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Le pionnier de l'Assomption. (Napoleonville [La.]) 1850-185?, November 22, 1850, Image 2

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BON SOIR!
Le Vieux Soleil , si dur à cuire sans
avoir jamais été bouillant , n'est plus inon
dé par les mêmes rongeurs. Ce sont les
agitateurs et les abolitionisles (ou les dé
mocrate?,) qui le dévorent maintenant, le
malheureux t Son dernier lamentable
numéro contient toute une lamentable
complainte à ce lamentable sujet.
Et les héros d'estaminet! (Nous allions
les oublier.) En voilà encore qui lui don
nent le cauchemar! Calmez-vous, Vieux
Soleil ; a des jours donnés, ces héros sont
de la tempérance;... c'est a des jours où
certains tempérants ne le sont pas.
CAUSERIES.
Farol&eo St-Charles, ce mercredi soir 20 Nov. j
Il faut convenir, mes chers confrères,
(et vous mes bons lecteurs, vous devriez
vous en plaindre.) que la malle est une
flâneuse de première classe, qui se mo
que assez impertinemment du public, et
qui Be complait à faire poser commer
çants, journaliste», abonnés et correspon
dants. Entrautres steamboats qui jouis
sent de l'insigne honneur de porter les
paquets de la poste, et qui sont toujours
en retard d'une dixaine d'hefcies, (En
supposant que le chiffre 10, sbit la mo
yenne du retard, je reste au-dessous de
la vérité.) se trouve le Gipsy , qui fait ir
régulièrement et qui devrait faire régu
lièrement, les voyages de la Nouvelle
Orléans «i Bâton-Rouge, et v ice versa-,
pour prouver ce que j'avance je veux
vous citer l'irrégularité la plus récente.
— Le Gipsy , allant à Bâton-Rouge, est
passé dimanche dernier, d'atsez bonne
heure, ici, et devait repasser, se dirigeant
vers la Nouvelle-Orléans, dans la nuit de
lundi à mardi, nous apportant les jour
naux des paroisses voisines; eh bien! ces
journaux que nous aurions du recevoir
hier matin, nous les attendons encore!
Vous voyez que cette fois, le retard
prend des proportions gigantesques.
J'ignore donc, ô mes confrères! ce
que devient le Pionnier , depuis huit
jours, et tous les habitants des paroisses
Saint-Jacques, Saint-Jean-Baptiste et
Saint-Charles, sont dans mon intéressan
te, mais malheureuse position! — Or, vous
savez que de près ou de loin, mes vœux
accompagnent partout la barque heu
reuse qui porte le Pionnier et sa fortune,
je veux dire, ses Editeurs; j 'ai donc le
droit de me plaindre doublement de la
lenteur de la malle, et j'en use pour mau
dire une dernière fois le Gipsy , et pour
appeler sur ses machines, la colère cé
leste !...
11 est du reste, bien entendu, que cette
malédiction se briee devant l'explosion
sans la provoquer.
Mais pourquoi Messieurs les généraux
de la poste, semblent-ils autoriser les ir
régularités réitérées du Gipsy , en n
voulant pas déposséder ce steamboat du
privilège dont il abuse si mal à propos
Pourquoi ne pas confier la malle à une
ligne régulière, composée de deux ba
teaux au moins, qui alterneraient et se
|k raient ainsi d'un grand avantage pour
F les habitants. — Je crois qui' le service
fait par le Général Taylor et le Saint-Ja
mes , serait infiniment mieux organisé que
celui que le Gipsy ne fuit pas. — Qu'en
dites-vous?
Puisque j'en suis au Général Taylor
je ne veux pas le quitter sans vous narrer
une petite aventure qui m'est arrivée à
son bord, il y a quelques jours, et qui
m'a conduit i la Nouvelle-Orléans, dans
les bras de Morphée.
