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Le pionnier de l'Assomption. (Napoleonville [La.]) 1850-185?, November 15, 1850, Image 3

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cvthedRM'E de i-A mobile . — Ce monu
ment qui s'élève par les soins de notre
digrie évéque Portier, fera honneur à
notre cité. Sa solidié et la sévère beauté
de son intérieur promettent à cette cathé
drale une belle place parmi les monu
ment? élevés aux Etats-Unis. L'extérieur
est encore loin d'être achevé, mais on y
travaillera activement, dès que la fin des
travaux de l'intérieur aura permis d'y
admettre le public*
(Courrierde V Alabama.)
Michigan . — 1' ös démocrates du Michi
gan ont nommé la plupart de leurs candi
dats dans les élections qui viennent
d 'avoir lieu. On croit que les whigs ont
élu trois de leurs c andi dats au Congrès.
new - JEBSEY . — Dans cet Etat, Foot,
]c candidat démocrate à la place de
gouverneur, a été élu à une majorité de
5000 voix. Les démocrates ont élu trois
membres du Congrès et les whigs deux.
La Législature aura une forte majorité
démocratique.
Ifens»
On écrit de Madrid le 9 octobre:
« Nous sommes en pleine crise minis
térielle. Les membres du cabinet se sont
réunis cette nuit en conseil extraor
dinaire.
" Les causes qu'on assigne à cett»*
crise sont de diverse nature, je vais vous
les dire toutes.
u 1° Le général Serrano s'est marié
pour obéir aux conseils du duc de
Valence; le général Narvaez a cru lever
ainsi l'obstacle qui rendait presqu'im
possible la situation qu'il voulait faire
dans le palais à l'ancien favori de la
reine. Cela fait, le général Narvaez, sans
demander à personne ni conseil ni permis
sion, a présenté le général Serrano au
palais, profitant de la fête du roi, qui a
été célébrée le 4.
" Le général Serrano ainsi introduit,
se présente au moment du baise-main.
Le roi, en voyant l'ex-ministre universel,
retire sa main et lui dit à haute et très
intelligible voix.passe cl va-Cen.
" Informé de ce fait, qui produisit
nue grande sensation, par le général
Serrano lui-même, le duc de Valence,
accoutumé à voir respecter s>es moindres
caprices, alla immédiatement trouver le
roi. et lui demanda une explication. Le
roi lui répondit: " Je ne donne à personne
d'explication sur ma conduite , et à toi
moins qu'à personne.
" Ajoutez que, contre l'ordre formel
du ministre, le roi portait l'uniforme et
les epaulettes de général.
•' 2° Il parait que la reine a déclaré
au général Narvâ z qu'elle adulait que,
non feulement le duc et la duchesse de
Montpensier, mais tous les enfans de
l'infant don Francisco résidassent à
Madrid. Le général Narvaez s'est formel
lement opposé là-dessus à la volonté de
la reine, et de là, à ce que disebt les
partisans du roi, unfe autre cause de crise
ministérielle.
" 3° On dit qde le ^énéfal Narvaez
demandait la destitution dû général Cor
dova, capitaine-général de Madrid, et
que le coriseii des ministres n'a pas
voulu l'accorder. Le fait est peu proba
bleres metrtbtes du cabiriet n'ayant pas
l'habitude d'avoir une opinion person
nelle quand le président a parlé.
" Quoi qu'il fen soit, le général Narvae
n'a pas parti au bal du palais Où le géné
ral Cordova s'est rtidnti*é avec affecta i»n.
On l'a vu aussi se pröriiener Hiei* au foyer
du Cirque, bras dessus bras dessous avec
les plus grands ennenis du duc de Va
lence."
Nous avons de lfi peine à attacher
une grande impöi tanhe aux faits rappor
tés dans la lettre qui précède. C'est là,
comme nous l'avons dit, la vingtième
crise ministerielle dont on parle depuis
six mois, et le général Narvaez se tirera,
sans doute de cellç-ci comme des autres.
Il est craint au palais, fortement appuyé
dans les chambres, et, à part le Clamor
publico, mal attaqué par les jouilaux.
C'est plus qu'il n'en faut} surtout après les
élections qui viennent d'avoir licti; pour
qu'il reste au pouvoir.
