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Le pionnier de l'Assomption. (Napoleonville [La.]) 1850-185?, October 20, 1850, Image 1

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VE PIONNIER DE L'ASSOMPTION
JOURNAL POLITIQUË, AGRICOLE, LITTEflAIBE ET COMMERCIAL.
VOL. I.
NAFOLEÛNVIIXE, DIMANCHE, 20 OCTOBRE 1850.
MO. 7.
LE PIONNIER DE l'ASSQMPTION,
publie rAB
gUP ERVIELLE &■ DEVILLIERS.
gonait(dhg nu jo urnal :
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.„ y »rix les plus modérés, toutes espèces d ou
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AGENTS DU PIONNIER.
) M. Michel Lapeyre, Jr.
. > M. Francis Boimare, Li
> braire, 118 rue Royale
MM. Richard & Templet.
M. Firmin Duplessis.
M. J. Breau.
.... M. Auguste Thériot.
St-Jean Baptiste, M. Edward PeiTet.
St. Charles . . . Rizan Frères, négociants.
Ste-Marif., (Att.): > ZénoB p erret .
Charenton .... s .
Thibodaux .... M. Adolphe Blanchard.
H ouma M. F. Gagné.
Ste-Marif . .... M. Etienne Penisson.
Assomption .... G. Rodriguez, Café Star.
Belle Riviere . . M. Pierre Thériot.
Paincourtville, . M. C. j .E.Gauthier,r. m.
1EF Dans les paroisses où nous n'avons pas
nommé d'agents, nous prions les Maîtres de Poste
de vouloir se charger de l'agence de notre feuille.
NLLE-Oni .ea .ftS
Ascension . . • •
Riviere-Neuve.
Iberville . . .
St- Jacques
POLITIQUE INTERIEURE.
On trouvera an fond de toute question
sérieuse qui sera discutée, soit au Con
grès des Etats-Unis, soit dans les Légis
latures particulières, soit enfin dans les
Conventions d'Etat, l'a brûlante question
«le l'esclavage, centre que travaillent de
puis si longtemps à déplacer les habitants
du Sud, et que 1rs abolitionistes du Nord
maintiennent toujours au même point,
duns l'espoir insensé d'être un jour vic
torieux.
Cette question, qui tient le Sud dans
des transes continuelles, vient d'etre
brutalement remise sur le tapis, par la
ôwijôrite des whigs du New-York, dans
)a Convention de Syracuse. M. Seward,
le farouche abolitionist^ qui menace de
passer ä là postérité a ia façon d'Eros
trate; a rédigé et fait présenter par un
de ses dévoués^ une série de résolutions,
portant aux nues je proviso Wilmot et
son inventeur! censurarit l'adoption du
bill relatifiaux'esclavè^fugitifs, et protes
tant impudemment contre l'institution de
l'esclavage. Ces résolutions, lues à l'as
semblée whig par M. Cornwell, ont
soulevé quelques blâtres énergiques^
mais la majorité s'est empressé de les
t. Les adver»
sanctionner en les adoptant
saires de cet infâme arrêté, ont alors
quitté la salle, et le lendemain ils se sont
constitués en assemblée régulière, afin de
prendre des mesures efficaces pour neu
traliser l'effet des résolutions adoptées.
Voilà dohe le parti whig de l'Etat de
New-York, divisé en deux fractions bien
distinctes; l'une marchera sous la ban
nière de l'Union, et défendra In bonne
cause, coûte que eotftej l'autre (et c'est
la plus forte) lève l'étendard de la révol
te et veut la dissolution de la Confédéra
tion; pour arriver à son but, elle saura
faire appel à toutes les mauvaises pas
sions, au besoin elle armera les noirs
contre les blancs.
Cette brusque scission aura «pendant
un fort bon résultat, auquel les whigs au
raient du songer avant de se séparer; elle
hâtera le triomphe de la démocratie dans
rEtayje New-York. Divisés comme ils
le sout aujourd'hui, les whigs sollt extrê
mement faibles, d'autant plus faibles
qu'ils useront le pen de forces dont ils
peuvent disposer, « se combattre rhUtùiel
lemcnt, à s'annihiler. Lorsqde viendra
le moment de la lutte électorale, tes
den* partis se trouveront dans l'impossi.
, bilité de tenir tête aux démocrates, qui
éliront leurs candidats, volontiers sans
opposition. — La' rupture des whigs est
trop éclatante, les motifs qui Pöttt ame
née sont trop graves, pour qu'dh rappro
chement puisse s'opérer avant le jour dfes
élections.