Je quitte la paroisse Saint-Jacques et
le Messager, à dix heures du matin, le
dernier jeudi avant jeudi dernier; je
prends le Général Taylor; j'étais légère
ment fatigué, j'avais passé la nuit à devi
ser joyeusement avec les aimables Edi
teurs du Messager -, l'un d'eux m'avait fait
un cours complet et fort intéressant sur
les différents vins de France et d'Alle
magne, l'autre avait établi , avec force
saillies extraits malins, la supériorité de
la pipe sur le cigare; bref nous avions
causé de tout, ri de mieux que cela, dé
capitant de temps à autre,un flacon de
Pomard, sans oublier de déshabiller la
spirituelle bouteille au cou d'argent; bu
vant i petits coups, ainsi que l'a recom
mandé Béranger, et débouchant plus
d'eeprit encore que de bouteilles.-—Ici,
je n'ai pas besoin de le dire r mon râle
était presque négatif : mes hôtes faisaient
trop bien les choses.
Une fois sur le steamboat, je prévins
Je capitaine E. Trinidad que je'descen
daia i Saint-Charles, chez le docteur
M..g, et je le priai de œe faire rértiller
j
au moment de débarquer, lui annonçant
ainsi que j'allais me livrer aux douceurs
du sommeil. Le cher capitaine mit sa
chambre à ma disposition et me promit
de m'avertir quand il en serait temps. —
Soit discrétion, soit tout autre motif, au
lieu de prendre possession de la chambre
du capitaine, je m'introduisis dans une
autre localité, et le bruit monotone de la
machine, venant en aide à mes disposi
tions morales, je sommellai bientôt. —
Quand je sommeille moi, vous savez ce
que c'est : vingt et un coups de canon
tirés à bout portant, n'auraient "pas le
bonheur de me faire entrouvrir les
yeux.
Après je ne sais quel laps de temps,
je juge enfin décent et nécessaire de re
voir le jour, je m'habille, et je me con
vaincs en sortant de ma cabine, que le
soleil moins paresseux que moi, commen
ce à décliner rapidement. — Diable ! me
dis-je, il était temps de rompre avec les
songes, je dois être bien près du port.
Pour me fixer enfin, j'entre dans le sa
lon, espérant y trouver le capitaine. —
Trois Ou quatre personnes se chauffaient
et fumaient autour du poêle qui, pour les
imiter sans doute, fumait et chauffait
avec un petit ronflement assez monotone
mais très désagréable. — J'entre... à pei
ne ni-jc fait un pas que trois : ah! oh!
d'une accentuation toute particulière, se
font entendre; les fumeurs se lèvent, me
regardent, de ce regard sans nom, qui
dit beaucoup saus rien dire; je m'avance
surpris, les oh! et les ah! se répètent!....
je crois lire alors dans les regards des
propriétaires d'exclamations, un effroi
qui ressemble à la colère de la pudeur
outragée! — Peste, me dis-je à part moi?
dans mon petit lever un peu précipité,
aurais-je oublié un détail nécessaire, mes
bottes ou mon... inexpressible! — Je me
regarde des pointes au chapeau , et je re.
connais avec le bonheur de l'amour pro
pre satisfait, que je suis intact, au grand
complet!
J'allais, en désespoir de cause, deman
der à Messieurs des oh! et des ah! l'ex
plication de leur pantomine, lorsqu'un
des commis du Taylor , vint à moi, me
prit la main, et la serrant à faire craquer
phalanges, phalangines et phalangettes ,
me dit :
— Comment c'est vous?
—Eh mais! à moins que ce ne soit mon
ombre.
— Ah! répondit-il, en me serrant la
main de plus belle, j'aime mieux que ce
soit vous.
— Merci de ce vœu charitable et ami
cal, mais...
Une nouvelle exclamation m'interrom
pit.
— Comment c'est vous?
Cette fois c'était le capitaine; il sor"
tait de son bureau.
— Encore! Mais je suis donc passé à
l'état de revenant?
—-Eh quoi! vous n'êtes pas noyé?
— Je n'ai même point envie de l'être...
Je n'en vois pas la nécessité!
— Et nous| qui vous croyions tombé
dans le Mississippi.
—Ah! fi... noyé! et dans l'eau! fis-je
avec un geste d'horreur.