A la suite de tout ce qui était arrivé
Narvapz a donné sa démission; mais la
feine n'a pas vould l'actepter.
l'S CIIIEX ARRETANT, QUETANT ET HAP
poïtaïît . — Quelques jours avant l'ouvertu
re de la chasse, un brave bourgeois, de la
rue du Sentier, se sentant, pour la premiè
re fois de sa vie marchande, la velléité
d'attaquer le lièvre et le perdreau, se mit
en quête d'uu chien de chasse; il avisa sur
le boulevard du Temple, un citoyen en
blouse, pas neuve mais déchirée, lequel
était suivi de dix ou dou2e chiens, levrettes,
terre-neuve, boules-dogues, roquets et cani
°h e s—v oici mon afikire, dit*il. Puis, s'ap.
prochant du particulier qui nîétait autre
chose qu'un montreur de chiens savans : —
Auriez-vous un chien à me vendre? lui fit.il,
n exariîinânt la meute d'un œil de connais*
seu t.
-—Pourquoi pas bourgeois... si vous y a
ooulex le priï,
_ TP u '' ma ' s j e veux un animal qui quête
P»naitemcnt, arrête bien et surtout rapporte
convenablement.
u ~~? a ' ' a chose! En v'ia z-un qui a été
l ondu tout; exprès pour vous... et pas cher t
rancs, Vest donné. Et il empoigna par
queue le cWtche le plus crotté de la ban
!•;» ,V e , t,e exhibition paraissait éveiller
tnv°i té du c h*«eurmarclland, le ci
. en enbjouge, pas neuve mais-déchirée,
offnt de lui faire un bittet par lequel il
garantissait los trois qualités demandées,
j. . Pf'ne deIOO francs de dommages -inté.
L 'I si le caniche manquait à sc& prouves
t
ses. Le traité conclu, le bourgeois emmena
son chien en laisse et attendit le bienheu
reux jour de l'ouverture. [Un des amis du
Corsaire appelle cela Yaulopsie de la chasse
attendu que c'est ce jour-là qu'on éventre le
gibier.]
Le lendemain de l'ouverture susdite, nos
deux hommes comparaissaient devant le
juge de paix, et voici comment l'habitant de
la rue du Sentier racontait l'odyssée de ses
canines infortunes :
—" Magistrat... je sortis hier, me diri
geant vers la Porte Saint-Denis, carnier au
dos, fusil sur l'épaule, et escorté de cet
ignoble barbet, que je tenais respectueuse
ment attaché par un collier tout oeuf, acheté
4 fr. 50 c. au bazar Poissonnière; jusqu'au
boulevart tout alla bien, quoique je pourrais
arguer d'une scandaleuse et abusive fré
quentation de la borne; mais le chién est
comme l'homme : il a ses besoins; je compris
cela, et me souvins de la loi Grainmont
Bien!... Mais à peine eus-je débouché sur
les boulevards, quo voilà mon infâme cani
che qni se dresse sur ses pattes de derrière,
se met à tourner en cercle comme un che
val de Franconi/et refuse d'avancer sur la
ligne droite. Je lui parle avec égard d'a
bord, puis je crie, je jure, rien n'y fait; la
foule s'arrête, m'entoure, et un tas de ba
dauds se mettent à rire de mes vains efforts
à combattre cette posture de Kangouro...Ma
foi! la colère me prend; je me baisse pour
flanquer un coup de pied à l'horrible qua
drupède qui se permettait d'affecter des
allures trop aristocratiques. Mais, dans
le mouvement précipité que je fais, ma
casquette m'échappe et va rouler au mi
lieu du cercle, toujours consciencieuse
ment décrit par l'obstiné caniche. Chose
imprévue, magistrat! l'animai se jette
sur le couvre-chef, le saisit, avec les
dents, par la visière, et se met à tourner
autour du cercle en agitant son odieuse
queue à la façon d'un solliciteur provi
soire... Me voyez-vous, moi, honorable
négociant patenté, conduit comme un
aveugle par son caniche, orné de la clas
sique sébille, et tenant par la ficelle cet
humiliant personnage qui faisait la quête!
Mais le plus fort, magistrat, c'est qu'un
sergent de ville accourut, m'empoigna,
sous prétexte que la mendicité est défen
due dans le département de la Seine
Voilà, magistrat, le récit véridique de
mes infortunes; je demande mille francs
de dommages et intérêts, plus la restitu
tion de mes soixante francs, et l'insertion
du jugement dans le Moniteur et le Cor
saire...
