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Le pionnier de l'Assomption. (Napoleonville [La.]) 1850-185?, June 04, 1855, Image 1

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LE PIONNIER OE L'ASSOMPTION.
PITBMK PAK
AM A DEO MO.REL
LUNDI 4 JUIN 1855.
(tonttitfoiis 5u 3Jout*ual :
A1IONNrJM ENT .— L'abonnementest paya
tie d'avance.
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AGENTS DU PIONNIER.
SM.
de
: en
ascension
K ivif.re -N euve.
M. lî. Eu(j^, Passage
U Bourse, No 35,
coignute.Oontl.
•let.
Nlle-O rlrarb
, , . NÎM.Richard & Tem|
f .. . M. Firlnin Dnplessis
I keuvii.le ..... M. J, Breau.
H t -J acques i • • • M-AugusteTliériot.
S t- J ean B aptiste, ) m pprrpt
H t. OiiAULg? . (
IM nt- B keaux , At. Jßitmnnd Bnlliard
T iiibodaux
H OUMA . .
Nric M AntE
A ssumption
St. Ailolplic Blanchard.
. M. F. Gagné. ,,
. RI. Etienne Péni<wo;i.
. G. Rodriguez, Café Star.
M. Pierre Thériot.
U ell T î R iviehe
Dans les paroisses oil nous n avons pas
nommé d'^fents, nous prions les Maîtres, de
IV,sic de vouloir se charger de I agence de notre
(ouille.
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a j». etc., etc., les conditions sont les suivantes
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tuest re.
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hi :* prix Ifs plus modères,toutes espèces d'où
vr.tyre^ typogrhpliir|nes, (./«/»*,) tels que, cau
Tm ka 'rroitKS. pamphlets, blancs, etc., etc
i4SSfcMBLEE
DEMOCRATIQUE.
l'un A ««emblée Démocratique aura
lien mi village de Nnnoléonvillcj le j'2
.1 ni il courae.«, à l'effet de nommer des
déles té« i\ In Convention qui doit re le
jiir à 1*Aton—Hong".
J es Démocrates de cette paroisse et
de« (»« r oisse# nvoi-iimnte-, sont invites à
y aiïister par ordre du comité Démocra*
hqjc.
A cciiikxt . — Nom apprenons que le
j'««« Jaiiu* Kof-oii » élu tué hier, 30
in.ii« de lu «tanière suivante :
U m cite val de < nrdelle qu'il conduisait,
«étant anité presque vi« de l'a"
g'ise, il lui donna un coup de fouet pour
lu faire avancer, le cheval ne bougeant
pa«, le jeune homme lui eu porta un se
cond coup, quand au même moment, l'a»
nimiil rétif lui appliqua deux coup« de
pieds do derrière eu (»leine poitrine.
Trot« quart« d'heure après, Besson ex»
(•irait pur mile de cet accident.
LE
REHMER D'ANGIBAUT'
XIV.
MARCELLE.
Voyez « s'écria Rose, il nous disait
ici que c'était pour voua qu'il mangeait
.es revenus et les vôtres , qt *| vous /al
d * s des voitures, tandû
que vous alliez, peut-être à pied dans
les bois pour économiser le | 0 * C r d'un
Ane !
Vous l'nrez deviué, chère Rose,
Lorsque je demandais quelque argent
• mon mari, il me faisait de si longues
e* de si étranges histoires sur ia pénurie
do ses fermiers, sur la gélée de l'hiver
etir la grêle de Pété, qui les avait rui
que, pour ne plus entendre tous
«•ts <letaiU t et, la plupart du temps, dupe
va,,»"! f, énére, "< 3 commisération pour
réel««»»! "Ppfouvais et m'abstenais de
"I i. v! •u ,0U ^® ance mes re »en»«
proDre m*' C mn ' son 9 ,,e j'habitais était
P P ' C ' m '" pauvre, et je n'y
(»urctiRK n Orient . — L'opinion pu
blique, en Europe, est que la guerre
fera de longue durée, si l'Autriche ne
prêle ton aide aux allié?.