Le geste plut au capitaine; il me fit
asseoir près de lui et consentit enfin à
me donner le mot de l'énigme : Depuis
une heure nous avions perdu de vue
l'habitation où je devais descendre; ar.
rivé à cet endroit le capitaine avait fait
arrêter le steamboat et m'avait appelé;
n'obtenant pas de réponbe, il était allé
me chercher dans sa chambre; ne m'y
trouvant pas, il avait fait sonder toutes
les cabines, (celle où je dormais excep
tée) fouiller tous les coins, et ne me dé
couvrant nulle part, il avait conclu, ainsi
que les quelques amis que j'avais à bord,
que j'étais tombé à l'eau.
Ce qu'il y a de vraiment déplorable
dans tout cela, c'est que cet excellent
capitaine, avait déjà fait et parfait ma
nécrologie lia chose était sous enveloppe!
prête à être expédiée au Pionnier. — Je
l'ai lue, c'était bien...;, c'était senti sur
tout! Cependant je dois déclarer en
toute conscience, que je regrette peu,
mais très peu, que mes lecteurs n'aient
pas la jouissance de ce remarquable
morceau de littérature.
A pareil prix, j'avoue qoe je n'achète
terai jamais une nécrologie, tant pané
gyrique soit-elle. — Le soleil est encore
chaud, la vie est belle encore!
En somme, je ne dois pas me plaindre
de ce quiproquo funèbre, car il m'a pro
curé le plaisir d'aller à la NI le-Orléans
où (je de wis le savoir) j'ai laissé mieu»
que de bons souvenirs, de bons amis. —
Or, s'il est doux parfois de boire à la
source du souvenir, il est toujours meil
leur de se retremper à la source de l'a.
mitié.
Depuis cinq ou six jours, (depuis plus
longtemps peut-être, car les journées pas
sent vite ici.) je suis à Saint-Charles, où
me retient un ami commun aux malades,
aux Editeurs du Pionnier et â moi, le mo
deste et savant docteur M ..g, je veux pro
fiter du moment où ce disciple d'Hippo
crate écrit une vieille ordonnance d'une
vieille médecine, pour un vieux richard
atteint d'une vieille maladie, la vieillesse!
pour griffonner deux lignes à son adres
se. — Aussi bien, j'ai des griefs d'une
haute portée contre lui; j'éprouve le be
soin de me venger!
Je déroule le pourquoi de ma haine :
C'était hier, il faisait un froid très pi
quant, le ciel était d'une sérénité réfri
gérante aussi, huit heures venaient de
sonner à la pendule; nous étions le
docteur et moi, occupés à discuter un
des plus horribles épisodes de la révolu
tion française, les massacres du 2 septem
bre 92, lorsque le docteur s'avisant de
regarder le ciel et de mettre le nez à
l'air, me proposa une partie de bateau
sur le Mississippi.
Je dois avouer, pour ne pas laisser re
tomber sur mon seul hôte les suites épou
vantables qu'aurait pu avoir cette course
nautique, je dois avouer que deux jours
avant, j'avais dit en présence du docteur :
Ah! si j'habitais la campagne, j'aurais un
petit bateau pour me promener senti
mentalement matin et soir sur le Missis
sippi !— Le lendemain, le docteur avait
fait l'acquisition d'un esquif bien coquet,
haut en couleur, à la tournure distinguée,
à la forme élancée, enfin une embarca
tion des plus élégantes.
A cette proposition à brûle pourpoint,
d'une promenade sur le fleuve, je ne ré
pondis pas d'abord; il faisait froid et
j'aime la chaleur, cependant mon hôte
insistait, j'acceptai; nous partîmes aussi
tôt, le docteur se mit au gouvernail et
je saisis les rames!
Nous sommes sur le Mississippi.
Le fleuve est calme et roule ses eaux
jaunes et profondes, je nage (c'est l'ex
pression consacrée, je crois ?)je nage tant
bien que mal pendant cinq minutes, mais
je sens déjà mes rames courir inégale
ment, je devine que des ampoules dan
gereuses vont accidenter l'intérieur de
mes mains; oserai-je le confesser sans
rougir, je suis fatigué! — J'allais prévenir
le timonier de cette précoce lassitude,
lorsqu'une des rames s'échappe de ma
main et tombe dans le fleuve! le docteur
veut la ressaisir, mais peine inutile, elle
est déjà loin de nous. — Bah! fait le mé
decin-marin, c'est un petit malheur, je
pagaye très bien, une rame nous suffit; en
effet nous changeons de place, je m'as
sieds à la barre et le docteur se met à
pagayer. Tout alla bien pendant dix mi
nutes, mais soit maladresse du timonier
ou bien oubli du nageur , la rame encore
en notre possession, décrit une courbe
hyperbolique et disparaît sous l'esquif;
nous nous nous penchons, le docteur et
moi pour la sauver du naufrage, mais ce
brusque mouvement imprime au batelet
une secousse par trop forte, et (pour me
servir d'une expression locale) nous ca
polons.