Le vendeur de chiens à garantie se
leva, et dit :
—'• Citoyen juge de paix et autres, je
n'ai que trois mots à répliquer. J'ai ven
du au bourgeois nn chien arrêtant par
faitement les' passants; quêtant admira
blement et rapportant deux francs cin
quante par joui, à preuve que le sergent
a trouvé soixante centimes en sous dans
la casquette du citoyen bourgeois; ce ca
niche, qui a nom Brutus Carmagnole, est
connu sur le boulevard Martin pour le
premier cabrioleur de Paris. . Je deman
de vingt mille balles de dommages pour
sa réputation; plus la restitution des 60
centimes, et l'insertion de la chose dans
la Presse , VEvénement et le Lampion des
Fauboutgs, et voila,.. "
Le juge de paix rendit le jugement
suivant :
" Attendu {Interrompupar le brouil
lard.) (Corsaire.)
•tjn combat de taureaux, digne des"
aiènes de Seville et de Madrid,a eu lieu
dernièrement sur les confins des monta
n s de. la Gruyère.
r oici le récit qu'en fait un journal
suisse:
li i)eux superbes troupeaux paissaient
sur des paturages voisins, l'un était frl —
bourgeois, l'autre appartenait à la riche
commune de Mpntreux(Vaud).
"Longtemps 1^ paix la plus cordiale
régna dans les deu* camps, qui n'était
séparés que par tirie.faible muraille.
" Un jour que les troupeRiix étaient
plus rapprochés que. d'ordinaire^ les
deux taureaux manifesté"prit," par.de
sourdji mugissements les accès d'une féro
ce jalousie. Les bergers entrèrent les
vacHésau chalet,et les deux sultans suivi
rent leurs compagnes,
''Mais le lendemain, ■ peine le taureau
de Montreux eul-il aperçu àu bas de la
montagne le troupeau fribo'ugeqis qu'il
franchit d'un bon la muraille et s'élança
furieux sur son rival. Aiors eut lieu le
combat le plus terrible dont les Alpes
aient été témoins.
" Les vaches éperdues forment le cer
cle en poussant des cris lamentables; les
bergers accdurent et tâchent en vain,
par leurs menaces et leurs coups, de sépa
rer les deux combattans. La fureur les
empêche de rien voir et de rien sentir.
u Le fhibourgeois surpris par une at
taque aussi spudaine, chancelle un mo
ment èt recule. Mais bientôt il reprend
position et s'apprête à défendre l'hon
neur de la Gruyère. Les échos des mon
tagnes retentissent des coups furieux que
se ftortaient ces redoutables adversaires.
Le sang ruisselait de toutes parts et ne
faisait qu 'exciter leur fureur,* Las de
leurs efforts inutiles, les bergers prirent
fait et cause ponr leurs champions et les
excitèrent à la victoire.
" L'issue demeura douteuse, et elle
menaçait de devenir d'autant plus ter
rible que les deux combattans s'étaient
peu à peu rapprochés d'un immense pré
cipice.
"Enfin le taureau fribourgeois réussit
à acculer son adversaire sur le bord de
la crête, et par un dernier et terrible
effort, il le précipite au fond de l'abîme.
On aurait dit un avalanche roulant sur
le flanc des glaciers. Le vainqueur loi»
f
aie
même, entraîné par la violence du coup,
disparut derrière l'arête; mais il se retint
sur une petite plateforme, d'où il poussait,
en signe devicloire, des mugissemens qui
faisaient trembler les Alpeä.
'•Ce ne fut que par des efforts inouïs
et à l'aide de cordages qu'on parvint à
le dévaler au bas du précipice. Là, re
trouvant son rival inanimé, il plongea en
core une fois ses cornes dans le cadavre
et regagna par de longs défours l'étable
du chalet. Les bergers fribourgeois le
ramenèrent en triomphe/'
[communique .]
Messieurs.
J'use encore aujourd'hui de votre obli
geance, mais je n'en abuserai point.
Veuillez être mon organe pour indiquer
à M. Pierre du Vigilant , la page 44, 2me
colonne, ligne '23, 3me paragraphe, des
rapports de la Convention.
Veuillez aussi lui transmettre ces ques
tions. — Elles sont tout aussi difficiles à
résoudre que les siennes.
Quelles sont les causes des éboulis du
fleuve ?
Combien 13 h hareng-» valent-ils, à 12
cents la douzaine ?