Sebastopoi .. — Aux dernières date?
les alliés continuaient à recevoir des ren
forts considérables ; 1000 hommes du
contingent sarde étaient arrivés au camp
Le général Caniobert ne semblait pa*
douter de l'heureuse issue.
Les alliés onteu de nouveaux succès
devant Sebastopoi les Russes se trou
vaient maintenant resserrés dans l'en
ceinte de la place, deux sorties qu'ils
ont faites pour prendre les embuscades
que les Français leur ont enlevées on!
été vivement et prorrplement répons
sées par ce\ derniers, qui ont fait subir â
l'ennemi de fortes pertes,
L iverpool . — Les cotons américains
étaient en demande et en hausse Une
vente de 100,000 balles est annoncée
pour lasem ine qui s'est terminée le 11
mai.
La demande a élé forte pendant la
semaine et 3,000 balles ont changé de
main. La vente de samedi, 12 mai, a
été estimée A 12,000 balles, à des prix
fermes.
Le marché aux céréales n'a pas chan
gé et est resté ferme le 12 mai.
Provisions : graines languissante.«, les
piix des autres articles n'ont pasl variés.
K anha «. — Le» troubles continuaient
dans cet Etat entre le* partisans et les
adversaires de l'esclavage. C'est à conps
It: couteau et de pistolet que discutent
es deux partis.
LE DIMANCHE A TURIN.
En Italie l'observalion du dimanche
est en floraison. Même dans l'état li
bre et constitutionnel du Piémont, les
deux grrtndes villes, les villes vraiment
italiennes Turin et Gênes y demeurent
[ ri«sojéiies. On s'en dispense volontiers
dan« les localités frontières et a demi
françaisé, Nice, Chninbéiy, ele, Il n'est
done pas de pression officielle exercée
pour la provocation de cet élat :1e cho
ses. Sans doute les*évêques voudraient
bien le voir se généraliser ; mais au tô
(al, chaque diocèse, chaque municipa»
lit« font comme ils l'entendent et c'est
affaire de mœurs, ( à moins toute/bis que
ce ne soit tolérance particulière pour
des pays toujours tentés d'être français
tels que le duché de Savoie et l'ancien
comlé de Nice. C'est un point dont je
n'ai pas eu l'occasion de m'éclaircir.
Economiquement, j'ignore qu'elle in
fluence peut avoir sur PJSiat de Gênes
et le Piémont la s'.rictc observation du
dimanche. Elle ne peut pas Être heu
reuse ; mais de plus grandes ressources
moins de besoins, l'effet d'un meilleur
climat, en compensent-ils les effets. Je
ne le crois pas cependant , mais la
question m'interresse beaucoup moins
dans ce pays que dans le mien, je ne la
prends pas de si haut, et je veux seule
attirais l'attention de personuc. .Elle se
composait de deux étages. J 'occupais
le premier. Au rez-de^chaussép habi
taient deux jeunes gens, dont l'un était
malade. Un petit jardin très«ombragé
et entouré de grands murs, où Edouard
jouait sous mes yeux avec sa bo ne,
lorsque j'étais assise à' ma fenêtfe, était
commun aux deux locataires, M. Henri
Lémor et nfic i.
Henri avait vingt-detf^ nns. Son frère
n'en avait que quinze. Le pauvre en
fant était phthtsi^'ue, et sôn aîné le soi
gnait avec une sollicitude admirable.
Ils étaient orphelins. Henri était une
véritable mère pour le pauvre agoni»
sant. Il ne le quittait pas d'uue heure,
il lui faisait la lecture, le promenait en
le soutenant dans ses bra?, le couchait
et le rhabillait comme un enfant, et
comme ec malheureux Ernest ne dor
mait presque plus, HcnTi,. pâle, exténué
creusé par les Veilles, semblait presque
aussi malade q<uc lui.