Pour l'honneur même des whigs <jwi
ont répudié les principes de's Seward,
öous aimons à croire qu'ils préféreraient
voter avec les démocrates, travailler au
succts des candidats locofocos, voir enfin
i'Etat'gouverné^par leurs.cnnemis politi.
ques, que de so rallier aui abolitionistes,
que de les aiïffer à triompher, que de con
sentir à être gouvernés par les free soilers.
Les journaux whigs du Sud, ne sauraient
donner ti'autfèé conseils à leurs frères du
Nord, car avant d'être whigs, ils sont ce
que nous démocrates, nous sommes aussi
avant tout : Américains!
La Convention démocratique réunie à
Syracuse, guidée uniquement par le pa
triotisme et le désir de la concorde, a
donné au peuple un tout autre exemple
que la Convention whig. Les quelques
petites difficultés qui s'étaient élevées en
tre les chefs du parti, Önt été facilement
apfcnrics, on s'est fait des concessions ré
ciproques, et l'union la plus parfaite
a présidé à tous les travaux de la Con
vention. Les résolutions adoptées se sont
ressenties de ce sage esprit de concilia
tion, elles portent le cachet de la plus
haute raison, de la plus louable impar
tialité; c'est en agissant toujours avec la
même entente, c'est en n'oubliant jamais
que l'union seule fait la force, que les dé
mocrates obtiendront des triomphes cer
tains et durables, que nos principes ger.
meront dans tous les cœurs, et jetteront
de profondes racines dans cette terre de
liberté!
Le ticket composé par le Comité, est
des plus heureux; nous y voyons figurer
en tête, le nom si populaire de Iloratio
N. SEYMOUR, l'ancien speaker de la
Législature du New-York, l'un des hom
mes les plus dignes du parti, et que re.
commandent également ses capacités
comme homme politique, et ses vertus
comme citoyen.Que SEYMOUR soit élu
gouverneur de l'Etat et nous avons l'in
time conviction que les whigs nationaux
et les démocrates ne feront plus bientôt
qu'un seul et même parti. — Cette fusion
qui n'a rien d'impossible et que nous
considérons au contraire comme proba
ble, serait le dernier coup porté aux abo
litionistes, qui depuis quelques années,
se multiplient d'une manière effrayante
dans le New-York.
Le bill sur l'extradition des esclaves
fugitifs, a déjà reçu un commencement
d'exécution dans quelques Etats du
Nord, et causé une quasi-révolution par
mi la population noire. Partout les nè
gres libres font mine de se révolter, ce
qui prouve bien qu'ils ne sont point aussi
libres qu'ils le prétendaient. L'Etat de
New-Yçrk renferme un nombre considé
rable d'esclaves qui, après avoir brisé
leur joug, avaient conquis une liberté fic
tive, en entrant dans un Etat libre; au
jourd'hui, les propriétaires dépossédés
ont le droit de reprendre, preuves en
main, leur propriété partout où elle se
trouvera, la loi le vaut ainsi et la loi est
juste, mais cela ne fait pas l'affaire des
abolitionistes, et loin de se soumettre a
la loi, ils convoquent de noires assem
blées, excitent les nègres à la révolte, et
font fermenter en eux, par leurs discours
incendiaires, le levain de la haine et de
la vengeance.
Les nègres que ces menées révoltantes
ne séduisent pas, plient bagage, et émi
grent dans le Canada. A Pittsburg les
hôtels sont veufs de tous les domestiques;
_ New -York les anciens esclaves ont dis
paru; à Worcester, à Springfield, à
Bedford la désertion commence aussi.
Pour peu que cela continue les Etats li
bres ne seront plus bientôt, peuplés que
par les blancs, et le Canada sera inondé
par une population nomade, fainéante,
qui se vengera peut être bien cruelle
ment un jour, de l'hospitalité qu'il lui
accorde aujourd'hui.
LA CONVERSION D'UN PECHEUR.
Toute médaille a son revers, tout redo
son verso ; chaque page de la vie humaine
i enferme une antithèse bien tranchée,
et si les flatteurs vivent, encore de nos
jours, aux dépens de ceux qui les écou
tent, il fout avouer qu'ils vivent maigre
ment : le siècle n'est pas à la courtisa
nerie « 4
Quand les assemblées whigs des pa
lisses Assomption et Ascension, fulmi
naient contre M. Soûlé des anathémes'
sans nom,et laissaient* un peu à l'aventu
re, de sinistres éclairs, précurseurs de la
foudre, sillonner notre ciel polittqwe,
nous pensions bien que ces virulentes
sorties mourraient sans trouver d'écho
dans la Louisiane, et nous pressentions
ce qui arrive aujourd'hui: une réaction
des plus significatives en faveur du no
ble et chaleureux adversaire d'Henry
Clay!