Est-il possible dp vivre sans écrire?
L'air suffit-il à la subsistance ?
Le froid est-il l'absence de la chaleur?
Les Rongeurs vous dévorent-iis en
core?
A toutes ces questions il est possible
qu'or, me réponde par des personnalités.
Je m'y attends; c'est le chemin qu'on a
choisi dès le début de cette polémique.
Mais les personnalités ne réfuteront pas
ce que j'ai avancé sur les principes de la
démocratie.
Agréez, Messieurs,
A. L.
OÛ~L'auteur du Communiqué que nous
publions, semble craindre d'être impor
tun en nous envoyant ses réponses aux
attaques dont il est l'objet. Qu'il se dé
trompe, ses communiqués feront toujours
honneur et plaisirs aux Editeurs du Pion
nier.
LITTE R AT UR £.
EPISODE RACONTE PENDANT LA NUIT DU 23 JUIN
1848.
— Je ne m'appelle pas Paul Garbas,
et je ne suis pas Français, me dit le capi
taine; je m'appelle Paolo Garba, et je
suis Calabrais.
u En 1809 (j'avais à peine seize ans(,
j'étais gardeur de chèvres, au service
d'Antonio Paëse, riche fermier des envi
rons de Martorano. La ferme d'Anto
nio, située sur le plateau d'une colline,
dominait d'un côté la mer, de l'autre, la
forêt de Sainte-Euphémie.
" Je me souviens encore de ce paysa
ge, comme si je pouvais effacer de ma
vie trente-huit ans de douleurs et d'exil,
et rouvrir mes regards d'adolescent sur
l'étable au toit rustique, où se pressait le
soir mon grêle troupeau; sur les bouquets
d'yeuses qui accidentaient çà et là les
bruyères grisâtres; sur la mer bleue et
brumeuse tachetée de voiles blanches;
sur les grands bois qui dessinaient à
droite leur sombre et immense rideau.
" Un jour d'automne, j'avais conduit
mes chèvres sur la lizière de la forêt, où
croissait une plante aromatique dont el{
les étaient friandes. Au coucher du so
leil, lorsque je voulus les rassembler pour
les ramener à la ferme, je m'aperçus
qu'il en manquait deux.
" J'étais auj désespoir. Outre que
j'aimais comme des sœurs ces plaintives
petites bêtes, jusque-là mes seules com
pagnes, je savais qu'Antonio ne plaisan
tait pas sur le chiffre de ses chèvres. Je
m'enfonçai donc résolument dans la forêt
de Sainte-Euphémie, suivant tant bien
que mal un étroit sentier dont les ondu
lations capricieuses se perdaient à tous
moments dans les groupes d'arbres. Je
marchais ainsi depuis une demi-heure,
m'arrêtant de temps à autre pour cher
cher à mé reconnaître au milieu de l'ob
scurité croissante, lorsque j'arrivai à une
clairière où les dernières lueurs du jour,
tamisées à travers le feuillage, me firent
apercevoir, adossée et comme tapie sous
un épais, massif de hêtres, une pauvre ca
bane d'où s'exhalait un peu de fumée.
En même temps, une jeune fille à peu
près de mon âge parut sur le seuil, et
courut vers moi en me «lisant toute
joyeuse et toute essoufflée :
" — Je suis sûre que les chèvres sont
à vous!
" Ellè trie raconta qu'elle était sortte
une heure auparavant pour faire du bois,
et qu 'elle avait vu venir à elle ces deux
chèvres, courant d'un air fort effrayé;
sans doute le bruit ou l'odeur de quel
que bête sauvage était la cause de cette
frayeur. Alors, n'osant s'éloigner de sa
cabane, elle avait peusé que le plus sa
ge était d'y remiser c-'.s pauvre fugitives,
espérant qu'elles seraient bientôt récla
mées.
" Tout cela me fut dit d'un ton sim
ple et dou* qui m'alla au cœur. me
sure que la jeune fille me parlait, son
joyeux- sourire s'évanouissait pour faire
place à une exprsssion de tristesse qui
paraissait lui être habituelle. Je voulus
la remercier, mais ne trouvant pas de
paroles, je pris sa main que je pressai
dans les mienneelle ne la retira pas,
et fixant sur moi son regard rempli «l'in
nocence et de candeur, elle me demanda
mon nom.