"Une vieille femme excellente, pro
priétaire de uotre de notre maisöh et
occupant une partie du rez»de*chaussée,
montrait beaucoup d'obligeance et de
dévouement à ces malheureux jeunes
gens; mais elle ne pouvait suffire à »out,
jejdiis m'empreiîcr de la seconder. Je le
ment raconter de quel charme profond
est pour l'étranger une ville cessant su
bitement toute vie, tout commerce, tout
travail, un et uißme plusieurs jours. Ce
n'est qu'une anecdote, mais elle amuse
ra peut-être, si elle n'instruit pus.
Le dernier jour de ia semaine que je
passai en janvier 1853, dans la capitale
du Piémont, se trouva être la fête des
bienheureux saint Maurice et saint La
zare patrons du royaume et .sous le nom
desquels existe une décoration. Ce jour
tombait un^samedi. Le dimanche .je
devais franchir le? Alpes et m'engager
nuitamment dans les gorges du Mon»,
Céqis, qui a beau être un peu ridicule
comme dit le Président de Brosses, il
n'en est pas plus chaud, en telle saison
surtout. Il était les jours précédents
tombé beaucoup de neige, et l'on gre
lottait à Turin : que serait-ce à plu
sieurs mille mètres de plus nu dessus du
niveau de la mer ? On m'engagea donc
fortement â me bien vêtir pour la rou
te et surtout à faire empiète d'une cou
verture pour les jambes, chose fort né
cessaire à lo cîme des Alpes dans des
traîneaux mal fermés.
Malheureusement, les bienheureux
saint Maurice et saint Lazore s'oppo»
sèrent le samedi à mon acquisition pro
fane. 1 urin, en etat do lête, présente
identiquement le même aspect que le
dimanche, c'est-à-dire^ que toutes les de
var.tuies des magasins y sont fermées
comme une seule huitre, 1 l'exception
toutefois de celles des cafés, des mar
chands de tabac et des débitants de jour
naux, lesquels d'ailleurs étalent plus
communément en pleine rue. A l'heu
re des offices, les cafes non seulement
sont tenus de rejoindre leurs contrevents
ce qui crée dans l'intérieur une obscu
rité solennelle, très propice aux instincts
buveurs, qui n'en fonctionnent que
mieux. Dans toute la grande ville, on
n'aurait pas trouvé une seule boutique
ouverte. Je remis donc avec confiance
mon empiète au lendemain. Ils font du
samedi le dimanche me dis-je. Cela
se conçoit ; c'est »ne fêle patronale.
Mais il n'est pas possible que la vie dis
paraisse d'une cité de , cette importance
quarante huit he-ires consécutives. Et
fort tranquille ^j'assistai aux diverses cé
rémonies de la fête, et entre autres à
une revue de la garde nationale passée
par Sa Majesté»
Le lendemain malin, ô stupeur ! mê
me tableau, même air.d'ennui universe^
mêmes cafés tous grands ouverts, et
mêmes cafés hermétiquement fermés
Je parcourus la ville et les faubourgs.
Rien ! Bien r habile qui eut pu y trou
ver seulement à acheter nue allumette
Il fallait partir ce soir, et je Commen.
çai à être sérieusement inquiet. Me
résoudrais je stoïquement à avoir les
pieds gelés dans ma retraite de Piémont
ou volerais-je une couverture à mon
hôte, le tout pour la grande gloire des
commandements de l'Eglise 1 II ne me
restait plus/que cette alternative, et je
l'agitais dans mon esprit en longeant
tristement la longue et belle rue du Pô.