L'heure de cette réaction a sonné
plustôt que nous ne l'espérions.
De toutes parts s'organisent des meet
ings, où les bons citoyens, jaloux d'ap
porter leur pierre à l'édifice social de
l'Union, s'empressent d'adopter des ré
solutions, relatives à la conduite tenue
au Congrès, par nos sénateurs et nos
représentants. Ces assemblées vraiment
nationales et surtout patriotiques, ne
manquent point aux saines traditions de
leurs dévancières, et les républicains
sont tous d'accord, quand il s'agit de ren
dre justice aux hommes qui ont défendu
nos intérêts, soutenu nos droits, avec tant
de cœur et d'éloquence. — Pierre Soulé
pouvait-il être oublié 1 ?
Ah! les remerciemens que les Louisia
nais adressent à l'illustre naturalisé, les
éloges dont ils le comblent,les vœux qu'ils
expriment si noblement, sauront trou
ver un écho profond dans tous les cœurs;
celui que la haine et la calomnie n'ont
pu abaisser, sera suffisamment vengé
par cet unanime témoignage de respect
et de sympathie!
Un revirement d'opinion, qui n'est
pas moins éloquent que ces manifesta
tions publiques, est celui des feuilles qui
ont attaqué le plus violemment, l'hono
rable Pierre Soulé? presque tous ces
journaux, jadis acharnés après notre sé
nateur, ont confessé leurs torts; aujour
d'hui, ils ne font entendre que de bon
nes paroles, ils n'ont que des éloges pour
l 'homme auquel ils ont fait tant et de
si graves reproches; ils sont ce qu'ils
auraient du toujours être, loyaux et im
partials !
Mais la conversion qui nous a le plus
impressionné, est celle d'un journal whig,
notre voisin, qui avait combattu M. Soulé
avec acharnement, qui s'était oublié
jusqu'à demander presque, pour notre
sénateur, l'application de la loi du Lynch,
enfin qui avait marché à la tête des
whigs natifs des paroisses Assomption et
Ascension.
Le Vigilant vient de faire amehde
honorable; nous lisons dans son numéro
du 12 octobre la phrase suivante, qui peut
se passer de commentaires;
Nous le déclarons, M. Sôulé est un
' des hommes dont la Louisiane a le
"droit de s'énorgueillir et jamais, disons
" le hautement , elle n'envoya au Congrès
" un homme d'une valeur aussi réelle
Un vieux proverbe dit: péché caché
est à moitié pardonné! ce proverbe a du
être inventé par un jésuite, nous croyons
au contraire, nous, qu'un péché avoué
est au trois quarts pardonné! aussi ou
blions nous, de grand cœur, les erremens
de notre cher confrère, pour ne voir, ne
comprendre, n'admirer que les bons sen
timents qu'il exprimé dans la phrase déjà
citée, que les paroles vraies et courageuses
qu'il a laissé tomber de sa plume.
S'il est beau de suivre toujours la bon
ne voie, il est bien plus méritoire de ren
trer dans le droit chemin, après s'en
être écarté.
Dans son numéro du 12 courant, notre
confrère rend tout simplement justice
à M. Soulé ; sans doute par cela seul, il
désavoue ses précédens articles, mais
c'est précisément là qu'est la grandeur
d'âme, que git l'abnégation ! il y a vrai
ment de la noblesse à reconnaître ses
erreurs avec autant de courage, autant
de spontanéité!
Et que le Vigilant sache voir dans les
quelques lignes qui précèdent, l'expres
sion bien sincère de notre pensée tout
entière; qu'il ne cherche pas dans la jus
tice que nous nous plaisons à lui rendre,
la plus petite arrière pensée, l'ombre de
l'irnni». nniifl nA nlaisnntftnä lalAaiS 3.ÏCC
l'ironie: nous ne plaisantons jamais avec
les choses sérieuses.
Si le Vigilant persévère dans la route
où il vient de s'engager, ainsi que nous
en avons le doux espoir, notre faible ap
pui lui est acquis! nous ne doutons pas
qu'en contihuant comme il a' commencé
dans son nùïHéro du 12, il ne parvienne
à reconquérir lafaveurdti »\jblic et l'es
time de ses abonnés.