"— Paolo. Et le Vôtre? ajoutai-je.
w — Luiselia.
_ "— Eh bien! Luisella, je vous remer
cie! dis-je en m'éloignant.
" A dater de ce jour, ce ne furent plus
mes chèvres qui occupèrent la première
place dans mon cœur; elles cessèrent
d'être nies seules compagnes. Comme
vous pouvez aisément le croire, je sus re
trouver le petit sentier; je m'enfonçai de
nouveau dans ses profondeurs sinueuses;
je revis Luisclla, et ne tardai pas à l'ai
mer. Ce fut presque un amour d'enfant,
naïf et pur, vague et radieux comme le
printemps de la vie, celui de l'année et
celui du jour, comme l'adolescence et le
matin. Voir Luisella, m'asseoir auprès
d'elle sur les grands tas de feuilles sèches
que l'automne amoncelait an pied des
arbres, grimper comme un chat sauvage
jusqu'aux plus hautes toufles de labrus
ques ou de ronces, pour lui rapporter une
grappe de raisins ou de mûres, c'était
mon bonheur, ma joie, ma vie. Seule
ment je remarquais avec inquiétude que
Luisella était toujours triste; et quand je
la questionnais sur le motif de sa tristes
se. elle refusait de me répondre. Elle ne
consentait jamais à me .recevoir dans sa
cabane; il y avait même des jours où elle
me quittait brusquement, en me suppliant
d <i ne pas la suivre. Bref, j'ignorais tout
de sa vie, lorsqu'elle possédait déjà la
mienne.
" A la fin, ma jeunesse et mon amour
lui ayant iuspiié plus de confiance, Lui
seila m'apprit qu'elle habitait cette ca
bane avec son père, mais que celui-ci,
presque constamment en campngne, ne
revenait qu'à de rares intervalles, pen
dant quelques heures de la nuit, pour
chercher de la poudre ou des provisions;
puis, qu'il disparaissait de nouveau, ex
posé à tous les hasards, à tous les périls.
Ensuite elle me dit en balbutiant le nom
de son père : il s'appelait Tiodoro Mi
leto.
" Ces confidences et ce nom me firent
frémir; je savais ce que signifiaient ces
mots : être en campagne , f et le nom de
Miiçjo était celui d'un de ces hommes
audacieux, révoltés contre Joachim Mu
rat,et dont la guerre civile avait fini par
faire de redoutables bandits. Je compris*
alors la tristesse, l'inquiétude, les larmes
de Luisella; car ia position de ces ré
voltés devenait chaque jour pins péril
leuse et plus horrible.
" On était alors au commencement de
l'hiver de 1810; ce fut une affreuse épo
que pour les Calabres. La guerre de
partisans qu'y continuaient en dépit de
toutes les mesures du roi Joachim, quel
ques hommes dévoués à Ferdinand, et
quelques bandes de forçats, envoyés tout
exprès de Sicile par les Anglais, avait
dégénéré, à la longue, en une sanglante
série de massacres et de guet-à-pens. Les
soldats français ne pouvaient plus voya
ger igolément ou par petits pelotons, sans
tomber, au détour d'un sentier ou sur l'a
rête d'un ravin, mortellement atteints
par les balles ou les poignards de ces
brigands. Tout favorisait cete guerre
atroce : la haine des habitants pour les
Français, l'imprudence de ceux-ci, et la
nature même de ce pays creusé de pré
cipices, bosselé de montagnes, coupé en
tous sens par des taillis épais, des gorges
profondes, des bois impénétrables.
" Murât, irrité de voir qu'il perdait à
ce jeu bon nombre de ses plus braves
gens, voulut en finir. 11 nomma le géné
ral Manhès commandant des provinces
calabraises avec des pouvoirs illimités.
"Manhès n'y alla pas par quatre che
mins. Il établit son quartier-général à
Coreza, à dix lieues environ de .Marto
naro; puis par des attaques vigoureuses,
il refoula presque tous les révoltés dans
la forêt de la Scilla et dans celle de
Sainte-rEuphémie.
" Une fois ce premier succès obtenu,
il calcula que ces bandits, réfugiés dans
les bois au milieu de la saison rigoureu
se, ne pourraient pas y vivre, et que,
pour qu'ils vécussent, il faudrait ou qu'ils
vinssent chercher des provisions dans les
fermes et villages, ou qu'on leur en ap
portât de ces villages et de ces fermes.