Toup-à-coup, je m'apei^us qu'un
domine me suivait à distance, avec l'in
tention discrète, mais visible, de se rap
procher de moi. Je m'arrêtai, il s'ar
rêtH ; je repris ma marche, il continua
la sictiue. Enfin m'iibordant au coin
de là plaçe 'Madame, il me demanda
avec obséquosité et embarras, " si je
n'avais besoin de rien. "
fis avec zèle et sans m'épargner, comme
vous l'eussiez fait à ma place, Rose ; et
même dans les derniers jours de l'exis
tence d'Ernesl, je ue quittai guère son
chevet. Il me témoignait une, affection
et une reconnaissance bien touchantes.
Ne connaissant pas et ne sentant plm la
gravité de son mal, il mourut sans s'en
apercevoir, et presqW en parlant,'il ve
nait de me dire que je l'avais guéri,
lorsque sa respiration s'arrêta et que sa
main se glaça dans les mienues.
"La douleur d'Henri fut profonde, il
en tomba malade, et, à son tour, il fal
lut le soigner et le veiller. La vieille
propriétaire, madame Joty, était au
bout de ses forces. Edouard heureuse
ment' était bien portant,' et je pouvais
partager mes mes soins entre lui etilen«
ri. Le devoir d'assister et de consoler
ce pauvre Henri retomba sur moi seule
et à la tin de l'automne, j'eus la joie de
l'avoir rendu à la vie.
"Vous concevez bien, qu'une amitié
profonde, inaltérable, s'était cimentée
entre nous deux au milieu de toutes ces
douleurs et de tous pes dangers. Quand
l'hiver et l'insistancc de mes parents
me forcèrent de retourner à Paris, nous
nous étions fait une ei douce habi
tude de lire, de causer et d* nous pro
su
Ce
je
des
.je
il
Je crus comprendre, et reçus mal cet
homme si officieux. Je n'avais»' pas en
vie de rire, et ce dilemme encore en
gagé d.itis ma tête me prédisposait peu
à écouter un jj-enre d'ouvertures fort fré
quentes au de-la des monts.
Toutéfois comme mon homme insis-
tait et semblait ne pas vouloir lâcher
prise, pour m'en débarrasser je lui dis
brusq ement :
— Eh bien ! oui, j'ai besoin île quel
que chose.
— rMais de quoi Kxccllcucr. ?
D'une couv'euture.
Je pensais bien l'attraper. Point
du tout , il me dit avec \iu grand f!egine
mais toujours à voix basse.
— C'est très facile / si monsieur veut
bien venir par ici ?
Et marchant devant moi il me fit tra
verser au moins la moitié de Turin, /I
m'engagea dons une série de rues étroi
tes qui conduisaient au cœur de la
vieille yille, très différente de' la neuve
et enfin m'introduisant dans une vaste
cour percée d'une quantité dq portes
bâtardes, il me dit toujours chuchottant;
— Attendez un peu, c'est ici.
Il Irappa â la plus bâtarde de ces
portes, au-dessus de laquelle s'ouvrait
un petit œil-de-bœuf. A cette ouvertu
re se montra une figure,effarée de vieux
brocanteur, et une conversation s'enga
gea entre ces deux personnages, dont je
ne pus suivre les phases.
A la fin, la porte s'ouvrit, et mon gui
de, en h franchissant, me fit si^ne de
le suivre. Je me trouvai dans une piè
ce fort sombre, éélairée seulement par
un jour de souffrance.très élevé et -ties
grillé, qui dévait ouvrir sur la rne. Rien
de visible, d'ailleurs, que la figure de
mon officieux cicqrone et celle du vieil
lard, qui, dans cette façon d'être, ras
semblait prodigieusement au Philosopne
en méditation, de Rembrandt.
Je commençai de me demander tout
de bon si je n étais pas le, jouet d'une
farce italienne, ou ei, par avenlurp, je
n'étais pas conduit chez quelque faux
monnayeur.
//hôte de ces Ijeux, pourtant, me re
gardait avec une attention soupçonneuse.