Ainsi soiC-il.
il
LOCALITE.
Nous constatons avec plaisir que les
jeunes hommes de la paroisse se montrent
sensibles à la douce critique que nous
avons faite dans notre dernier numéro,
des divertissements de Napoléonville.
Les uns nous ont dit que nous ne com
prenons rien aux émotions du jeu et que
pour cette raison nous attaquons ce pas
se-temps des nobles seigneurs, des fiers
hidalgos.
D'autres nous ont accusé de n'avoir
pas des coursiers décents pour nous pro
curer le bonheur de courir sur les traces
de nos amazones, de compter les mou
vements gracieux qui leur sont imprimés
par le train de leurs bouillantes haque.
nées, d'avaler les teurbillons de poussière
soulevés par ces nobles animaux.
Tous nous font l'aimable reproche de
n'avoir pas encore assisté aux rares bals
qui ont réuni l'élite de nos douces créo
les. 'Tous sont bien décidés à former
une souscription dont le produit assurera
après la roulaison, une série de grands
bals, dans la magnifique salle de M.
Guuthict*
Qu'on n'appelle pas aristocratique, la
formation de cette société. C'est le seul
moyen convenable pour égayer les froi
des, longues et tristes soirées de l'hiver
qui va nous envahir. Souscripteurs ou
non, tout nos co-paroissiens n'en seront
pas moins invités; c'est une société vrai
ment fraternelle ou la bourse du riche
servira à ses plaisirs, et à ceux du pau
vre en même temps.
En attendant ces réunions d'hiver,
c'est dans les sucrcrieä qu'on se rencon
tre à cette époque de l'année. On y
voit les représentants de toutes les clas
ses de la société» Les étrangers curieux
en font le but de leurs excursions. Toutes
nos espiègles jeunes filles vont y con
certer leurs horribles médisances et leurs
doux projets. Les maîtres y suivent les
travailleurs Africains d'un œil vigilant,
ce qui he les empêche jamais de faire un
accueil princier à tous les visiteurs. Ces
maîtres sont de Vrais grands seigneurs:
jamais on n'est importun avec eux, ou du
moins répondent-ils toujours aux importir
nités jfiar une affabilité pleine de distinc
tion. Aussi lorsqu'on sortde ces sucreries
on se sent l'envie d'en vouloir au bon
Dieu d'avoir diminué d'un quart le reve"
nu d'habitants si hospitaliers.—Il est vrai
que le rum et le vin de cannes ont dans
ces circonstances, considérablement ac
cru la sensibilité ordinaire. En consi"
dération de cette sensibilité inaccoutu
mée, qu'on nous pardonne l'ombre de
blasphème que nous avons projetée sur
ce paragraphe.
Mais il est sbr notre heureux bayou,
un plaisir bien, plus grand que la prome
nade aux sucreries. Ce plaisir, nous ne
nous en serions jamais douté et nous de
vons de l'entrevoir à notre ami L....qui
notis en fait la jolie description qu»
suit :
" Vous savez, Messieurs, que de tout
temps la chasse a été l'école dfes cheva
liers* le passe-temps des rois, l'occupa
tion des sauvages, le caprice des républi
cains whigs et la passion des vrais démo
tes; vous savez que les flèches, les filets
et les arquebuses ont é'é inventes, ainsi
que la poudre elle-même, pour la com
modité des cftasseurs,...Malgré ces dé
couvertes vous savez combien la chasse
est difficile, surtout quand il faut dire
avec l'élève de Chiron :
" Je brave des saisons les outrages divers,
L'air brûlant des étés, la glace des hivers, "
et ajouter: je brave la coùfSe du che
vreuil que je n'attrape jamais, je me ris
du vol de la bécassine que j'effraie lou
jours, je me moque du lapin que je man
que et que mon chien prend quelquefois
je ne me désespère pas en ratant sur
une nuée de canards, ma pirogue capote
en vain quand je veux approcher d'un
ilôt vivant de poules d'eau, je ne puis
rencontrer l'ours qui me ferait peur, ni
le sanglier qui me briserait quelque mem
bre &, &; vous savez que pour peu qu'il
faille ajouter une douzaine de vérités à
ces quelques agréments de la chasse
l'école des chevaliers n'est pas toujburs
divertissante, le passe-temps des fois
pourrait bien être tin plus doux passe
un
le
de
temps; vous savez tout cela, et vous êtes
un conservateur, un whig, un réaction
naire puisque vous ignorez 1'improvement,
le raffinement qu'on vient d'introduire
dans l'exercice de la chasse.