Nous sommes dans le Mississipi.
J'aime à croire que dans ce moment
solennel et suprême, le docteur eut la
présence d'esprit de recommander se s
malades au Seigneur! — Je l'ai question
né depuis sur eu grave sujet, mais il s'est
renfermé dan3 un mutisme complet ce
qui m'a semblé louche.
Dès que le père des eaux eut refermé
sur moi sa vague trop hospitalière , dès
que je sentis mes habits s'allourdir, dès
que mes yeux en s'ouvrant, ne virent plus
qu'une masse liquide d'une couleurindé
cise, dès que la respiration me fut inter
dite, dès que je compris enfin que les
poissons dont j'ai si souvent savouré la
chair, allaient faire un repas somptueux
avec moi, toutes les plus épouvantables
histoires de noyés me revinrent à l'esprit;
je revis la morgue, ses tables de marbre
et ses cadavres hideux, je me rappelai
toutes les douleurs atroces qui, dit-on,
font aux noyés des agonies impossibles!
puis par un retour subit et inexplicable
de la pensée, je me transportai près du
foyer que je venais de quitter pour tou
jours, je vis la table dressée près de l'a
tie; sur cette table fumaient deux ca
nards cuits à point, des rognons sautés
au vin de champagne; une bouteille de
Château-Margaux, laissait voir à travers
son enveloppe de cristal le rubis précieux
de son jus divin, que venait empourprer
davantage la lumière à la fois éclatante
et douce de deux bougies, se réfléchis
sant sur les éblouissantes facettes du fla
con! — Mais à ces idées toutes matériel
les, en succédèrent d'autres (et cela dans
l'espace d'une minute à peu près.) d'un
ordre plus élçvé : je pensai à ma famille,
et dans un dernier adieu à ma mère, je
levai les mains, comme pour implorer
son secours.
Aussitôt cette main est saisie, je m'ac
croche à ce sauveur qui me vient je ne
sais d'où, et je me retrouve bientôt, dans
l'esquif que je venais de quitter si mala
droitement, assis en face du docteur :
c'était ce dernier qui m'avait tiré de ce
mauvais pas.
Nous sommes donc de nouveau sur le
Mississipi.
Il pouvait être huit heures et demi; la
lune montait à la voûte azurée, et décou
pait nos deux silhouettes sur le jaune sale
de l'eau, avec celte dureté d'arètes du
crayon noir sur le papier blanc. Quel
ques nuages légers voilaient de temps à
autres la pâle déesse, sans l'obscurcir;
jamais, oh! non, jamais je n'ai trouvé
plus vive, plus belle, plus rayonnante la
mate lumière de cet astre incolore. — Je
vivais, j'étais heureux.
— Savez-vous bien, dis-je au docteur
après un silence de quelques minutes,
que je gèle; l'eau dont mes vêtemens
sont imprégnés, me glace; il fait plus
chaud là dedans (et je montrais le fleuve)
que sur ce banc humide.
— Mais, répliqua le docteur, si le cœur
vous en dit, nous pouvons retourner d'où
nous venons.
— Travaillons plutôt à regagner la ri
ve.
Nous étions à vingt pas de terre, il n'y
avait que peu de danger, et pour me
rassurer, le docteur m'annonça qu'à l'en
droit où nous noua trouvions, on avait
constaté quatre vingt dix pieds d'eau!
— nous déclouâmes un banc, et ramant
à tour de rôle, nous arrivâmes au port.
Ah! que j'étais soulagé.
Aujourd'hui, en écrivant ces lignes, je
ris de notre mésaventure, mais je n'avais
guère l'envie d'en rire hier : je rousjure
q(ie ce n'était pas drôle.