Je subis sans broncher cette inquisition;
l'avais la conscience calme ei la bourse
peu pleine : deux motifs de sécurité.
Enfin, cet Algonqujil me lança, com
Hie h: terrible chameau du Diable amou
reux, mais d'une voix peu assurée, M
deux syllabes : lie tau:'?
Toujours fort de mon innocence, jo
repondis sans hésiter : Une couverture !
Vous rappelez.vous ce passage éton
tounant des Confessions où Rousseau
raconte qu'aux .environs de Lyon, mou
rant de faim et de soif il entra chez ùp
paysan et Iqi demandai diner? Il offrait
de payer sa dépense, et pourtant il
ne put obtenir que, du lait aigre et
du pain d'orge. Enfin pourtant, s'en
hardissant à la vue de l'honnête figure
du visiteur, le paysan alla chercher,
par une trappe i dans^ quelque léduit
souterrain, un morceau de pain bis, du
jambon et du vin, qu'il présenta au vo
yageur en lui disan} : Je vois bien
que vous êtes un bon honnête jeune
homme qui n'est pas là pour me vendre!
Puis, prononçant avec frémissement les
mots de commis cl de rats de cave,
il me fit entendre, dit Rousseau
qu'il cachait son vîn à cafise des aides,
qu'il cachait son pain à cause de la tail
A
la
Si
mener pnsemble dans le petit jardin, que
notre séparation fut un véritable dééhi
rement de cœur. Nous n'osâmes pour*
tant nous promettre de nous retrouver
à Montmorency l'année suivante. Nous
étions encore timides l'un avec l'autre,
et nous aurions tremblé de donner le
nom d'amour & cette affection.
"Henri n'avait guère songé à s'enqué
rir de ma condition, ni moi de la sienne.
Nous faiisons à peu près la même dépen
se dans la maison. Il m'avait demandé
la permission de me voir à Paris ; mais
quand je lui donnai mon adresse chez
ma belle-mère, à I hôtel de Blanche
mont, il parut 6urpriset effrayé- Quand
je quittui Montmorenry dans le carosse
armorié que mes parents avaient envo
yé pôur me prendre, il eut l'air cons
terné, et quand il sut que j'étais riche
('je croyais l'être et passais pour telle),
il se reparda comme à jamais séparé
de moi. L'hiver se passa sans que je
le revisse, sans que j'enteudisse parler
de lui.
" Lémor était pourtant lui-même ré
ellement plus riche que moi à cette
époqne. Son père, mort une «nuée
auparavant, était un homme du peuple,
un ouvrier qu'un petit commerce et
beaucoup d'Habiiete avaient mi» fort ä
I
cet
le, et qu'il serait un homme perdu si
l'on pouvait se douter qu'il ne mourut
pas de faim. Tout ce qu'il me dit à
ce sujet, poursuit le philosophe, et dont
je n'avais pas la moindre idée, fit une
impression qui ne s'elfaçera jamajs. Ce
fat le germe de cette haine inexliriguU
ble qui se développa , dppuis dans mon
cœni contre les vexntipns qu'éprouve le
malheureux peuple contre ses oppres
seurs."
Telle fut absolument l'attitude* do
l'homme chez ,jui j'étais introduit. Il
m'examina n diverses rn,»lises, parle
menta plusieurs fqis avec mon guide,
et sembla lui faire à l'oreille plus d'une
question inquiète. Enfin qe remettant et
prenant son parti, il alla £ un casier
parfaitement .scellé dans Iç mur, et en
tira une pièce d'étoile qu'il me mit entre
les mains.
C'était la çouverture demandée.
Je ne m'amusai pas ^ faire le difficile,
et pris livraison sans marchander. Ce
n'était pas trop cher, autant qu'il m'en
souvient
— Mais, dis-je à mon homme à la fin
rassuré, pourquoi donc toutes ces ténè
bres, tous ces mytères et toutes ces np*
préhensions 1
— Ali ! monsieur,, me (lit-il,, les prê
tres... I,u police ! Si l'on savait ce que
je fais je serais un hpmine ruiné, Mais
vous êtçs un étranger, un brave étran
ger, je le vojs il votre mine et à votre
accent. Vous ne me trahirez point !