" Plus »'est besoin de bottes imperme
able?, de coursiers dociles, vigoureux et
inaccessibles aux impressions d'une forte
déonation! A busies chiens révéla
teurs, les fusils Lepage et cctiS des fa
briques Anglaises eu renom. L'élève
de Chiron était un sot; les rois et les
chevaliers, des imbécilles; les sauvages,
des Indiens; les whigs et les démocrates,
de braves gens comme vous; les nou
veaux chasseurs seuls sont des hommes
qui marchent avec leur siècle. Ils sont
du même pays que Franklin et Fulton, ils
n'ont pas inventé le paratonerre, ils n'ont
pas appliqué 'a vapeur à la navigation,
pris même l'électricité au télégraphe,
mais ils ont appliqué la vapeur a la chas
se, voici comment:
Sous prétexte de commerce de Tinté
rieur ils frètent un batelet que les habi
tants ont eu la méchanceté de hêler,
supposant que c'était un perfectionne
ment aux pirogues d'huilrcs. La petite
machine tourne comme un poitrinaire
et fait son parcours; le frêt des habitants
ne l'expose pas à une explosion. Que
font les émules de Fulton? Ils s'arment
d'un trabuco et ils chassent sur le bayou.
Le gibier n'y manque pas; ils font feu
et une douzaine de superbes canards gi
sent sur la grève; un peu plus loin, ils
font feu encore et une demi douzaine
d'oies donnent le spectacle des derniè
res convulsions de l'agonie; plus loin en
core, ils font feu et deux poules poussent
leurs derniers cris. Cette chasse se fai
sant sur un parcours de dix lieues, le ba
telet à son arrivée, se trouve bien frété.
Les habitants seuls* se plaignent, les
despotes, de ce nouveau genre de chas
se; ils prétendent, les insolents que lès
Nemrod du bayou confondent quelque
fois, voire même toujours, leurs canards,
et leurs oies, avec les canards et les oies
sauvages et leurs poulardes avec les
poules d'eau. Les téméraires ! Comment
osent-ils ainsi s'exposer à passer pour des
calomniateurs ?...
LA NOUVELLE-ORLEANS.
La fièvre jaune a définitivement trans
porté ses pénates, loin de la Nouvelle
Orléans; elle est partie accompagnée
des fièvres adjacentes qui forment son
cortège ordinaire, et voilà les fortunés
habitants de la ville aux trois municipa
lités, débarrassés de la lugubre visiteuse,
pour neuf ou dix grands mois au moins.
N'ayant plus à déplorer les ravages
exercés par le terrible fléau, à deman
der aux autorités d'ouvrir un concours
aux illustrations de la médecine, pour ob
tenir un remède contre la peste, ne pou
vant plus remplir leurs colonnes de dis
sertations plus ou moins scientifiques sur
les causes île la maladie, n'ayant pas
même à donner aux gourmands lecteurs
le réiit de guérisons merveilleuses, dues
au célèbre docteur un tel, (celui pour
qui l'on bat de la grosse caisse à tant la
ligne) devant enfin renoncer aux fleurs
funèbres que \es journalistes d'esprit , sè
ment dans les nécrologes, ffes feuilles de
la Nouvelle-Orléans ont été forcées de se
réfugier dans la chronique locale et dans
la politique, qui suit le mouvement de la
fièvre jaune, c'est-à-dire qui décline ra
pidement et menace de laisser les publi
cistes dans une pénurie complète.
Et vous croyez peut être que la chro
nique locale est un champ, vaste où l'on
peut faire ample moisson de petits vols,
de grands assassinats, etc., etc. Quelle
erreur est la vôtre : Jugez-en.