Ma mort présumée à bord du steam
boat et ma mort possible dans le Mes
chacébé, sont-ce deux avertissements du
ciel! dois-je être un jour noyé?-Ce genre
disgracieux d'en finir avec l'existence me
répugne un peu.
Ce matin, bien remis des émotions de
notre course en esquif, nous avons été
faire une partie de chasse; j'ai évité
avec soin les cyprières, (on peut s'y
noyer dans la vase) et j'ai tué deux heu
res de temps. — Le docteur a mis à mort
cinq hibous.
En rentrant, le valeureux chasseur a
parié devant moi, avec un de ses amis,
qu'il me ferait manger du hibou. —
Pouah! — nous verrons bien.
En. dé L aîic -M aryat.
REVUE AGRICOLE.
La glace a donné tort aux planteurs trop
confiants qui ont commencé tard leurs rou
laisons. Aujourd'hui tous le3 travaux sont
suspendus pour un seul travail, la coupe des
cannes et leur mise [en wind.row ] à l'abr 1
du vent. Les cannes des champs bien four"
nis sont bien compromises et celles des
champs où elles se trouvent moins denses,
littéralement grillées par la glace.
Le froid préeoce qui est venu nous visiter
dans cm moment si inopportun est-il l'avant
coureurde quelque nouvelle épreuve pour
nos sucriers? La chaleur et les pluies qui
ont succédé à ce froid, semblent devoir
amoindrir d'un quart au moins la récolte
déjà tant amoindrie par les débordements du
fleuve et par la sécheresse L'an 1850
était pourtant assez néfaste, sans qu'il si
gnalât sa fin prochaine par de nouveaux dé
sastres.
Si le froid se fut maintenu quelques jours,
tout était sauf; la canne aurait rendu de plus
beau sucre et en plus grande quantité; les
retardataires auraient eu cependant de la
peine à rouler tous leurs produits avant le
retour de ces journées qu'on appelle com
munément le petit éli, journées dont nous
jouissons si tristement.
Le sucre est généralement beau sur tou
tes les plantations. Et les échantillons que
nous avons reçus et ceux qu'on nous a fait
voir dans les sucreries que nous avons visi
tées, brillent du plus beau grain. Sur tous
les boucauts resplendissent des myriades de
diamants. Ainsi le sucre qui promettait
déjà de se vendre à un bon prix, aura en
core une valeur plus forte à raison de sa
qualité et de sa rareté.
Le dessèchement de la canne n'a pour
ainsi dire pas laissé de mêlasse; presque
tout le rendement est du sucre magnifique:
les citernes ne se rempliront pas.
La moyenne du rendement était, avant îa
glace, comme nous l'avons dit la semaine
dernière pour un de nos planteurs, d'un bou
caut et quart par arpent. Les terres moins
épuisées sur le bayou que sur le fleuve, pro
duisent généralement davantage. La mo
yenne a été l'année dernière, de deux bou
cauts par arpent.
C'est une grande erreur que de supposer
aux champs riverains du fleuve plus de fer
tilité qu'aux riverains des bayous. Aux uns
plus de luxe et une grande richesse; aux au
tres un peu moins de luxe et une plus gran
de fertilité. Des malheurs locaux peuvent
parfois détruire ces données positives, mais
malheureusement cette année, l'intempérie
a également sévi sur toutes les terres sucriè
res de la Louisiane.
AUX JURYS DE POLICE
Des Paroisses Lafayette, St. Martin, Sainte Ma
rie, West Baton- Ronge, Iberville, Assomption,
Lafourche Interne, Terrebonne, St. Landry.
L'ingénieur d'Etat, A. D. Wooldridge,
qui travaille en ce moment à refaire la
levée qu'emporta la désastreuse crevasse
de la Pointe Coupée, fait un appel aux
jurys de police des paroisses nommées en
tête de cette article.
Au moment où il termine ce grand ou
vrage, il reconnait que l'ancienne levée
est minée sur une grande étendue. Des
lézardes nombreuses se dessinent en
s'allongeant chaque jour, derrière cette
levée, de sorte que minée d'un côté, lé
zardée de l'autre, elle tient par un fil,
que les premières pluies abondantes ne
manqueront pas de rompre.