Exactement comme le paysan de
Rousseau.
Moi, vous trahir ? Mais vous me
rendez grand service, Sans vous et
says cet houriête homme, j'étais geljj
Cette nuit même. C^el mal, y a-t-il
donc à vendre un morceau de laine (£
un pauvre voyageur ?
Aucun, inousieur, mais les prêtres!..
Eslrcç que saint-Martin n'n pasj pn
pareil cas partagé son manteau avec un
mendiant 1
—II est. bien vrai, monsieur, mais...
—Mais vous vendez votre linge, et ne
le donne? pas, c'est, trop juste T Quoi
que assez pauvre, je ne suis pas un
mendiant, et vous n'êtes pas saint Mar
tin. ,
W7 * r . ' % l " • ■» *
— ISon, mousieur, non; mais la po
lice...
Je n'en pus tirer autre chose.
Jo in'enfujs, etjo cours encore. O
sainteté dominicale! Dppujs, j'ai appris
que beaucoup de .marchand? entretien
nent de eps courtiers pou/ reconnaître,
aborder et leur amener la pratique
dans l'embarraä. Rien n'est plus phi
lanthropique. Cette contrebande sert
leurs intérêts d'abord, et elle profile à
autrui. La contrçbandp c&t le correc
tif obligé des prohibitions de lout genre.
A quoi sert donc, même â Turin, cette
ligidilé du dimanche ? A rien. Qu'on
la suppose introduite, $ Paris, et nous
voilà forcés d'aller acheter notre viande
dans le troisième dessous, notr«» vin dans
les cav.es, pour cepi passe encore, notre
pain dans les catacombes. On dis qu'eL
les sont dangpreuses. On n'y gagnera
que cela, et ce n'est vraiment pas la
peiue. Hommes noirs, d'où lortons-nous!
Si ce système . prévaut, il faudra fuir
d'ici, et ce sera alors le cas de s'écrier:
Paris ne vaut pas une messe /
Felix Mornane.
l'aise.. Les enfants de cet homme
avaient reçu une très«bonne éducation,
et la rfiort d'Ernest laissait a Henri un
revenu de huit ou dix mille francs.
Mais les idées do lucre, l'indélicatesse,
l'effroynb'e dureté et l'égoïsme profond
de ce père commerçant avaient révoltâ
de bonne heure l'âme enthousiaste et
généreuse d'Henri. Dans l'hiver qui
suivit la mort d'Ernest, il se hâta de ci«
der, presque pour rien, son fonds de
commerce s un homme que Lémor le
père avait ruiné par les manœuvres les
plus rapaces et les plus déloyales d'une
impitoyable concurence. Henri distri
bua i tous les ouvriers que »on père
avait longtemps pressurés le produit de
cette Vente, et, «e dérobant, avec une
sorte d'aversion, à leur reconnaissance
(car il m'a dit souvent que ces hommes
malheurenx avaient été corrompus et
avilis eux-mêmes par l'exemple et les
procédés de leur maître), il changea
de quartier et se mit en apprentissage
pour devenir ouvrier lui-même. L'an
née précédente, et avant que la mala»
die de son frère le forçlt d 'habiter la
campagne, il avait déjà commencé li
étudier la mécanique,
"J'appris ton« ces détail» par la vieille
I femme ds Montmweacy, « qui j'allai
LE PIONNIER L E L'ASSOMPTION,
JOURNAL POLITIQUE, AGRICOLE LITTERAIRE ET COMMERCIAL
VOL. V.
NAPOLEONVILLE, LUNDI 4 JUIN 1855.
NO 35-

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