caminade, lui, ne s'apercevait
de rien, parce que tout cela lui
était bien indifférent, et la rusée
enfant obtint par lui, sur René,une
foule de renseignements des plas
étranges qui ajoutèrent le charme
du mystère à l'intérêt qu'il avait
éveillé en elle.
Puis un fait bizarre se passa
un matin, elle ne revit plus René.
Qu'était-il devenu ?rOù était-il
allé? Elle interrogea et nul ne put
lui répondre.
René était parti sans même dire
où devaient lui être envoyées les
lettres qui lui parviendraient après
son départ
La Cagnotte en reçut un coup
cruel: elle revint à Paris, doulou
reusement impressionnée, décon
certée surtout de voir finir sitôt
le petit roman dont le prologue
était à peine ébauché.
Elle se résigna et une année se
passa.
Elle avait repris sa vie de travail
et déjà elle ne donnait plus que de
fugitives pensées au mystérieux
voyageur de l'"Hôtel de Guienne,"
quand une après-midi, au Bois,
elle le rencontra en compagnie
d'Horace
Tout son cœur s'était soulevé.
C'était lui! Yoilà qu'il revenait au
moment où elle allait l'oublier
Quant à René, il ne l'avait même
pas reconnue.
Mais qu'importe
Dans le premier moment, elle
ne discuta pas avec l'ivresse
qui
la
saisit tout entière au sentiment
qui se réveillait en elle, elle n'eut
plus qu'un but, s'occuper de René,
apprendre qui il était, se rappro
cher de lui!., et elle n'épargna
rien pour atteindre ce but
Et quand on lui dit que René
aimait une autre femme, la jalou
sie qui la mordit au cœur l'éclaira
tout à coup sur la profondeur de
son amour, et elle résolut de lutter
de tendresse et de dévouement
avec cette rivale inconnue et détes
tée déjà, qui la menaçait dans son
bonheur.
Elle fit suivre René, observa
Raymonde, fit agir Caminade elle
souffrit, pleura, passa par toutes
les joies et tous les désespoirs de
Is amour, et enfin, quand elle se fut
bien convainçue que René aimait
Raymonde, comme elle l'aimait
elle-même, quand elle comprit sur
tout que ses agissements ne pou
vaient aboutir qu'au malheur de
René, le découragement la saisit,
une amertume sans nom pénétra
son cœur brisé, et il lui sembla
que la vie allait la quitter.
Mais c'était un cœur excellent
que la Cagnotte, et une nature
pleine de ressorts. Elle n'avait
été que surprise par ce sentiment
contre lequel elle s'était trouvée
sans défense elle se dégagea peu
à peu du trouble de cette situation
si nou/elle, l'apaisement se fit, et
reddu à elle-même, elle ne sentit
plus en son sein, ni haine, ni ja
lousie.
Elle resta donc quelque temps
encore, soucieuse et triste» après le
départ de Caminade. De temps à
autre, une lueur passait dans son
regard, pendant qu'un dernier fris
son secouait ses épaules. Mais
quand elle entendit une heure son
ner à la pendule du boudoir, elle
releva vivement la tête, passa sa
main rapide sur son front, comme
pour en chasser une dernière pen
sée importune, et appelant sa fem
me de chambre, elle acheva sa toi
lette pour se rendre à sa répéti
tion.
XX
à
Sur la côte nord de Bretagne,
l'extrémité du département des
Côtes-du-JNord, s'élève un de ces
vieux manoirs, dont quelques ra
res spécimens restent encore de
bout, ça et là, pour donner aux
touristes modernes, l'idée de ce
qu'était le pays breton au moyen
âge.
(J. continuer,)

W. F. SCRIPTURE.
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Jj. Tuscany.
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C'est le château de Pratmeur.

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