Prévoir quelles peuvent être les consé
quences d'une nouvelle crevasse, immi
nente si on ne cherche à la prévenir, est
chose impossible. Dire le nom de plu
sieurs habitants de notre paroisse qui ont
payé un tribut ruineux à la dernière
inondation, cela se peut; en voici quel
ques uns:
Le Col. A. Pugh, pour sa petite part,
a perdu au moins cent arpents de cannes;
le Docteur Logie, MM. W. W. Pugh,
N. Lauve, G. Beasly, Dwight & Kett
redge, Antoine Diaz et le Capt. Ivy ont
fait des perles incalculables. M. Ursin
Mélançon, les habitants des brûlés Laba
die et St. Martin, des bayous Bœuf et
l'Ours, du Canal et de la Belle Rivière,
ont à peu-près perdu toutes leurs récoltes.
Yoilà des faits qu'il est cruel de consta
ter, mais qu'il est prudent de bien éta
blir pour qu'on songe un peu à s'assurer
de l'avenir, autant qu'il est possible de
le faire. "Aide-toi, le cicl t'aidera,"
La perte de l'Assomption en produits,
peut sans la moindre exagération, être
évaluée à 25,000 piastres. Pour peu que
celle de chacune des paroisses à qui l'on
fait appel aujourd'hui, se rapproche de
ce chiffre, on comprendra facilement la
nécessité de répondre immédiatement à
l'appel de la paroisse Pointe-Coupée par
la contribution demandée de quinze mille
piastres, deux mille piastres pour chaque
paroisse.
Dans ces conjonctures la paroisse de
la Pointe Coupée ne peut rien, ne doit
rien pour cette mesure de sûreté. Déjà
elle a dépensé cette année environ tren
te mille piastres à la construction de
nouvelles levées; beaucoup de ses habi
tants ont eu leurs propriétées inondées, il
est vrai, mais en fin de compte cette pa
roisse est peut-être moins inléressée que
la plupart de celles à qui il est fait ap
pela la consolidation des levées qui me
nacent encore de s'écrouler.
Si les paroisses intéressées souscrivent
à la mesure importante, reccommandée
par l'ingénieur d'état, la nouvelle levée
sera construite de manière à correspon
dre avec celle qu'ordonnera la législa
ture, à sa première session. Nul doute
que cette législature ne dédommage les
paroisses des frais qu'elles auront subis
pour assurer contre la ruine une impor
tante portion de la Louisiane. Ainsi au
pis-aller, la contribution de deux mille
piastres que ferait chacune des paroisses
intéressées, ne serait qu'une avance pour
garantir les produits de ses habitants,
avance qni bientôt lui serait inévitable
ment remboursée.
Quant aux mesures à adopter pour réa
liser au plutôt la somme demandée, le
vœu de cette paroisse s'est manifesté de
manière à ne laisser aucune hésitation.
La majorité des paroissiens veut assuré
ment que la contribution de deux mille
piastres soit formée par une souscription.
Nous connaissons des ntembres du jury
de police, influents, populaires et non
intéressés dans cette question, qui sous
criraient généreusement et qui ne vote
raient pas pour que la paroisse contractât
à ce sujet une dette quelconque.
Qu'est-ce qu'une souscription de deux
mille piastres pour une riche paroisse
comme celle-ci dans les circonstances
actuelles? C'est une promenade de qua
tre jours pour deux hommes dévoués à la
sûreté des habitants de l'Assomption.
Nous écrivons à la hâte ces lignes;
nous reviendrons sur ce sujet dans le
prochain numéro. En attendant, nous
nous informerons des moyens les plus con
venables pour parer au malheur qui nous
menace, malheur dont nous sommes si
sagement prévenus par M. Wooldridge,
malheur qui préoccupe si vivement et
avec tant de raison, tous les hommes
prudents de l'Assomption.
Ici il s'agit d'intérêt public; aussi n'he
si'ions nous pas à faire un chaleureux ap
pel aux feuilles amies et ennemies en
politique, du bayou et des Attakapns,
pour qu'elles fassent ressortir la nécessité
où se trouvent toutes lc9 paroisses dont
la Pointe Coupée réclame le secours, de
prendre à ce sujet des mesures promptes
et décisives.