" Alors il décréta que tout homme,
toute femme qu'on trouverait allant aux
champs avec un morceau de pain dans
lenr poche, seraient immédiatement fu
sillés; qne les gardes de la sicarera (gar
des nationaux indigènes), envoyés à la
poursuite des brigands et rentrant* à la
rille avant que le dernier de ces bri
gands fut tué on pris, seraient immédia
tement fusillés; que tout syndic, ayant
dans la commune un certain nombre
d'hommes en campagne , et n'ayant pas,
après simple avertissement, réussi à lui
livrer mort on vif le nombre exact de ces
hommes, serait immédiatement fusillé :
il va sans dire que le village administré
par ces malheureux syndics devait être
cerné, brûlé, rasé et les habitants passés
par les armes.
u Telle était la situation, feiles étaient
les mesures terribles qui semaient l'épou
vante dans le pays tout entier, et que
Luiselht me retraçait en pâlissant, les
yeux mouillés de pleurs, la voix entre
coupée-île sanglots.
" Par suite des plans stratégiques du
général Manhès, deux compagnies de
carabiniers à cheval vinrent à Martona
ro. 'Elles étaient commandées par le ca
pitaine Goguillot; parmi ses officiers, ce
lui qu'il aimait le plus, était le lieutenant
Albéric d'Offanges.
u Albéric avait à peine vingt-deux
ans; il était beau, et, dans son regard vif,
dans le sourire de ses lèvres un peu sen
suelles, il eut été impossible de démêler
le moindre indice de cruauté. Quelque
fois en gardant mes chèvres près du clic
min qui conduisait de Martorano à la
ferme de mon maître, je voyais Albéric
passer à cheval, l'œil lier, la taille sou
ple, plein de grâce et de vigueur juvéni
les. Etait-ce haine contre les oppres
seurs de mon pays? Etait-ce dépit de le
voir si brillant et si beau, moi, pauvre
pâtre, aussi dédaigné que mes chèvres?
Etait-ce.pressentiment? Je l'ignore; ce
que je sais, c'est qu'au bout de quelques
jours je détestais Albéric.
•' r l rois mois s'écoulèrent ainsi; le
printemps commençait à teindre de ses
couleuis nos bois et nos collines. Mes
entrevues avec Luisella devenaient plus
rares; car tel était 1 effroi inspire par ce
joug de fer, qu'Antonio m'avait défendu
de m "écarter de la ferme. Pendant les
moments que je pouvais dérober à sa
surveillance et passer auprès de Luis
sella, j'osai à peine l'interroger sur son
père; je savais seulement qu'il n'était
pas arrêté.
" Bientôt, dans ces courtes enlrevues,
elle me sembla moin- tendre, moins affec
tueuse (jiie par le passé. Je comprenais
-a tristesse; je ne eom;>renai« pa« sa froi
deur. Ses regard*, en s'arrêtant sur moi.
avaient perdu de leur confiance et. de
leur calme. Je lui adressai quelques
questions; il lui fut facile de m"abu«er.
en me répondant que toute affliction,
toute espérance lui était interdite, tant
que son père courait d'aussi grands dan
gers. Lin jour, devenant plus exigeant
à mesure que je craignais d'être moins
aimé, je dis à Luisella que, du moment
où je l'avais vue, j'avais senti que jamais
je ne pourrais avoir d'autre lian ée;
qu'au milieu de nos périls et de nos mal
heurs, ce nom si doux serait une consola
tion, un soutien pour elle et pour moi;
et je lui demandai, snivant nos rustiques
usages, d'échanger son anneau contre le
mien.
" A cette demande, je vis Luisella
pâlir. Elle me regarda avec une expres
sion où se confondaient la reconnaissan
ce, le trouble, le regret; puis, retirant sa
main que j'avais prise entre les miennes :
"— Après la guerre, me dit-elle; en ce
moment, ce serait un crime!
" Si j'avais été moins jeune, si j'avais
su réfléchir, peut-être me serais-je de
mandé comment, malgré les mesures in
faillibles, les ordres rigoureux de Manhès
et de ses officiers, Tiodoro Mileto, le pè
re de Luisella, n'avait pas encore été
pris; je ne songeai pas à m'en étonner,
et le refus de la jeune fille m'attrista sans
in'inspirer de soupçons.