Etant au dépourvu, le rapporteur d'un
des bons journaux de la ville, fait un pe
tit roman; seulement au lieu de cacher
le héros de son historiette sanguinolente,
sous un pseudonyme, il écrit le premier
nom qui lui vient à l'idée, et ce nom est
celui d'Edouard Wilfz! 11 raconte, lé
fécond rapporteur, que ce malheureux
jeune homme, /'un des plus beaux orne
ments de sa famille, a été assassiné à
Gretna; cet infortuné se rendait auprès
de sa sœur à laquelle il devait porter une.
la
se
la
pe
est

à
une.
fortfe somme d'argent; arrivé à deux
cents pas de l'habitation île cette sieur
chérie, la lune se voile (non, la lune
ne joue pas son rôle dans cette tragédie,
et selon nous, le rapporteur a négligé là
un puissant moyen d'intérêt ) ia lune ne
se voile donc pas, mais ce qui est bien
plus triste, Edouard Wiltz se trouve face
à face avec un horrible brigand! Après
quelques phrases banales, le brigand
ennuyé de la conversation, plante son poi
gnard dans la gorge du pauvre enfant, lui
enlève son sac d'argent, et après avoir
contemplé sa victime et son sac avec une
joie féroce, il prend le cadavre par les
cheveux (horreur!) et le lance dans le
Misvissipi aux ilôts argentés, qui s'em
presse d'engloutir le cadavre, encore ot
né du poignard de l'assassin, dans ses on
des profondes, et qui se referme par do
sus comme siMe rien n'était!
Heureusement,"ajoute l'ingénieux rap
porteur, un ange veillait du haut des
ciuux ! cet ange était pour le moment une
vieille femme, qui dormait sur le pas de
sa porte et que le cri d'Edward Wiltz,
recevant le coup mortel, réveilla en sur
saut. Cet ange, nous voulons dire cette
vieille femme, ou plutôt cette excellente
dormeuse, douée d'une grande perspica
cité et même d'un courage au dessus de
son sexe, de son âge et de ,tout éloge,
voyant que l'assassin replantait son poi" ,
guard dans le sein du jeune homme, s'é
cria : Il est temps de nous lever, cou
chons-nous! et aussitôt elle rentra dan
sa maison, se barricada soigneusement,
et se jeta dans les bras de Morphéc. —
Le lendemain elle alla trouver les gens
de justice et fit une déclaration très-cir
constanciée. — Bonne vieille, va!
Mais, finissait le Chroniqueur, la jus
tice des hommes sera satisfaite, car nous
apprenons avec bonheur que l'assassin
vient d'être arrêté. — Le|misérable a tout
avoué! — C'est un homme fort laid, d'une
très haute stature, à la voix stridente, au
regard louche! — Signes particuliers : pas
de poignard!
Nous vous laissons à penser les angois
sas que dut éprouver M. Wiltz père, en
lisant ces détails, tout pleins d'une naï
veté qui devait exclure le soupçon d'une
fable faite à plaisir; par bonheur le -nal
heureux père sut bientôt à quoi sYn te
nir, il reçut le même jour une lettre de
son fils qui jouissait d'une très florissante
santé, et remontait le Mississipi à toute
vapeur, pour aller dépenser quelques
jours de sa jeunesse à Saint-Louis, avec
un de ses amis.
Pour ai'oir recours à des inventions
aussi folles, ne faut-il pas vraiment qu'un
rapporteur soit aux abois, et pour qu'un
rapporteur se trouve dans une position
aussi peu intéressante, ne faut-il pas que
la chroniqne des Recorders, soit d'une
honteuse pauvreté.
O chronique locale, tu est bien dé
chue !
Une autre afïKirc, très locale aussi,
mais moins sombre, a fait dépenser beau
coup d'encre et de papier à messieurs
les journalistes de la Reine du Sud-, (nous
n'avons jamais pu souffrir cette ridicule
dénomination) il s'agit de la singulière
demande adressée par Mme de Pontalba
au conseil de là première municipalité,
et qui tend, tout naïvement, h l'abattis
des beaux arbres de la Place d'Armes et
au remplacement de la grille de îct qui
entoure cette place.
La demande de Mme de Pontalba, fut
'vivement combattue par deux ou trois
feuilles conservatrices , et chaudement ap
puyée par les journaux de l'opposition;
les éditeurs se sont réciproquement trai
tés de Vandales, de routiniers, etc., etc.
Franchement, il nous semble que nos
confrères ont attaché trop d'importance,
d'abord à cette proposition, ensuite qu'ils
sont restés trop entiers, chacun dans sa
manière d'envisager la chose. I\ious
croyons très fermement qu'il serait au
moins inutile, pour ne pas dire impru
dent, d'arracher les beaux arbres qui
ornent la Place d'Armes. Ces arbres
sont peut être les seuls qui puissent don
ner de l'ombre en été; ils forment en
outre deux allées parallèles qui ne sont
point sans régularité, qui réjouirent l'œil
cri le reposant, et qui encadrent parfai-

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