Nous les référons dans ce but,au com
muniqué de M. Wooldridge, publié dans
le Deila , du 17 Novembre.
la requête des membres du Comité
de l 'assemblée tenue à Paincourtville, le 27
du mois dernier, nous publions cette réponse
de M. Pierre Soulé :
Nl'e-Orléans, 14 octobre 1850.
Messieurs Joseph Pugh. Amaileo Morel, Alvhon
se Gentile, Firmin Blanchard, C. L. Mavcr<
membres du Comité.
M essieurs,
Je viens vous remercier des témoigna
ge.-" si pleins de bienveillance que vous
ave:', bien voulu me transmettre au nom
de l'assemblée qui se tint à Paincourt le
27 du mois dernier. J'en suis heureux
et fier. Ils sont l'expression de sympa
thies que je n'ai certes pas courtisées, et
qui par'là même s'adressent puissamment
à mon cœur. Le rôle que j'ai joué dans
les grandes questions qui ont si profondé
ment agité le pays, n'est autre que ce
lui que vous eussiez accepté vous-mêmes,
si vous aviez été à ma place; — rôle ardu,
difficile,hérissé d'écueih; mais rôle com
me en aimn un homme de cœur dans les
grandes crises. Je l'ai joué avec d'hum
bles, de bien humbles habiletés, j'en
conviens; mais avec une entière abnéga
tion, n'ayant souci d'aucun orage que de
mauvaises passions ou d'aveugles préju
gés pouvaient soulever autour de moi. et
bravant à l'avance les criailleries par les
quelles je ne savais nue trop que l'on
chercherait à assourdir l'opinion afin
d'empêcher la vérité d'arriver jusqu'à
elle.
Après tout, je n'ai pas trop à me plain
dre de la guerre qu'on me fait, puisqu'elle
me vaut des démonstrations comme celle
dont vous êtes faits les organes. Je
puis laisser hurler au dessous de moi,
quand je me sens entouré d'amis et de
soutiens tels que vous.
Agréez l'expression de mn profonde
gratitude et croyez-moi, de vous et de
ceux qne vous représentez, le bien hum
ble serviteur et tout dévoué ami,
PIERRE SOULE.
UN BON JOURNAL DE MOIN T S.
Nous annonçons avec regret la cessation
d 'une feuille essentiellement Franco-sAmé
ricaine, qui se publiait à la Nlle-Orléans
depuis quinze mois, sous le titre de Franco
Américain, Moniteur du Sud. Cette feuille
qui développait avec un succès de bon aloi,
les principes du républicanisme et du pro
grès social, avait une importance réelle.
— Elle était rédigée par M. L. Dufau, à qui
ses lectures et ses écrits ont donné une po
sition élevée dans l'échelle littéraire de la
Louisiane.
S'il est une consolation pour la perte de
cet organe Franco-Américain, elle se trou
ve dans les mesures prises par l'administra,
tion. Ces mesures assurent aux abonnés
du Moniteur du Sud l'envoi du Courrier de
la Louisiane , ce vieux champion de la dé- ^
mocratie qui vient do se rajeunir tout en
conservant la science approfondie des hom
mes et des choses de l'Union, science qui
constitue toute la politique du pays et qui ne
s'acquiert qu'en vieillissant sous le harnais
du journalisme. Le Courrier de la Loui
siane en devenant l'organe des abonnés du
Franco-Américain, est assuré de la collabo
ration de M. L. Dufau, pour sa Politique
Extérieure. C'est une bonne fortune pour
la rédaction du Courrier, qui occupait déjà
la première place parmi les feuilles louisia
naises.
chemist de fer . — Les habitans de
Lafayette veulent décidément relier leur
ville au lac Pontchartrain au moyen d 'an
chemin de fer. Ce projet n'a rencontré
jusqu'ici parmi eux que des adhésion«.
Samedi dernier, un nouveau meeting de»
partisans du chemin de fer a eu lieu. Ja
mais assemblée n'avait déployé pareille
ardeur. On n 'accasera certainement p»'
nos voisins d 'indifféreDce en mati&f 6
d'améliorations.

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