'• Deux mois se passèrent encore; on
était à la fin de mai, et avec le beau
teanps, la chasse aux bandits était deve
nue plus vive. Je voyais de moins en
moins Luisella; elle n'habitait même
presque plus sa cabane, forcée, me disait
elle, de s'enfoncer, pendant des semai
nes entières, dans les profondeurs de
Sainte-Euphémie, pour porter qnelques
vivres à Tiodoro.
" Un matin, entraîné par mes inquié
tudes et mon amour, je m'étais rappro
ché de la lisière du bois plus que ne le
permettait mon maître Antonio. Je
vis une figure blanche se montrer, dispa
raître, se montrer encore à travers les
buissons et les troncs d'arbres. Je m'a
vançai : c'était Luisella.
" 11 a faim! me dil-elle.
" Ses yeux étaient ardents, sa main
brûlante; elle avait la fièvre. Je ne ré
pondis rien; je rentrai précipitamment à
ia ; ferme, me saisis en cachette de deux
gros pains et d'un reste d'épaule de mou
ton; puis revenant vers Luisella, je lui
dis de m'indiquer où je trouverais son
père. Enfant du pays, habitué depuis
longtemps à dénicher les grives et les pa
lombes, je connaissais tous les replis de
la forêt.
"— Non, dit Luisella, donnez; c'est
moi qui lui porterai ces vivres.
"— C'est moi, répondis-je, qui suis allé
les chercher, et c'est moi qui ai le droit
de les porter. Oubliez-vous, Luisella,
qu'il y a danger de la vie?
" Je ne croyais dire là que des paro
les bien simples; cependant, Luiselia fit
un mouvement comme pour se jeter à
mes pieds. Elle me regarda avec un
air d'admiration et de tendresse que je
ne lui avais pas encore vu, et qui donna
à sa beauté quelque chose de radieux.
"—Paolo, murrnura-t-elle, voulez tou
jours être mon fiancé?
" Pour toute réponse, je tombai à
genoux auprès d'elle; elle aussi s'age
nouilla, et nous échangeâmes nos an
neaux.
" Après quoi, se relevant avec l'agili
té d'une gazelle, Luisella me dit :
" — Allez Paolo! maiä je vais avec
vous.
" Je ne pus l'empêcher de m'accom
pagner dans cette excursion dangereuse .
et l'étais si heureux de me trouver à se;:
côtés, de l'unir à moi par cette commu
nauté de périls, que je n'avais pas la
force de la rejHJUsser. Ce fut une jour
née étrange, remplie d 'émotions tour à
tour poignantes et douces, où la jconcsst
et l'amour mêlaient leur magie à nos an
goisses. Comme si la nature avait voulu
faire resortir par un saisissant contraste,
la méchanceté dec hommes, jamais mati
née de printemps ne fut plus rayonnante
et plus belle. Les mystérieuses retraites
que nous parcourions semblaient s'éveil
ler sons chacun de uos pas, en mille har
monies confuses : chants d 'oiseaux, bruis
sements d'insectes, caresses de la brise
à travers l'épaisse feuillée. Cà et là, en
quelque percée soudaine, où le soleil ar
rivait d*aplomb, un rayon de mai jetait
lout à coup sa vive lueur entre ces gran
des masses d'arbres remplis de fraîcheur
et d'ombre. Quelquefois, fïlorsquc les
buissons devenaient trop touffus, lorsque
nous rencontrions quelque ravin trop
profond, quelque rocher trop rude, Lui
sella s'appuyait sur moi; je sentais son
bras charmant trembler sous les batte
ments de mon cour; et je priais Dieu,
en ces instants, que notre courte aventu
reuse ne finît jamais.
" Au bout de quatre heures de mar
che nous arrivâmes à un rocher creux,
protégé contre les regards par un impé
nétrable entrelacement de ronces et de
vignes sauvages, enroulées autour d'uu
épais taillis d yeuses, et qu'on appelait
San—Antoniello. C'est là que Tiodoro
attendait sa fille.
'• Eile lui expliqua qui j'étais n !
service que je lui avais rendu. Il nir
regarda d'un air sombre,et, si- jet: n sur
les provisions avec une avidité f.nTiéliqi.e;
"— Voilà donc, dit-il n Luisclla, celui
qui me coûtera la vie!...
** Je ne pus comprendre le sert" de ces
paroles. Elle rougit ; il continua :
'•— Il y a trois jours que j" n'ai (if n
mangé; t roi- jours qu'il m'a fallu quitter
la f rme Cenug'iano* où j'étais si bien...
D'où vient ce changement? A qui la
faute !
" Luisella baissa les yeux san« répon
dre. Bien que les plaintes du brigand
fussent pour moi autant d'énigmes, !•< x
pression de son visage, le son de sa \oi\,
le feu sinistre de son regard, tout me fai
sait frissonne!.
"— Adieu, mon père, dit enfin Lui
selia; il faut que Paolo retourne bien
vite à ses chèvres... Je reviendrai après
demain.
" Tiodoro me regarda encore de cet
air qui m'avait déjà glacé le co.'ur; puis,
laisant tomber la main que lui tendait sa
tille :
"— Au revoir Luiselia!.... Adieu Pao
lo!... nous dit-il.
" Notre retour fut triste, silencieux;
Luiselia baissait la tête et n'osait plus
me prendre le bras; moi je n'osais pas
l'interroger, et pourtant mille questions
brûlantes se pressaient sur mes lèvres.
Quand nous approchâmes de la lisière,
je fis violence à mon émotion, et murmu
rai à horeille de ma fiancée :
"— Luiselia, que voulait dire votre
père?
"—Paolo, si vous m'aimez, ne me le
demandez jamais! répondit-elle en san
glotant.
" Et elle s'enfuit.
(A Continuer.)
I'm fr II I Nif I rï
NECROLOGIE.
Décédée à Donaldsonville, le 3 No
vembre 1850, à l'âge de 59 ans, Fran
çoise Besson, née Dugas dans la paroisse
Saint-Jacques.
La mort vient de trancher les jours
d'une épouse vertueuse, d'une mère
chérie! L'implacable ne s'est laissé lou
cher iti par les larmes de fils désolés, n 1
par les prières de filles inconsolables,' ni
par le désespoir d'un époux. Françoise
Bessoii semblait pourtant avoir encore
de long* et heureux jours à vivre.
Hélas! bien souvent lorsque nous comp
tons le plus sur la vie, la moissonneuse
fatale- s'abat sur nous et nous le ravit.
Qui, parmi nous, n'a vu décimer ses pro
ches ou ses amis? Quel est célui qui ne
pleure dansson cœur le souvenir de quel
qu'être chéri qiii n'est plus?
La femme à qui nous donnons nu idai 1 -
d'hui dûs' regrets, certes les a bien méri
tés par toute une vie de vertu ét d'abné
gation. Le nombreux' cortège qui a
accompagné jusqu'à la tombe sa dépouil
le mortelle, a payé à sa mémoire le tri
but de respect qui lui est dû. C'est là
tout ce que les hommes pouvaient pour
elle. Mais puisqu'il est une autre vie,une
vie immortelle, Dieu a déjà - récompensé
par un bonheur infini, la femme qui
pendant trente-quatre ans, fut le modèle
des épouses et des mères. Que cette
religieuse et consolaute idée rende ses
enfants un peu moins malheureux! Quelle
rende son courage au père de fantille si
cruellement éprouvé! Que les empathies
nombreuses acquises à leur infortune,
soient pour tous un exemple dt-3 recom
penses que la société accorde aux exiè.
tences honorables qui s'éteignent.
DE L\ LOUISIANE.—P aroi sa
ÄJi A ssomption, — Cour du Cinquième District
Judiciaire. — Attendu que Meslmux H. Carroll, a
présente une pétition j la cour, à l'effet d obtenir
les lettres de curatelle de la succession de
feu Adaia G'arson dcc< dé intestat, avis eet
par le prisent donne à tous eéux que ce
la peut concerner, «favoir à d'iduire sons dix
jours, les raisons pour lesquelles il ne serait pas
fait droit à ladite petition
Par ordre de la öour.
As; umption, 12 novembre 1850.
_nîl,2i] DESI RE LEBLANC, Greffier.

STATE OF LOUlSiAiNA—F akish of
Assumption.— Fifth Judicial District
Cou fi. —Whereas Mesfhtfux H. Carroll has
petitioned the court for letters ofcuratorship
<>n the estate of the late Aldam Carson, de
ceased intestate, notice is hereby given, to
all whom it may concern to show cau»«
within ten days, why the prayer of the said
petitioner should not be granted.
By order of the court.-.
Assumption, November 12, 1850.
f)E«IRK fJ'ni.ANC CM<

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